L’OPÉRATION PHOSPHORE, OU COMMENT AMÉLIORER LE RECYCLAGE DES DÉCHETS ORGANIQUES

Actuellement, il existe deux types de collecte :

les déchets de jardin (tontes de gazon, tailles de haies, feuilles et fleurs fanées, mauvaises herbes et branchages) qui sont rassemblés dans les sacs vert

les déchets ménagers (épluchures de légumes et de fruits, marc de café, sachets de thé, mouchoirs et serviettes en papier, restes de viande et poisson) qui sont rassemblés dans les sacs orange.

Les sacs verts sont collectés une fois par semaine et amenés au centre de compostage régional de Forest (et/ou de Grimbergen). Jusqu’il y a peu les sacs en plastique n’étaient pas biodégradables ! Une fois arrivé sur le site, tout était broyé sacs compris et « composté » sur place. En fin de cycle (après quelques mois), le matériau résultant était tamisé dans un grand tambour retenant les plus gros morceaux de plastique. Ceux-ci étaient alors récoltés par aspiration pour être ensuite transférés vers l’incinérateur. BruxellesPropreté affirme sur son site qu’aucun morceau de plastique ne se retrouve dans le compost produit. J’ai peine à le croire !

Le terme composté est entre guillemets car pour tout maître-composteur qui se respecte, on ne peut pas vraiment parler de compost… En effet, après broyage, le mélange obtenu est stocké sur du tarmac et n’est donc pas en contact direct avec la terre et la multitude de microorganismes, vers de terre et champignons qui s’y trouvent. Ce sont eux qui transforment les végétaux en un compost de qualité riche en humus et éléments nutritifs. Ces conditions n’étant pas remplies, le processus consiste principalement en une fermentation avec les odeurs qui l’accompagnent. Je suis certain que de nombreux Ucclois et Forestois habitant au voisinage du centre ne me contredirons pas puisqu’ils peuvent humer régulièrement les effluves de cette fermentation malgré la couverture partielle de la masse végétale.

Pour rester un brin positif, apprécions tout de même le fait que le traitement des sacs verts est local.

Cependant depuis peu, Bruxelles-Propreté a décidé de remplacer les sacs verts existants par des sacs biodégradables. C’est un très grand progrès ! Il est cependant regrettable que la communication à ce sujet soit déficiente. Du jour au lendemain, les anciens sacs ont été interdits à la vente, les nouveaux étant disponibles à la déchetterie régionale. Ils sont heureusement aussi disponibles à Uccle au Service de la Propreté, rue de Stalle, 160 dans le nouveau bâtiment jouxtant l’ancienne déchetterie communale (où l’on peut d’ailleurs aussi se procurer gratuitement les conteneurs destinés à recevoir les sacs orange). Un tout grand merci à notre administration pour ce service aux habitants.

Les sacs orange

Commençons cette fois par le positif.

Excellente initiative de Bruxelles-Propreté et de la Région : elle permet d’éviter aux déchets de cuisine, riches en eau, d’aboutir à l’incinérateur pour y être brûlés. N’oublions pas que les déchets organiques représentent environ 50 % du poids total moyen d’un sac blanc (soit à l’échelle régionale 144.000 tonnes auxquelles s’ajoutent les 40.000 tonnes de biodéchets en provenance de la chaîne de distribution et de la restauration. Une fois récoltés, ces déchets sont amenés à un centre de biométhanisation.

On arrive déjà aux aspects négatifs : le traitement n’est absolument pas local ! Les sacs orange sont transportés jusqu’à Ypres ! 260 km aller-retour pour les camions qui les transportent. Bonjour les dégâts pour les émissions de CO² et le réchauffement climatique. Ce centre de biométhanisation serait déjà à la limite de ses capacités et on a parlé d’une possibilité d’aller encore plus loin, en Hollande ! Il y a aussi un centre de biométhanisation dans la région de Liège. C’est déjà un petit peu plus près ! Un projet de centre de biométhanisation en région Bruxelloise serait à l’étude mais on peine à trouver le terrain (et le budget ?).

D’autre part, à l’heure actuelle, les sacs orange ne sont pas non plus biodégradables. On ne sait pas s’il existe un projet similaire à celui des sacs verts. Cependant, il paraîtrait qu’à Ypres, les sacs seraient vidés avant l’entame du processus de biométhanisation.

Pour information, un sac biodégradable peut porter 2 mentions : « OK Compost » ou « OK Compost Home ».

« OK Compost » signifie que le sac est compostable mais seulement dans un centre de compostage industriel ou les conditions de masse critique et température peuvent être réunies. « OK Compost Home » signifie que le sac est compostable dans un compost individuel. Cependant, par expérience, je peux vous affirmer que le résultat n’est pas toujours garanti.

Osons espérer que les nouveaux sacs verts biodégradables sont réellement adaptés au processus de la déchetterie régionale et sont totalement biodégradables.

A côté de ces initiatives régionales - perfectibles, mais qui ont le mérite d’exister - il existe toute une panoplie d’initiatives initiées par des citoyens ou des entreprises innovantes.

L’Opération Phosphore * qui a pris son envol en février 2017 a pour objectif de répertorier et analyser l’ensemble des initiatives existantes, qu’elles soient publiques ou privées, et de proposer des pistes de solutions dans le but d’améliorer la gestion des matières organiques à Bruxelles. Il s’agit donc d’une plateforme d’expérimentation à l’échelle locale. Elle teste sur le terrain les innovations de gestion des matières organiques. Elle vise à la complémentarité entre la biométhanisation industrielle (sacs orange), le compostage citoyen (compost de quartier, compost au jardin, vermicompost) et les autres techniques de valorisation (valorisation animale, microbiométhanisation et bien d’autres encore) dont vous pourrez avoir un aperçu en consultant le site www.operation-phosphore.brussels

Un des buts du projet est de produire, à l’intention des autorités, des scénarios de transformation du système actuel. L’idée est d’intégrer toutes les formes de traitement décentralisées qui existent à Bruxelles et d’ouvrir les portes pour que d’autres innovations voient le jour. Les citoyens sont aussi invités à être partie prenante de cette réflexion.

Les partenaires sont à ce jour, dans le désordre : l’asbl Worms, le Centre d’Ecologie Urbaine, l’ULB, Bruxelles-Propreté, Bruxelles-Environnement, Roots Store, les citoyens et la Commune de Schaerbeek.

Nous, citoyens, sommes donc aussi invités à donner notre avis. Nous pouvons le faire en nous informant régulièrement en consultant le site de l’Opération Phosphore mais aussi en participant à l’enquête publique sur le nouveau plan de gestion des ressources et des déchets qui se déroule du 14 mai au 14 juillet 2018. Comment participer ?

Envoyez votre avis àplandedechets@environnement.brussels ou par courrier à :

  • Bruxelles Environnement
  • Département « Déchets »
  • Site de Tours & Taxis
  • Avenue du Port 1000 Bruxelles

Il existe aussi un questionnaire en ligne sur le site https://environnement.brussels

Tous les documents utiles sont disponibles sur ce site et au service d’urbanisme de la Commune.

Jean Leseul Administrateur ACQU -Maître-Composteur

* Pourquoi « Opération Phosphore » ? Le phosphore est un des minéraux constitutifs de la trilogie NPK (azote-phosphore-potassium) indispensable à la croissance des végétaux mais aussi un des éléments constitutifs de notre ADN. Parmi ces trois éléments, le phosphore est celui dont le pic de production (extraction de phosphates dans les mines) est le plus proche (2030). Cela signifie que si l’on ne prend pas rapidement des mesures pour le restituer à la terre sous forme d’amendement / compost, il deviendra rapidement hors de prix et donc la production de légumes et céréales également. Il est au centre du métabolisme énergétique de tous les êtres vivants, végétaux, animaux, bactéries et champignons via l’ATP (adénosine tri phosphate) élément entrant dans la composition de l’ADN.

13 juillet 2018