COMMENT LUTTER CONTRE LES DECHETS DANS L’ESPACE PUBLIC ?

L’abandon de détritus sur la voie publique illustre bien la négation du principe « Ne faites pas à autrui ce que vous n’aimeriez pas qu’autrui vous fasse ». Car, pour une catégorie de personnes, l’espace public n’appartient à personne et n’a donc, en quelque sorte, pas d’existence propre. Le salir, le dégrader n’a dès lors aucune importance. Pourtant beaucoup d’autres s’indignent de voir éparpillés ou s’accumuler des détritus dans l’espace public. Cela tient au fait que notre société de consommation produit beaucoup de déchets. On s’y est habitué. Il ne faut pas s’étonner dès lors que les gens les moins concernés par la qualité de l’environnement s’en débarrassent sans se poser de questions.

Pour faire bref, les détritus visibles que l’on retrouve dans notre environnement peuvent être divisés en deux catégories :

1. Depuis que le tri sélectif est organisé à Bruxelles, les déchets organiques sont relégués dans les sacs blancs « généralistes », et plus récemment, dans les sacs orange plus spécifiquement consacrés aux déchets de ce type. Le problème vient du fait que le contenant est constitué d’une fine couche de plastique qui se déchire au moindre accroc. C’est une aubaine pour nos amis visiteurs nocturnes attirés par les odeurs intéressantes que dégagent les sacs.
Chats errants, renards, et autres corvidés s’en donnent à cœur joie. Résultat : le lendemain on peut constater les dégâts et le spectacle n’est pas beau à voir. Un seul sac déchiré répandu sur la voie publique et dont le contenu est dispersé sur des dizaines de mètres par le passage des véhicules ne rend pas les riverains très fiers de leur environnement.

La parade existe pourtant : des poubelles en plastique peu onéreuses sont vendues dans le commerce et les autorités communales encouragent leur utilisation. On peut même s’en procurer à l’administration. Mais leur emploi n’est pas obligatoire et donc seule une partie des habitants en ont acheté une. Serait-il possible
de rendre cet outil obligatoire au lieu simplement de le conseiller ? En outre, malgré que cela soit interdit, un certain nombre d’habitants s’obstinent à sortir leur sac en dehors des heures et des jours prévus. Il en résulte que des sacs traînent parfois plusieurs jours ce qui augmente bien sûr le risque de dégradation de l’enveloppe plastique.

2. L’abandon de déchets sur la voie publique ou dans des endroits moins accessibles mais bien visibles ne font que rarement l’objet de ramassage par les autorités. Depuis de nombreuses années, quelques actions citoyennes en collaboration avec les services communaux sont organisées comme par exemple la demi-journée de nettoyage organisée par S.O.S.-Kauwberg au début du printemps. Les dimensions de cet espace vert et la valeur emblématique de ce lieu semi-naturel unique à Uccle favorisent sans doute la mobilisation de bénévoles. C’est moins vrai pour des lieux plus anonymes comme les abords du pont de chemin de fer à la station de St- Job ; les abords d’un autre pont, celui de la chaussée de St Job entre l’avenue Dolez et la rue Basse ; le passage piétonnier derrière l’arrêt de bus « Hellevelt » entre la rue Geleytsbeek et la chaussée de St Job à hauteur des barres d’habitations Etrimo. On l’aura compris, ce qui fait le plus problème ce sont les lieux de passages intensifs qui favorisent l’abandon de détritus.

Le phénomène est connu : lorsqu’ « on » voit quelques détritus éparpillés à un endroit, « on » aura moins de scrupules à ajouter les siens. Lorsqu’on s’adresse aux autorités communales elles nous répondent que, certes, elles veulent bien intervenir, mais dans les limites de leur pouvoir d’action : les abords de la voie ferrée sont du ressort de la SNCB ; le Kauwberg est une zone privée, c’est la raison pour laquelle le travail annuel est effectué par une a.s.b.l. bénévole. De même que le « Broek » qui est une réserve naturelle gérée par Natagora etc...

Si on y réfléchit, la propreté n’est-elle pas l’affaire de tous  ? Plutôt que de se plaindre, ne pouvons-nous pas contribuer modestement à la propreté ? Dans les pays nordiques, la conscience d’une responsabilité citoyenne est plus forte que chez nous et chez nous elle est sans doute plus forte que dans beaucoup de pays méditerranéens. Ce n’est pas une fatalité. Les prises de conscience peuvent évoluer, parfois plus vite que ce que l’on imagine. Mais bien entendu, c’est au sein de l’école à partir des maternelles que les choses peuvent avancer de la manière la plus efficace. L’éducation joue un rôle central dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres relatifs à la prise de conscience du « vivre ensemble ».

Pour tenter de réveiller la conscience citoyenne, l’entité de Rochefort (province de Namur) a décidé d’utiliser un langage plus direct, voire plus cru pour s’adresser aux personnes (voir photo ) qui à notre avis sonne plus juste et peut amener des « hésitants » à plus de responsabilité environnementale. Car la prévention « douce » et consensuelle n’est pas suffisante pour faire changer les choses. Elle est trop défensive et trop silencieuse.

Il faut bien faire comprendre aux gens moins scrupuleux que salir la voie publique et les espaces verts n’est pas une option neutre et sans conséquence. A commencer par l’aspect financier. Quand une amende est à la clef, certaines personnes peuvent réfléchir plutôt deux fois qu’une aux conséquences de leurs gestes. Encore faut-il que les autorités se donnent les moyens d’agir sur le terrain. Il ne suffit pas que la chose soit interdite ou illégale. Il faut que la sanction administrative suive. On l’a constaté avec les étrons canins. De nombreux propriétaires de
chiens ramassent les « déjections » de leur fidèle compagnon au moyen d’un sac idoine. D’autres continuent à ne pas s’en soucier. ...

Mais c’est à leurs risques et périls. Et généralement les infractions de ce type sont désormais commises « en stoemelinks », loin des regards désapprobateurs. Mais au moins, petit à petit, le caractère illégal et dégoûtant de la négligence est clairement affirmé.

A Bruxelles-Ville et à Schaerbeek, l’abandon d’encombrants sur la voie publique était devenu un réel problème. Une patrouille mixte constituée d’employés et de policiers a été spécialement dévolue à la poursuite de ce type de délinquance, y compris l’abandon d’emballages et de canettes. On a pu constater une certaine amélioration de la situation. En plus ,cela rapporte : En 2008 la commune de Schaerbeek affichait la somme de 269.000 euros de surtaxes dans ce domaine.

L’Administration communale uccloise ne reste pas les bras croisés. Sur le site de la Commune on peut voir que des dispositions ont été prises depuis quelques années. Pourtant le problème est loin d’être résolu. Bien sûr, il n’est pas possible de traquer systématiquement toutes les « petites incivilités ». Mais il faut être créatif et imaginer des types d’actions réalisables sans faire exploser les coûts. Ne rien faire de plus que ce que l’on a fait jusqu’à présent, c’est encourager les inciviques à continuer de dégrader l’environnement.

La densification du tissu urbain, l’arrivée de populations provenant de régions du monde qui ont d’autres valeurs, le délitement du lien social ne vont pas favoriser la résolution de ce type de problème. Au contraire. Il faudra donc que l’on réfléchisse à une politique qui conjugue de manière pratique et efficace la prévention et la répression dans le but de rendre les lieux publics moins exposés aux incivilités de toutes sortes parmi lesquelles l’abandon des déchets n’est pas la moindre.

Christian Hubin