VENT DE RÉVOLTE CONTRE LA SUREXPLOITATION DU CENTRE SPORTIF DERIDDER

De premier abord, le cadre verdoyant du centre Deridder fait penser à un endroit bucolique, un havre de paix. À deux pas de la réserve naturelle du Kinsendael et de la Promenade verte, on oublie presque qu’on est encore en ville... alors que la gare d’Uccle Calevoet n’est qu’à trois minutes à pied. Mais ce caractère paisible vole petit à petit en éclats depuis que la commune a remplacé le gazon des deux terrains de foot par une couverture synthétique.

Conséquence : le nombre de matchs et d’entraînements n’a cessé d’augmenter, au même rythme que les désagréments subis par les riverains.

Dans le quartier, personne ne voit d’un mauvais œil ces jeunes – et moins jeunes – s’adonner à leur sport favori, à quelques mètres de leur jardin… sauf qu’au foot, ça crie beaucoup, ça vient uriner contre les clôtures mitoyennes, ça se prolonge souvent jusqu’à des heures tardives, avec la « troisième mi-temps ». Annonces au micro, animations, chants et autres clameurs font partie du folklore et de la tradition du sport, c’est un fait, mais ceux qui habitent sur la « ligne de front » ne l’entendent pas de la même oreille…

Question normes de bruit, Bruxelles Environnement a édicté un cadre, une série de règles à respecter. Il est ainsi acté que les organisateurs d’une activité sportive en plein air sont tenus de prendre des mesures visant à réduire leur empreinte acoustique – en annonçant notamment aux riverains les périodes sans activité, le type de comportements et d’instruments bruyants interdits, etc. Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu la moindre communication en ce sens, aucun affichage d’un programme d’action.

Question trafic, les temps ont aussi changé. Quand il y a match, les trottoirs aux abords du centre sportif « disparaissent », la voiture est reine. Le summum est atteint lorsqu’il y a tournoi le weekend. Tout le quartier est alors envahi, certains n’hésitant pas à se garer devant des entrées de garage. Que la commune offre l’occasion de pratiquer un sport, très bien, c’est sa mission, mais le paramètre « mobilité » a-t-il été pris en compte ?

Autre nuisance et non des moindres : la pollution lumineuse. L’éclairage des deux terrains permet des entraînements jusqu’à 22h30, en automne comme en hiver. La nuit, le centre n’est sans doute pas visible depuis l’espace… mais il jouxte une zone Natura 2000 ce qui impose certaines contraintes. Il faut ainsi une distance minimum de 60 mètres entre une réserve naturelle et tout aménagement afin d’éviter d’éventuelles incidences sur la faune et la flore. Or, sur plusieurs dizaines de mètres, le complexe sportif est contigu au domaine du Kinsendael. Il y a de quoi se poser des questions…



Le permis d’urbanisme a-t-il été respecté ?

Pour les diverses transformations (gazon synthétique, nouvel éclairage), Bruxelles Environnement a délivré un permis d’urbanisme en juin 2016 (pour le terrain 2), une autorisation assortie d’une multitude de conditions. Il est ainsi précisé que « l’éclairage artificiel ne devra pas pénétrer dans la réserve naturelle voisine ». Plus loin, on lit : « les limites du site, en particulier du côté boisé et de la réserve naturelle, seront maintenus sans éclairage ». Or, l’une des consoles lumineuses s’y trouve précisément, à trois mètres de la limite de la propriété. D’autres critères doivent aussi être pris en considération – comme l’orientation et l’intensité de la lumière – mais qui va croire que ces entraînements nocturnes ne perturbent pas l’habitat protégé du Kinsendael ?

Le Permis s’attarde aussi sur le problème du bruit (déjà évoqué) puisqu’il est stipulé : « Considérant qu’il n’est pas prévu une augmentation significative de la fréquentation du terrain et des nuisances sonores en découlant. » Le terme « significatif » est certes une notion relative et il va sans dire que les riverains n’en auront pas la même lecture que les responsables communaux…

Dans le « village » du Kriekenput – nom du quartier avoisinant –, l’inquiétude est palpable d’autant que la commune a jusqu’ici pratiqué la politique du fait accompli, a fait abattre plus de soixante peupliers soi-disant malades et que de nouveaux aménagements sont prévus. Une pétition demandant aux édiles locaux une plus grande transparence et faisant part de leurs craintes a réuni près d’une centaine de signatures. Le message a-t-il été entendu ? Toujours est-il que le 11 juillet, plusieurs mandataires communaux sont venus dialoguer : le bourgmestre Boris Dilliès, les échevins Carine Gol-Lescot (Sports) et Eric Sax (Espaces verts), flanqués du directeur du Service des sports et du directeur du Service vert. Un échange avec une bonne trentaine de riverains qui s’est fait au centre Deridder, lieu de la controverse et qui a duré près de deux heures.

Qu’en retenir ?

La commune confirme que ces deux terrains de foot sont très demandés (par d’autres clubs ucclois ?) – de nouveaux vestiaires seront construits à l’endroit de l’actuelle tribune – 80 arbres à haute tige, d’essence régionale, seront plantés en remplacement des peupliers abattus – il sera demandé aux organisateurs de manifestations sportives de limiter les nuisances sonores.

Cette entrevue a certainement été utile mais comme les préoccupations des « villageois » n’ont pas été vraiment dissipées, ces derniers restent attentifs et vigilants.

Marc Schmitz

P.S. : Lors du Conseil Communal du 6 septembre, la représentante des riverains a fait une « interpellation citoyenne » en présence de nombreux riverains ; les débats ont duré 60 minutes ; la Commune a reconnu qu’il y avait des problèmes à résoudre.