ÉCONOMISONS L’ÉNERGIE !

On le sait, les climatologues nous mettent régulièrement en garde à propos des conséquences gravissimes que peut avoir un réchauffement incontrôlé du climat sur l’existence des humains ici-bas, laquelle pourrait tout simplement n’être plus supportable ! Une des causes du réchauffement climatique est l’émission en quantité trop importante de gaz à « effet de serre » imputable à nos multiples façons de consommer l’énergie.

La logique veut donc que ces dernières soient sensiblement réduites par tout un chacun. Aussi, parle-t-on de l’absolue nécessité d’économiser l’énergie. Hélas, nos dirigeants politiques insistent trop peu sur cet impératif, qui nous concerne pourtant TOUS. Or, il y a de nombreuses manières d’économiser l’énergie.

Rappelons-en quelques-unes, à titre de suggestions :

  • Au domicile ou au bureau, il conviendrait d’éteindre systématiquement toute lumière électrique inutile ; on limiterait autant que possible le chauffage des locaux (à 20°, par exemple). Il faudrait, en outre, isoler, en fonction de ce qui est possible, fenêtres, toitures, planchers et murs, ou une partie de ceux-ci.
  • Une législation adéquate apparaît nécessaire pour que les magasins soient tenus d’éteindre au moins une partie de leurs éclairages durant la nuit (dèsminuit  ?). Il devrait en tout cas leur être interdit de « chauffer la rue », comme certains le font en laissant leurs portes ouvertes (même en plein hiver !). Leurs locaux ne devraient être chauffés que modérément.
  • La voiture ne devrait être utilisée que de façon raisonnable (et pas pour le moindre petit trajet) ou s’il n’est pas possible de faire autrement. Les transports en commun, le vélo (notamment électrique) ou la marche seraient dès lors lesmoyens les plus courants de se déplacer.
  • L’achat et l’utilisation des divers appareils électriques devraient être le plus possible limités à l’indispensable. Par ailleurs, est-il bien raisonnable d’emprunter l’ascenseur pour un ou deux étages ? Est-il vraiment opportun aussi d’utiliser sa voiture pour faire ses courses de ménage, alors qu’on n’habite pas loin du magasin et qu’il est possible de les faire quotidiennement au lieu d’une fois par semaine ?
  • Autant que possible, on ne laissera pas « en veille » TV et ordinateurs.
  • Il devrait y avoir obligation légale de trier ses déchets en vue de leur recyclage pour pouvoir faire du neuf avec du vieux, en économisant de ce fait une dose certaine d’énergie. Les personnes, inconscientes, qui abandonnent sur la voie publique leurs canettes de boisson en aluminium soupçonnent elles, par exemple, qu’il faut dix fois plus d’énergie pour en fabriquer de nouvelles au départ de la bauxite à extraire de la mine (il en faut 4,5 kg pour obtenir 1 kg d’aluminium), plutôt qu’au départ de l’aluminium récupéré suite au triage des déchets ? Il en est de même pour bien d‘autres produits, métalliques ou en plastique.
  • L’industrie, elle, devrait être tenue de ne fabriquer dorénavant que des produits dûment réparables.
  • Les divers exécutifs devraient promouvoir les énergies durables, de toutes origines (vent, soleil, chutes d’eau, marées, etc.).
  • Et, bien entendu, nos autorités politiques et nos administrations devraient donc montrer l’exemple en limitant elles-mêmes systématiquement leurs dépenses en énergie. Elles rappelleront à leurs administrés l’importance et les moyens possibles pour y parvenir. Elles devraient également prendre toutes mesures permettant de limiter le trafic automobile, une obligation évidente et d’ailleurs conforme à ce qu’a imposé la Région de Bruxelles Capitale.
  • Souhaitons vivement aussi que les commerçants, de leur côté, cessent de croire erronément que tous leurs clients viennent chez eux en voiture avec comme conséquence une systématique et agaçante opposition chaque fois qu’un projet sensé vise à faciliter les transports en commun, au détriment éventuel des possibilités de stationnement automobile aux environs de leur commerce.

Bien d’autres possibilités existent en matière d’économies d’énergie. Nous n’avons voulu en suggérer que quelques-unes. A chacun de voir ce qu’il peut faire dans ce domaine.Mais chacun doit être convaincu que la moindre économie d’énergie s’avère dorénavant utile et même essentielle. Ce sont en effet les milliards de gestes, petits ou grands, qui permettront de limiter le réchauffement climatique dans une mesure acceptable et vivable.

Et notre recommandation s’avère d’autant plus opportune que le Gouvernement fédéral belge, se donnant là une échappatoire, est prêt à des compromissions visant à ne fermer qu’une partie de nos centrales nucléaires, en dépit de ce qui a été voté et qui prévoit leur fermeture en 2015. Les autres centrales pourraient alors être maintenues une dizaine d’années de plus ! Et cela, suite à la sortie d’un « Plan d’équipement électrique du royaume », rédigé récemment par les experts (?) de l’Administration de l’énergie, lesquels prévoient toujours des augmentations de consommation électrique, en ignorant systématiquement les économies d’énergie possibles (Cf. : « Le Soir Economie » du 10 mai 2012).

Jacques NIFFLE

Réchauffement climatique et survie de la planète

Article paru dans la Lettre aux habitants n° 61, septembre 2009.


Un peu d’histoire

  • En 1992, se tenait le premier Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, sous l’égide des Nations Unies : les chefs d’Etat et de gouvernement qui y assistaient déclaraient avoir pris conscience de l’ampleur planétaire des défis environnementaux et de l’urgence qu’il y avait à entreprendre des actions coordonnées pour les relever. Pour la première fois, la solidarité et l’interdépendance des nations du monde à cet égard étaient reconnues au plus haut niveau politique. Une convention-cadre sur les changements climatiques était signée.
  • En 2002, les mêmes acteurs se réunissaient à Kyôto (Japon) pour tenter d’aboutir à un accord global sur les objectifs à atteindre : cela s’est traduit par le protocole de Kyôto, entré en vigueur en 2005 et qui visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre (G.E.S.) de 5,2% d’ici à 2012.
  • En décembre prochain, le sommet de Copenhague est appelé à prendre des décisions cruciales qui engageront l’ensemble des pays dits industrialisés, émergents et en voie de développement à mettre en œuvre un programme global à long terme de lutte contre le réchauffement climatique. Pourquoi y a-t-il désormais urgence ? Parce qu’entre-temps ont été publiés deux rapports scientifiques au retentissement mondial : d’une part, celui du GIEC (Groupe intergouverne- mental d’experts sur l’évolution du climat) et d’autre part, celui de Nicholas STERN (Royaume- Uni), économiste et ancien vice-président de la Banque Mondiale, publié en 2006.
  • Le GIEC est une sorte de forum mondial regroupant quelque 2.500 experts venus du monde entier, qui ont abouti par étapes et par consensus à une série d’hypothèses aussi importantes que préoccupantes, et désormais communément admises. La première, c’est que c’est l’activité humaine qui est principalement responsable des changements constatés et à venir au niveau du climat et de notre environnement. Par ailleurs, si rien n’est entrepris pour ralentir et inverser l’évolution en cours, on peut s’attendre d’ici 2100 aux conséquences suivantes : hausse moyenne des températures de 2° à 6°C, fonte des glaces aux calottes polaires et sur les plus importantes chaînes montagneuses, élévation du niveau des mers entre 10 et 90 centimètres avec inondation subséquente d’un grand nombre de zones côtières et salinisation des terres cultivables. (Quand on sait que depuis la plus haute antiquité, ce sont les zones côtières qui ont permis le développement des civilisations et des économies les plus prospères dans l’histoire de l’humanité, on mesure l’ampleur de la menace). Accélération du processus de désertification qui soustrait chaque année des centaines de milliers d’hectares à l’ensemble des terres cultivables de la planète.
  • Le rapport STERN, commandité par le gouvernement britannique mais qui jouit lui aussi d’une audience internationale, s’est attaché à chiffrer le coût économique des effets du changement climatique et le rapport entre les bénéfices d’une action visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (G.E.S.) et le coût de l’absence d’action. Il en conclut que les bénéfices d’une telle action dépassent considérablement le coût d’une absence d’action, qui aurait en outre des effets irréversibles sur l’environnement.
  • Par ailleurs, deux personnalités de premier plan ont apporté une contribution essentielle à la prise de conscience collective des menaces qui pèsent sur nous : Al GORE, ancien vice-président américain devenu défenseur de première ligne de notre environnement, par sa participation au remarquable documentaire de Davis GUGGENHEIM « Une vérité qui dérange » (2006), projeté dans nos salles et aussi disponible en DVD, et Yann ARTHUS-BERTRAND, notamment par son superbe film « Home », diffusé tout récemment à l’échelle planétaire via un grand nombre de chaînes de télévision publiques, et disponible en DVD.


    Les enjeux de Copenhague

Que va-t-il se passer en décembre à Copenhague, toujours sous l’égide des Nations Unies ? Une vaste et difficile négociation entre les plus gros pollueurs – souvent les plus riches – et les autres pays, soit « émergents » (Chine, Inde, Brésil), soit « en voie de développement », pour aboutir à des compromis, tant en termes de réduction globale de la pollution en gaz à effet de serre (par exemple, moins 20% d’émissions de CO2 d’ici à 2020, comme s’y est engagée l’Union européenne) qu’en termes de répartition de quotas (c’est-à-dire de droits à polluer accordés à chaque pays). Les pays émergents ou en voie de développement refusent de consentir les mêmes efforts que les pays riches pour des raisons historiques (ce sont les pays industrialisés qui ont commencé par s’enrichir, au prix de pollutions massives chez eux et ailleurs dans le monde) et économiques : ils ne veulent pas entraver le développement de leurs économies, actuellement basées sur des processus industriels et des sources d’énergie très polluants (charbon, fioul) et se retrouver pénalisés à la fois sur le plan financier (coût élevé de la reconversion à des énergies et des technologies moins ou peu polluantes) et sur le plan technologique (obligation d’acquérir les nouvelles technologies dans les pays industrialisés, à un coût jugé prohibitif, d’où nouvelle dépendance). Les responsables des Nations Unies espèrent quant à eux que des réponses seront apportées à quatre questions- clés :

  1. Dans quelle mesure les pays industrialisés sont-ils prêts à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ?
  2. Dans quelle mesure la Chine et l’Inde y sont-elles prêtes ?
  3. Comment financer l’aide dont auront besoin les pays en voie de développement pour réduire leurs émissions et s’adapter aux impacts du changement climatique ?
  4. Comment gérer ce financement ? Des acteurs majeurs peuvent changer la donne : la Russie s’est ralliée à l’Union européenne pour réduire ses émissions de CO2 de 20% d’ici 2020 ; alors que, sous la présidence de George BUSH, les Etats-Unis refusaient d’admettre le rôle joué par l’activité humaine dans le réchauffement climatique, depuis l’arrivée au pouvoir de Barack OBAMA, ce rôle a été reconnu et un objectif de réduction globale des émissions fixé d’ici à 2020. A ce jour, on ignore quelle sera l’attitude de la Chine, de l’Inde ou du Brésil à l’ouverture de la négociation. Dans son numéro daté du 7 août, le journal Le Monde titre « L’Inde veut devenir un géant de l’énergie solaire » et « La Chine est saisie par la fièvre des énergies renouvelables », mais indique par ailleurs que l’Inde veut à tout prix éviter un engagement chiffré de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre et que la Chine refuse pareillement de plafonner ses émissions. Une chose paraît avérée : ça va chauffer à Copenhague…


    Que pouvons-nous faire ?

A un niveau plus terre-à-terre, que pouvons-nous faire, collectivement et individuellement, face à des perspectives aussi angoissantes ? Tout d’abord, changer nos mentalités. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, nous avons été conditionnés à vivre dans un système économique basé sur une croissance illimitée, reposant elle-même sur des ressources considérées comme inépuisables, et donc sur leur gaspillage. Cela a engendré des sociétés consuméristes, où l’élévation constante du niveau de vie et des rémunérations était censée alimenter en continu la croissance économique. Plusieurs « secousses sismiques » nous ont fait déchanter depuis, qu’il s’agisse des chocs pétroliers successifs, de l’épuisement désormais avéré et inexorable de ressources finies, ou de la crise que nous vivons actuellement, et qui a ébranlé en profondeur la planète financière, avant d’affecter notre mode de vie. Il nous faut désormais choisir entre changer nos habitudes ou assister à notre propre déclin.

Pour nous aider à changer, commençons par réfléchir profondément à deux idées apparemment simples :
- la première est la proposition « penser globalement et agir localement » : c’est déjà ce que nous essayons de faire au niveau des associations de pro- tection et de défense de l’environnement. Mais il incombe à chacun d’entre nous d’élever suffisamment son niveau d’information et de conscience pour décider de changer son mode de vie — et le faire
- la seconde est la formule-choc de Yann ARTHUS-BERTRAND dans son film « Home » : « Il est trop tard pour être pessimiste ».

Ensuite, pousser nos mandataires politiques au niveau communal à mettre rapidement en œuvre des initiatives d’intérêt public et transformer les discours et déclarations d’intention en enjeu politique. Ainsi Uccle a lancé l’Agenda 21, dont l’élaboration est suivie par l’ACQU.

Et allons visiter une exposition passionnante consacrée à ce thème d’une actualité brûlante, intitulée « C’est notre Terre 2, objectif Copenhague », qui s’est ouverte à Bruxelles le 10 septembre 2009 sur le site de Tour et Taxis et fermera ses portes en janvier 2010. Pour de plus amples renseignements, consulter le site de l’exposition www.expo- terra.be


Agir, soit, mais comment ?

Qu’est-ce que chacun d’entre nous peut déjà faire dès maintenant, au niveau de son quotidien ? Beaucoup plus qu’il ou elle ne pense. Quelques exemples :
- Remplacer dès que possible toutes les lampes à incandescence – qui se caractérisent par une énorme déperdition d’énergie – par des lampes économiques, certes plus chères à l’achat, mais à la durée de vie très supérieure et qui ne consomment qu’une fraction de l’énergie requise par les ampoules classiques (lesquelles seront toutes retirées du commerce d’ici 2012, en vertu d’une directive européenne, donc d’application dans chacun des 27 Etats membres de l’Union européenne)
- Avant de prendre sa voiture par pur réflexe acquis, se demander si l’on ne peut pas y arriver tout aussi bien en utilisant les transports en commun ou le vélo – moyennant un réaménagement de son emploi du temps
- Lors du remplacement d’appareils électro-ménagers, privilégier ceux qui consomment le moins d’eau et d’énergie (des labels spécifiques nous y aident)
- Lors du remplacement d’une installation de chauffage ou d’un chauffe-eau, faire étudier les systèmes fonctionnant à l’énergie renouvelable, pour l’installation desquels la Région accorde des primes intéressantes. Il en va de même lorsqu’on améliore l’isolation thermique d’une habitation, sans même parler d’une construction nouvelle. Ainsi, il existe déjà un exemple de maison dite « passive » à la Montagne Saint-Job. On peut présumer que le maître d’œuvre n’a pas opté pour ce type d’habitation par pur idéalisme et sans tenir compte du coût…
- A coût égal ou comparable, privilégier l’électricité dite « verte », c’est-à-dire produite à partir d’une source non polluante (aujourd’hui, toutes les multinationales impliquées dans la prospection de nouveaux gisements d’énergies traditionnelles s’évertuent à nous persuader de leur conversion aux énergies propres…)


Faut-il encore préciser que chacune de ces décisions – possibles et à notre portée –, outre qu’elle contribue concrètement à la réduction de nos émissions globales de CO2, est source d’économies substantielles pour notre budget ?

Tout ceci nous amène au développement durable, un concept plus vaste que celui du seul réchauffement climatique. Mais ceci est une autre histoire…

Georges INGBER

Les conséquences de l’usage abusif de la voiture sur la santé des habitants

Article paru dans la Lettre aux habitants n° 57, septembre 2008.


Dans des villes telles que Bruxelles, la pollution atmosphérique est provoquée par la concentration d’activités émettrices de polluants.

Parmi celles-ci, le trafic automobile est le responsable majeur de la dégradation de la qualité de l’air. Il est, en effet, à l’origine de 91% des émissions de monoxyde de carbone (CO), de 89% des émissions d’hydro-carbures aromatiques polycycliques (HAP), de 57% des émissions de dioxyde d’azote (NO2), de 44% des émissions de composés organiques volatiles (COV) et de 19% de celles de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre.

La pollution entraîne une détérioration de la santé de la population, des effets nocifs sur la faune et la flore, et une dégradation de certains bâtiments.

On distingue deux types d’atteintes de la qualité de l’air : les concentrations de fond, auxquelles la population est exposée quotidiennement et qui exercent des effets à moyen et à long terme sur la santé, et les pics de pollution, qui surviennent lors de conditions météorologiques particulières et qui occasionnent surtout des troubles respiratoires chez les personnes âgées, les malades et les enfants.

Les particules, émises surtout par les moteurs diesel, constituent un problème majeur en Belgique, parce que le parc automobile diesel et le nombre de véhicules neufs équipés d’un moteur diesel y sont très importants, et que les améliorations techniques apportées à ces moteurs (réduction de la consommation et augmentation des performances) ont remplacé les grosses particules par des petites, proches d’un diamètre de 1 micron (= 1 millième de millimètre), parfois même d’un dixième ou d’un centième de micron, qui se comptent en milliers par cm3 d’air, s’insinuant jusqu’au plus profond de l’arbre respiratoire après s’être chargées en polluants très toxiques (HAP et leurs dérivés nitrés) et peuvent passer dans le sang.

L’ozone (O3) troposphérique (= de la région de l’atmosphère la plus proche du sol, dont l’épaisseur varie de 8 à 17 km et où se produisent la plupart des phénomènes météorologiques) est un polluant secondaire formé au départ de COV et de NO2 lors d’épisodes de temps très chaud et ensoleillé. Depuis le début des années 80, les concentrations d’ozone ne cessent d’augmenter. Elles provoquent une diminution de la capacité pulmonaire, des inflammations et une hypersensibilité des voies respiratoires, ainsi qu’une irritation des yeux, du nez et de la gorge. Elles portent vraisemblablement une responsabilité dans l’augmentation de la fréquence de l’asthme, rare avant le XXème siècle chez l’enfant, alors qu’un sur dix en est atteint actuellement. Depuis 1994, année où l’Institut d’Hygiène et d’Epidémiologie a mis en évidence une surmortalité chez les personnes âgées, on sait qu’elle est liée soit à l’ozone, soit à la chaleur, soit à une combinaison des deux. Les plus hautes concentrations observées en Belgique apparaissent entre 12 et 20 heures. En 2003, on y a noté 22 jours de dépassement du seuil d’information de la population (180 microgrammes par m3 d’air) et 7 jours de dépassement du seuil d’alerte (240 microgrammes par m3 d’air), mais l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) juge que les effets sur la santé peuvent déjà se faire sentir lors de pics prolongés au delà de 12 micro- grammes par m3 d’air, ce qui s’est produit 84 fois pendant cette année.

La concentration de plomb dans l’air a diminué de 70% en moins de dix ans dans les grandes villes, grâce à l’apparition du pot catalytique et à l’utilisation de l’essence sans plomb. Mais les concentrations de benzène restent beaucoup trop élevées dans certaines artères, relativement étroites et bordées de bâtiments élevés, comme dans le quartier Arts-Loi, par exemple.

L’OMS estime que le nombre de décès dus aux maladies respiratoires causées par la pollution atmosphérique a maintenant dépassé celui dû aux accidents de la circulation. Une enquête, qu’elle a réalisée au début des années 2000, révèle que les gaz d’échappement entraînent chaque année 17.600 morts prématurées chez l’adulte en France, 2.400 en Autriche et 1.800 en Suisse, en déclenchant ou en aggravant des affections cardiaques ou respiratoires. Cette enquête leur attribue également, dans les mêmes pays, 300.000 cas de bronchite chez l’enfant, 15.000 hospitalisations pour infarctus, 39.500 urgences pour crise d’asthme chez l’adulte et 162.000 chez l’enfant, une diminution de l’activité quotidienne chez 16 millions de citoyens à la suite de problèmes respiratoires, ainsi que des dépenses annuelles de 27 milliards d’euros en vies, maladies, traitements et heures de travail perdues.

Plusieurs études ont montré que l’exposition à la pollution liée au trafic était défavorable à l’appareil respiratoire et au système cardiovasculaire. Aux Pays-Bas, 4.492 personnes, âgées de 55 à 69 ans et suivies pendant 8 ans, ont présenté un risque accru de mortalité cardiopulmonaire lorsqu’elles habitaient à moins de 100 mètres d’une autoroute ou à moins de 50 mètres d’une route urbaine importante. Aux Pays-Bas encore et dans une série de 3.538 enfants, l’apparition d’asthme, d’allergie et d’infections respiratoires au cours des 4 premières années de la vie a été associée à la pollution liée au trafic. En Californie, 1.445 enfants de 4ème année primaire (âge moyen de 10 ans), suivis pendant 8 ans, ont présenté un déficit important de leur développement pulmonaire lorsqu’ils vivaient à moins de 500 mètres d’une autoroute. Le diagnostic de syndrome respiratoire aigu sévère (SARS) a été posé chez 5.327 Chinois en 2002-2003, et la pollution de l’air (CO, NO2, O3, SO2) a été associée à un risque accru de décès. L’exposition de 20 hommes, ayant déjà eu un infarctus du myocarde, à des gaz d’échappement diesel favorise l’infarctus du myocarde et altère la capacité fibriolytique endogène, conséquences défavorables pour le système cardio-vasculaire. Une étude, réalisée à Paris sur 40 hommes en bonne santé, montre que la pollution atmosphérique est associée à une altération de l’endothélium (= tissu qui recouvre la paroi interne des vaisseaux) des artères, caractéristique de l’artériosclérose et facteur prédisposant aux maladies cardio-vasculaires. Parmi 65.893 femmes âgées de 50 à 79 ans, sans antécédent cardio-vasculaire, vivant dans 36 villes des Etats-Unis et suivies en moyenne pendant 6 ans à partir de 1994 à 1998, 1.816 ont présenté un accident cardio-vasculaire, une élévation de 10 microgrammes par m3 de PM 2,5 (= particules de diamètre inférieur à 2,5 microns) étant associée à une augmentation de 24% du risque de cet accident et de 76% du risque de décès par cet accident.

L’étude d’un groupe de 280 enfants, âgés de 0 à 14 ans, atteints de leucémie aigue et comparés à 285 enfants de même âge et présentant des pathologies osseuses, a montré que les enfants de ce groupe avaient été exposés au benzène du fait de l’implantation de leur habitation près d’ateliers d’entretien et de réparation d’automobiles ou près de stations d’essence, et que le risque de développer une leucémie aigue était chez eux quatre fois plus élevé que pour les autres enfants.

Entre janvier 2000 et janvier 2002, la qualité du sperme a été étudiée chez 85 hommes, d’âge moyen de 39,6 ans et travaillant dans les cabines de péage autoroutier en Italie, où les concentrations de produits toxiques sont significativement plus élevées, et a été comparé à celle de 85 hommes d’âge semblable et habitant dans la même région. Elle a révélé que le nombre de spermatozoïdes restait normal, mais que leur mobilité globale et leur progression vers l’avant diminuaient en même temps que la durée, pendant laquelle les employés du péage avaient eu des rapports sexuels non protégés avant la première grossesse de leur partenaire, était plus longue que dans le groupe contrôle.

La pollution liée au trafic automobile se trouve non seulement au dehors, mais aussi à l’intérieur des véhicules. Pour mesurer cette pollution, une camionnette a roulé à Rouen en 2007, équipée d’appareils de mesure de polluants et d’autres paramètres qui enregistrent des données seconde par seconde. Les premiers résultats montrent que des pics de concentration très élevés ont été enregistrés et que le conducteur dans son véhicule est 3 à 4 fois plus exposé aux polluants qu’un piéton sur le trottoir, surtout lorsqu’il suit un autre véhicule assez près.

La voiture est aussi responsable de nombreux accidents. En 1998, plus de 124.000 décès étaient imputables à des accidents de la route dans les pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique). Une enquête, réalisée en Belgique en 2001, révèle que les statistiques d’accidents de la route font état annuellement de 58.000 blessés légers et de 11.000 tués ou grièvement blessés. Parmi les victimes, on trouve 7.500 enfants : 2.500 d’entre eux circulent à pied ou à vélo aux abords des écoles et 1.800 présentent des blessures graves. De plus, 75% des piétons décédés ou grièvement blessés le sont en agglomération.

Dr Pierre DOR