Pétitions-Patrimoine, des bruxellois contre la bruxellisation

C’est non sans peine que l’ACQU apprend la fin des activités de Pétitions-Patrimoine. Nous avons choisi de reproduire le Communiqué de Presse du 05 juin l’annonçant tout d’abord pour souligner le travail titanesque accompli par ses membres avec courage et détermination depuis 25 ans, mais également parce que les raisons évoquées sont bien celles que nous relevons souvent comme étant des signes de disfonctionnement des procédures démocratiques qui nous inquiètent et que nous dénoncions entre autres encore en décembre 2016 dans notre Lettre aux habitants n°90 « Vous avez dit : « PARTICIPATION CITOYENNE ? ».

Pétitions-Patrimoine met fin à ses activités !

C’est non sans regrets, mais avec une certaine lucidité, que les membres de Pétitions-Patrimoine ont décidé de dissoudre leur asbl. L’association avait été créée en 1993, suite à la démolition d’une maison Art Nouveau classée, le 120, avenue de Tervuren. Le combat pour la remise en place de sa façade démontée est aujourd’hui gagné. Autre dossier phare défendu par Pétitions-Patrimoine, les ateliers Citroën viennent d’être inaugurés comme musée d’art moderne Kanal - centre Pompidou. Il est intéressant de rappeler qu’en 1996, PétitionsPatrimoine était seule en Commission de concertation à défendre ce bâtiment emblématique contre un projet de démolition pure et simple. Une pétition de classement, introduite en 2000 avec le Bral, est restée d’ailleurs jusqu’aujourd’hui lettre morte, même si, à l’époque, la législation sur le patrimoine obligeait le gouvernement à entamer une procédure de classement.

Au cours de ses 25 ans d’existence [1]], ce sont des centaines d’avis que l’association aura produits, des participations aux Commissions de concertations, des communiqués de presse et des actions médiatiques réussies : les Presses Socialistes (rue des Sables), le Palais du Vin (rue des Tanneurs), la maison-atelier Cortvriendt (rue de Nancy), la villa Coene (av. Jean et Pierre Carsoel)… des dossiers qui ont, à un moment donné, basculé vers un classement, une rénovation respectueuse… Par contre, au fil du temps, les échecs, comme la disparition de l’îlot Drapiers-Chevaliers-Toison d’Or, la destruction des anciens entrepôts Delhaize (quai des péniches) pour faire place à la tour Upsite, ou des usines Godin (quai des Usines) pour faire place à un centre commercial, tous soutenus par les pouvoirs publics, sont devenus plus nombreux.

L’absence de prise en compte des pétitions de classement prévues par l’ordonnance régionale de 1993 sur le patrimoine et, depuis 2009, la révision de cette législation qui leur a ôté toute portée contraignante explique en partie la démotivation des citoyens qui se sont investis bénévolement dans l’association. Lors de la révision du CoBAT de 2009, la prise en compte de ces pétitions par la Région a été rendue facultative. PétitionsPatrimoine avait alors tiré la sonnette d’alarme mais avait décidé de continuer à lancer des pétitions, en particulier lorsqu’elles étaient soutenues par une forte mobilisation locale d’habitants, comme ce fut le cas pour la salle Vermeulen à Schaerbeek ou la place du Jeu de Balle dans les Marolles. Malheureusement, il fallu constater que ces actions n’ont pas été très fructueuses et que ces pétitions furent, pour l’essentiel, rejetées par la Région.

Pétitions-Patrimoine constate d’ailleurs que de fil en aiguille, la Région revoit ses outils planologiques (PRAS, CoBAT…), pour entériner la dérogation par défaut, comme récemment avec les nouveaux PAD, les « Plans d’Aménagement Directeurs » qui permettent de déroger à toute autre législation. Pour Pétitions-Patrimoine c’est un signe de plus que la Région prend le parti du développement immobilier à tout crin au détriment de ses habitants et du patrimoine. L’arrêt de Pétitions-Patrimoine n’est donc pas le signe que le patrimoine bruxellois n’est plus menacé, loin de là. On constate d’ailleurs une recrudescence inquiétante de projets de façadisme brutal, comme sur la chaussée d’Ixelles (63, ancien immeuble du à Ernest Delune), ou encore sur l’îlot Solvay. Pétitions-Patrimoine peut donc ressortir sa vieille formule des années 1990 : « le façadisme est à la protection du patrimoine ce que la taxidermie est à la protection animale ». Pétitions-Patrimoine fait aussi le constat qu’il devient de plus en plus difficile d’agir contre des projets d’ampleur, soutenus par les pouvoirs publics. La participation et la concertation fonctionnent mal et, face à de gros projets, quels que soit la pertinence des arguments légaux ou patrimoniaux avancés, il devient extrêmement difficile de se faire entendre. Les permis sont délivrés malgré tout et il ne reste plus que les recours au Conseil d’État, longs et onéreux, qui pourraient permettre d’avoir gain de cause. Il y a là un glissement regrettable et décourageant du débat public sur le développement de la ville.

Pour les administrateurs de Pétitions-Patrimoine, il y a au final le constat qu’il est devenu difficile pour des bénévoles de mener une activité de défense du patrimoine ambitieuse, car mobilisant de plus en plus de ressources, notamment en temps. Pour espérer mener à bien des actions de sauvegarde fructueuses sur le long terme, il faudrait prendre le parti de professionnaliser l’association… mais cela en changerait trop profondément la nature.

Alors que Pétitions-Patrimoine met la clé sous la porte, ses membres espèrent que d’autres citoyens reprendront le flambeau, avec d’autres moyens ou types d’actions, parce que la destruction du patrimoine reste une menace sérieuse pesant sur notre ville.

Contact presse : petitionspatrimoine@gmail.com

Pétitions-Patrimoine asbl

http://petitionspatrimoine.blogspot.be

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RUE DU CHÂTEAU D’EAU

POURQUOI NE RESPECTE-T-ON PAS SON CLASSEMENT ?

Comme le montrent les photos ci-dessous, la partie de la rue du Château d’Eau pavée, et classée depuis 15 ans, reliant sur une longueur de 320 mètres le Dieweg à la chaussée de Saint-Job, fait l’objet de dégradations étonnantes. En effet, une nouvelle construction est en cours dans le bas de la rue et le constructeur aurait eu l’autorisation de recouvrir les pavés d’un géotextile et d’un bitume. Ce chantier ne semble pas finir et nous attendons le retour de ce chemin dans son état d’origine.

Vue de la rue avec les pavés classés

Les travaux actuels

Les pavés recouverts d’asphalte !

Les habitants du quartier, amoureux de leur patrimoine, se montrent d’autant plus inquiets que le Collège Echevinal semble muet et ignorer les courriers qui lui sont adressés par des riverains.

Rappelons que ce chemin, à caractère champêtre, avec ses pavés anciens, est classé depuis le 27 mars 2003 par Arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles Capitale, à l’initiative d’une habitante de la rue du Château d’Eau, Madame Dédée (Andrée) Speetjens, avec le soutien du professeur Tanghe et des habitants des environs.

A l’origine, ce chemin jouxtait la seule et unique parcelle du dernier vestige de l’activité agricole initiale (et pré 20ème siècle), sur le territoire ucclois, comme le montre la carte de Everaert.

Le chemin du Château d’Eau est repris sur l’extrait de la carte figurative de Everaert (1757) / Archives Générales du Royaume (échelle +/- 1/5400e), (ainsi que sur une carte routière actuelle (2011), (jouxtant l’emplacement du champ actuellement en construction, en vert)

Lors des différentes enquêtes publiques relatives à la construction de logements sur le champ voisin, les associations et comités de quartier des environs ont chaque fois demandé que l‘on respecte ce sentier, dernier vestige d’un passé champêtre. Les projets de construction tenaient rarement compte de ce classement et dénaturaient fortement ce site campagnard.

Pourtant, le classement porte non seulement le chemin pavé mais aussi une zone de recul de 10 mètres (http://doc.patrimoine.brussels/ REGISTRE/AG/034_046.pdf). Il protège le chemin creux que constitue la Petite rue du Château d’Eau, également chemin vicinal n° 19 dit « clijveld weg ».

Il interdit expressément toute modification du pavage et il institue une zone de protection de 10 mètres qui empêche donc toute construction à la limite du site classé. Le PPAS voisin a dû en tenir compte et la construction des logements doit se faire en recul.

A l’occasion d’une demande de permis, le 07/09/2016 (dossier n° 16-42601-2015), l’asbl OXY 15 a demandé, une nouvelle fois, aux membres de la Commission de Concertation :

  • de protéger le sentier de tout mouvement de grues et autres gros engins de construction qui pourraient endommager les pavés et la végétation avoisinante…
  • de considérer cette voirie à caractère exceptionnel comme étant interdite à la circulation (excepté les quelques riverains)… les pavés ne devant pas être endommagés par une circulation excessive
  • et que des poteaux soient implantés au milieu de la petite rue, permettant de couper l’axe St Job/Dieweg et de conserver à ce site le caractère piétonnier et champêtre qui lui est destiné… Certains aménagements permettent, en effet, de supprimer la circulation locale, tout en faisant passer les voitures de pompiers ou ambulances…

Les contacts pris par certains riverains pour alerter les élus ont été renouvelés le 17 juin 2017 mais sont toujours en attente de réponse de la part de la Commune, afin d’arrêter les nuisances et ensuite remettre les lieux en état.

Le 24 novembre 2017, suite à une lettre de l‘asbl OXY 15 du 21 novembre 2017, l’échevin de l’urbanisme nous annonçait le transfert de ce courrier à l’échevin des travaux. Depuis lors, aucune réponse de la part de l’échevin des travaux.

Le 27 mars 2018, la Direction des Monuments et Sites de la Région de Bruxelles-Capitale (c’est-àdire l’administration) a été informée par l’ACQU des dégradations. Sans réponse à ce jour…

Faut-il alors s’étonner que les habitants soient inquiets du devenir de ce chemin historique, appartenant au patrimoine classé de leur Commune et demandent, une fois de plus, à la Commune et à la Commission des Monuments et Sites de faire le nécessaire pour faire remettre en état ce chemin et ces pavés, qui se trouvent sous une couche de bitume …

Nous espérons être entendus et remercions d’avance ceux qui se soucieraient de la question !

Xavier Retailleau Asbl OXY 15 Mon quartier ma vie, asbl ACQU

Marc De Brouwer, asbl ACQU

VERS LE CLASSEMENT DU MANOIR PIRENNE

Un pas important pour la protection du patrimoine

Nos lecteurs se souviennent peut-être du projet d’Ocean Group datant d’avril 2016 et visant à démolir le Manoir Pirenne (125/127 avenue de la Floride), ainsi que le parc qui l’entoure y compris l’abattage d’arbres remarquables, pour y construire 3 immeubles de grand gabarit avec piscines sur les toits.

Ce projet avait justifié une forte mobilisation des voisins proches et moins proches, et une « levée de boucliers » unanime contre le projet.

L’urbanisation sauvage des années 60/70 ayant provoqué la disparition de très nombreux témoins de notre architecture bruxelloise et d’espaces verts remarquables, il était urgent de préserver ce Manoir construit par l’architecte Pirenne en 1909, ainsi que le magnifique parc qui l’entoure et qui constitue son écrin. De plus, le parc fait partie du maillage vert et la liaison avec des espaces verts classés Natura 2000. Ce parc abrite de nombreux oiseaux et animaux.

Suite à l’avis négatif du Comité de Concertation de la Commune d’Uccle et sur base de l’avis de la Commission Royale des Monuments et Sites, l’ASBL Comité de Quartier Floride/Langeveld a constitué le dossier complet visant le classement du Manoir et du Parc environnant. Par le canal et avec l’appui de l’ASBL Pétitions Patrimoine, la demande de classement a été introduite à la Commission Royale des Monuments et Sites. A la mi-décembre 2017, le Collège Echevinal d’Uccle a décidé de soutenir le classement du Manoir et de la parcelle du parc paysager constituant l’écrin du Manoir.

Nous nous réjouissons de cette décision qui contribue grandement à la préservation du patrimoine et au maillage vert de notre quartier. Le Comité de Quartier Floride/Langeveld

LA VILLA PUY FLEURY ENFIN PROTÉGÉE ?

Nos lecteurs savent que depuis des années nous œuvrons – et dans le cas présent surtout le Comité Longchamp – Messidor – pour sauvegarder cette villa de style normand au bout de l’av. Churchill, près du Bois. A plusieurs reprises, notre Lettre s’est fait l’écho des projets immobiliers visant à la détruire et à la remplacer par un gros immeuble à appartements. Aujourd’hui à nouveau, après 2013 et 2016, cette villa a fait l’objet d’une demande de démolition afin d’y construire un immeuble de 18 appartements avec un parking de 30 places (voir croquis du projet à l’enquête publique en juin 2017).

Dans le cadre de l’enquête publique actuelle nous avons à nouveau demandé que la Commune adopte une politique de sauvegarde cohérente pour ce genre de patrimoine avant qu’il ne disparaisse.

C’est chose faite : la Commune vient d’introduire, à l’intervention de Marc Cools, échevin de l’Urbanisme, une demande de classement de la façade avant, de la façade latérale et de la toiture, outre du magnolia dans la zone de recul.

Les esprits chagrins diront que ce n’est que du façadisme ; certes, mais c’est mieux que rien. Terminons en formant le vœu que la Région suive la recommandation de la Commune et accepte le classement car deux demandes avaient déjà été introduites par la Commission Royale des Monuments et des Sites : elles ont été caduques faute d’avoir été traitées dans un délai de deux ans !

En tous les cas, l’avis de la Commission de Concertation pour la construction de l’immeuble de 18 appartements est tombé : il est défavorable !

(Pour lire l’avis dans son entièreté : http://www.uccle.be/administration/...)

NB. : Outre le PUY FLEURY, nous luttons également – et cette fois surtout le Comité Floride – Langeveld – pour la préservation du MANOIR PIRENNE, avenue de la Floride.

Fig. 1 et 2 : La façade à rue actuelle et celle du nouveau projet qui était à l’enquête en juin 2017

COMBAT POUR SAUVER DEUX TEMOINS DE NOTRE PATRIMOINE ARCHITECTURAL ET PAYSAGER

Dans nos dernières publications nous avons attiré l’attention sur le danger qu’il y avait de voir deux beaux ensembles patrimoniaux Ucclois disparaître sous la pioche d’un même promoteur , Monsieur Robert Fischer. Il s’agit de la villa LE PUY FLEURY avenue Churchill 228 (au nom d’Ocean Group SA [1] ainsi que du MANOIR PIRENNE, avenue de la Floride 125 (au nom de Yo SA).

Pour mener à bien ses deux projets, Monsieur Fischer s’est associé Monsieur Marc Corbiau, architecte qui très clairement ne semble pas porter à l’architecture Belle Epoque une grande dévotion.

Si les goûts et les couleurs sont des matières éminemment subjectives, les considérations esthétiques de Monsieur Corbiau, dans le cadre de ce dossier, ne sont manifestement pas partagées par bon nombre d’Ucclois. Et en tout cas pas par les membres des deux comités de quartier (le Comité Longchamp Messidor et le Comité Floride/ Langeveld) qui se sont massivement mobilisés lors l’enquête publique et lors de la séance de la Commission de Concertation du 27 avril dernier (la salle était comble) pour réclamer la sauvegarde de ces deux villas et de leur jardin ou parc respectif. Opinion en grande partie partagée par les membres de la Commission de Concertation puisque les deux avis très circonstanciés qu’ils ont rendus ont été très défavorables pour le demandeur.

Le « Puy Fleury », oeuvre de l’architecte belge Emile Missu, constitue une des dernières propriétés témoignant du « park system » mis en place le long de l’avenue Longchamp ( actuelle avenue Churchill) au moment de sa création à la Belle-Epoque.

De ces avis ressort nettement le désir de préserver ces deux remarquables ensembles patrimoniaux. Cependant, le promoteur semble avoir le bras long et l’histoire n’est donc peut-être pas terminée.

S’il se comprend qu’un promoteur immobilier peut être enclin à construire et vendre un maximum, même en détruisant les témoins du passé, il est heureux que certains se préoccupent avec énergie de sauvegarder de beaux immeubles représentatifs de leur époque, et des espaces verts remarquables.

Le manoir, photo d’époque, probablement vers 1909

Il ne s’agit pas d’un combat de nostalgiques du passé : il s’agit ici d’une volonté de se défendre contre une nouvelle « bruxellisation » qui a déjà fait tant de ravages.

Il y a un désir certain du citoyen de changer sa vision sur l’urbanisation actuelle et la protection de la nature au sein de notre ville, un désir d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

La Commission Royale des Monuments et Sites s’est opposé à la destruction du manoir situé au 125-127 avenue de la Floride, non seulement au vu de la qualité intrinsèque du bâti, édifié selon les plans de Adolphe Pirenne en 1909, mais également en raison des dommages que subiraient les magnifiques arbres à haute tige ( dont nombreux arbres remarquables ) de la propriété

Depuis sa création en 1973, l’ACQU et ses comités membres ont toujours gardé le cap vers un même objectif : continuer à se battre pour sauvegarder un patrimoine construit et vert, cher à tous les habitants d’Uccle.

Chantal de Brauwere Comité Floride / Langeveld

[1] Le présentateur de télévision français « Arthur » (Jacques Essebag de son vrai nom), domicilié à Uccle depuis fin 2013, détient personnellement 75% des parts de la S.A. Ocean Group, société créée fin 2013 ; sa holding luxembourgeoise AW Equity détient les 25% restants. (source : Moniteur du 4 juin 2014))