AVENUE CHURCHILL : VIGILANCE !


Initialement créé comme l’ACQU pour défendre le sud de Bruxelles contre le projet Périphérique Sud, le Comité de Quartier Longchamp Messidor (CQLM) est actif depuis 1975. Tous deux ont coopéré en bonne intelligence, portant une égale attention à l’aménagement de l’avenue Winston Churchill qui a toujours évolué au gré des tendances et des besoins en matière de mobilité.

Par exemple, le tram circulait autrefois sur ce qui est aujourd’hui devenu la voirie, tandis que le terre-plein central, anciennement dénommé « allée cavalière », était réservé aux piétons et aux cyclistes, sous la houppe majestueuse des marronniers. Fin des années ’60, le tram dut céder la place à la voiture sur la voirie et chassa de ce fait piétons et cyclistes du terre-plein central afin de lui-même s’y installer. Au milieu des années ‘70, un projet de voies à trois bandes comme sur le boulevard Général Jacques vit le jour mais fut heureusement vite abandonné, au profit du maintien de ce patrimoine d’exception que représentait alors cette grande artère arborée en pleine ville. Une mutation sensible du bâti de l’avenue est intervenue dans les mêmes années, avec la démolition de plusieurs maisons de maître et leur remplacement progressif par des fronts bâtis d’immeubles à appartements de gabarits plus élevés.

Le prestige de l’avenue demeurait toutefois intact en raison du maintien de l’alignement homogène de ses arbres majestueux. Depuis une bonne décennie, cette qualité paysagère est mise en péril. Outre le non-remplacement des marronniers à abattre pour raison phytosanitaire, ce qui crée des trous dans l’alignement, l’élargissement systématique des quais avec le platane comme espèce de remplacement a lui aussi rompu l’homogénéité de l’alignement.
Le but de la Région était alors de rendre les quais accessibles aux PMR (personnes à mobilité réduite) mais le CQLM ne put que déplorer que ces travaux, exécutés sans permis d’urbanisme, soient aussi exécutés sans vision d’ensemble pour un réaménagement global de l’avenue, d’une part, et sans le moindre aménagement pour les PMR en amont ou en aval de l’avenue Winston Churchill, d’autre part. Voilà un exemple typique de « la politique des petits bouts », et qui, au passage, permet à certains d’entamer à petits coups le patrimoine urbain. A cela s’ajoute le récent réaménagement du pourtour du rond-point Churchill, avec cette large bande circulaire hors voirie empruntée dans les deux sens à la fois par les piétons et cyclistes, ce qui n’est pas sans danger. Le CQLM s’était opposé à ces travaux, jugeant inutile d’abattre des arbres pour remplacer ce qui fonctionnait très bien, soit un couloir sécurisé exclusivement réservé aux cyclistes et marqué au sol sur la voirie, sur tout le pourtour du rond-point, du type de celui tracé dernièrement et désormais praticable tout le long de la grande artère.

C’est grâce à L’ACQU que depuis 1976 les quartiers nord et sud d’Uccle gardent leurs forces unies pour s’opposer à nombre de projets qu’ils jugent déraisonnables. Ainsi l’ACQU a-t-elle combattu aux côtés du CQLM les projets régionaux à répétition visant d’une part à oublier le feuillu pour arborer l’avenue au profit du résineux (métaséquoia) - car moins encombrant pour les caténaires du tram - et d’autre part à aménager à l’entrée de l’avenue, côté Brugmann, une troisième voie de tram sur la voirie et une gare de triage en plein milieu de l’avenue, en abattant au passage les marronniers « au cas par cas, pour les besoins du chantier » (sic). L’indignation et la mobilisation des riverains ont fini par faire triompher la raison : le projet « troisième voie » fut définitivement abandonné par les instances régionales en 2014 et le rond-point Vanderkindere, trait d’union entre les avenues Churchill et Albert, a été réaménagé en conséquence, sans toutefois beaucoup penser aux cyclistes, pour qui traverser la place reste un danger.

Si le tourment face à l’aberration que représentait « la troisième voie » n’a plus de raison d’être, le Comité reste aussi perplexe que vigilant face au sort que la Région entend réserver à l’axe qui relie le Bois de la Cambre au Parc Duden. Il partage en particulier les inquiétudes des habitants de l’avenue Albert face à ce que sont devenus les arbres dans leur avenue. L’incurie des autorités en termes d’entretien des marronniers avenue Albert pendant des décennies aurait rendu inévitable en 2018 le tronçonnage radical de la ramure des marronniers, les branches jeunes et saines ayant poussé sur des branches anciennes plus proches du tronc mais pourries de l’intérieur et donc susceptible de casser. C’est du moins l’explication qui nous a été donnée lors d’une réunion au cabinet du Ministre Pascal Smet au printemps 2018. Résultat, les anciens marronniers de l’avenue Albert sont transformés en totems à moignons nus l’hiver, et en quilles feuillues à la belle saison : un paysage en berne ! Alors qu’aux dires de la Région, aucun plan de réaménagement pour les avenues Albert et Churchill n’est dans les cartons…

Si les marronniers de Churchill ont jusque maintenant pu échapper à un tel sort, ce sont les jeunes platanes aux quais qui furent la cible de l’ardeur des bûcherons l’hiver dernier : tous subirent alors un ébranchement systématique du tronc jusqu’au-dessus des caténaires, à parfois plus de 6 mètres du sol, en devenant de ce fait ce que les autorités appellent des « troncs nus colonnaires », aussi dépouillés que les lampadaires et les poteaux des caténaires. A noter que pendant des décennies, le feuillage des arbres bordant la voie de tram et les caténaires ont harmonieusement coexisté, ce qui moyennant entretien et élagages réguliers permettait à l’avenue de conserver tout son cachet, sa convivialité, et c’était aussi tout bénéfice pour les usagers du tram.

Bien sûr, le Comité de quartier encourage le transport en commun et la mobilité douce, mais il s’inquiète de voir des décisions prises sans vision d’ensemble et surtout sans le souci de préserver et renforcer l’ambition urbanistique de cet axe structurant majeur que constituent ensemble les avenues Churchill et Albert. Or, depuis 2014, le CQLM n’a eu de cesse de réclamer une concertation avec les différents partenaires, au niveau régional (dont la Commission Royale des Monuments et Sites), communal et associatif, en vue de l’élaboration d’un « plan global d’aménagement  », convaincus que préserver ces magnifiques espaces de vie est essentiel au développement d’une ville en pleine croissance démographique.

Le comité entend rester en outre très attentif à la politique de stationnement du plan IRIS 2 régulant le sort réservé aux places de stationnement, en cas de réaménagement de l’espace public. Si le CQLM s’est toujours dit évidemment favorable au vélo et à une augmentation de la fréquence des trams, il surveillera de près toute velléité de suppression de la zone de stationnement en voirie, à l’heure où la voiture est perçue par certains comme l’ennemi à abattre. Tant les adeptes de la mobilité douce que les automobilistes, privés ou professionnels, doivent pouvoir continuer de fréquenter leurs familles, amis, clients ou fournisseurs en pouvant stationner de manière sécurisée le long du trottoir, sans oublier ceux qui habitent sur place mais n’ont pas de garage.

Enfin, le Comité suit de près l’évolution d’un règlement communal d’urbanisme zoné à Uccle (RCUZ), dont il a lui-même soutenu la création pour protéger les anciens immeubles et leurs perspectives, de l’avenue Winston Churchill à la place Danco en passant par la place Vanderkindere, l’avenue Brugmann et le square des Héros. Le principe de l’élaboration d’un tel règlement « Grandes Avenues » a été approuvé à l’unanimité par le Conseil communal au milieu de l’année dernière mais il semblerait que la réflexion sur ce projet soit subordonnée à la modification du RRU en cours. Dans l’avis qu’il a rendu sur le projet du nouveau RRU, et à l’intervention de l’ancien échevin Marc Cools, le Conseil communal a plaidé pour que la toiture d’un nouvel immeuble ou d’un immeuble transformé ne dépasse pas de plus de trois mètres le profil mitoyen le plus bas des constructions mitoyennes.

Pour conclure, sur l’ensemble de ces questions le CQLM ne baisse pas la garde mais veut rester optimiste, surtout qu’il n’agit pas seul mais au contraire dans le même état d’esprit que les comités de l’avenue Albert et de ceux qui jouxtent l’avenue Winston Churchill.

Pour le Comité de Quartier Longchamp Messidor

Anita Nys et Béatrice Trouveroy

15 janvier 2020