LES BASSINS D’ORAGE PROTEGENT-ILS SUFFISAMMENT DES INONDATIONS ?

Article paru dans La Lettre aux Habitants n° 80, juin 2014

Une réflexion sur l’efficacité des gigantesques
bassins d’orage comme solution aux inondations à
Uccle n’est peut-être pas inutile.

Le dossier des inondations a été à nouveau ouvert il
y a quelques semaines à l’occasion d’une conférence
organisée par une formation politique dans le
cadre de la dernière campagne électorale. J’y
étais invité afin de faire valoir le point de vue du
monde associatif ucclois face à une ministre et à un
parlementaire régional qui suivent les dossiers de
gestion des eaux depuis de nombreuses années.

J’ai d’abord projeté des images d’antan, celles
de vallées uccloises agrémentées d’étangs et de
zones humides comme c’était le cas il y a tout juste
un siècle. Chaque fois l’image était suivie de la
situation actuelle : voiries, maisons et immeubles
ont remplacé les anciens paysages. J’ai alors eu un
rêve, celui de voir se recréer un maillage bleu dans
les vallées uccloises. Mais ce rêve a été bousculé par
la réalité : il n’est hélas pas concevable de raser et
démolir les nombreuses habitations qui occupent
aujourd’hui ces emplacements.

Cette réalité a rendu la réalisation des trois grands
bassins d’orage ucclois incontournable et leur
impact sera incontestablement positif. Cependant,
à l’encontre du discours rassurant dominant, force
est de constater que leur construction ne résoudra
probablement pas tous les problèmes d’inondations
à Uccle. En effet, la carte des inondés établie par
l’ACQU, analyse à valeur de relevé scientifique,
unique en Région bruxelloise, permet de localiser
tant les situations géographiques qui bénéficieront
d’une protection que celles qui ne seront peut-être
pas protégées par ces ouvrages d’art.

Si les fonds de vallées vont bénéficier d’une
protection efficace, en sera-t-il de même pour tout
le bassin versant de ces vallées ? Le plus simple est
d’observer les endroits où des inondations se sont produites. Si la localisation est en aval des ouvrages
prévus ou en cours de réalisation, des inondations
ne devraient logiquement plus s’y produire. Mais si
elles sont en amont et précèdent l’arrivée des eaux
dans les bassins d’orage, ceux-ci seront-ils efficaces ?

Par exemple, le centre d’Uccle ne devrait plus
avoir les pieds dans l’eau lorsque le tunnel – bassin
d’orage allant de l’avenue De Fré à la rue de Stalle
permettra de stocker temporairement plus de
15.000 m³ (15 millions de litres) d’eau lors des pluies
orageuses.

Mais il saute aux yeux que les dégâts qui se sont
produits non loin de la rue Edith Cavell pourront se
reproduire…

De même le fond de la vallée de Saint-Job devrait
également être protégé par différents bassins
d’orage (certains doivent encore trouver leur
localisation autour de la plaine du Bourdon). Mais
cela protégera-t-il le vallon d’Ohain, le Vivier d’Oie
(un ancien étang où Charles Quint venait chasser !),
la rue de Bigarreaux, etc… ?

Notre rôle de citoyen se borne à alerter les
responsables politiques afin qu’ils en tiennent
compte. Raison de plus pour rappeler toute
l’importance de réfléchir à des politiques de gestion
des eaux faisant en sorte que les pluies soient
tamponnées (retenues sur place quelques heures
et ensuite relâchées progressivement) là où elles
tombent. Ce qui implique une autre politique que
celle de bassins d’orage démesurés (on parle d’un
bassin de 40 000 m³ dans le nord de Bruxelles).

Les solutions développées dans notre Lettre
aux habitants n° 74 permettent une plus large
protection, par la création de zones inondables,
de noues, et surtout pour les particuliers par
une politique d’aide et d’accompagnement à la
conservation ou la création de citernes / bassins de
rétention individuels ou collectifs, reliés à la toiture
de chaque construction, par le biais d’une aide
financière publique judicieuse. Il est certain qu’une
politique dynamique dans ce sens impliquerait
une approche différente de celle qui a conclu à
la nécessité de devoir construire de gigantesques
bassins d’orage de plusieurs milliers de mètres
cubes, une approche que nous qualifions il y a un an
et demi de « nouveau paradigme de l’eau en ville ».

Marc DE BROUWER

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Relevé ACQU des zones inondées en août 2011, Il y aura encore des laissés pour compte malgré la réalisation de bassins d’orage

1er juin 2014