LES GRANDS BOULEVARDS URBAINS

Article paru dans La Lettre aux Habitants n°77, septembre 2013

1e CEINTURE

Le premier boulevard périphérique de Bruxelles fut aménagé dans les années 1850 à l’emplacement des anciennes fortifications de la ville (d’où le nom de boulevard [1]). Ce premier « ring » est plus connu sous la dénomination de « Petite Ceinture ».

2e CEINTURE

Le deuxième boulevard périphérique, connu sous le nom de "Grande Ceinture" fut développé, notamment sous l’impulsion de Léopold II, à partir des an-nées 1860. La mise en oeuvre de cette vaste deuxième rocade se révèlera compliquée et sera inégale-ment poursuivie selon le bon vouloir des communes censées être traversées. Dans un premier temps (1870-1914), seule la moitié nord-est du projet verra le jour, correspondant à la traversée des communes de Laeken, Schaerbeek, Etterbeek et Ixelles [2]. A l’approche d’Uccle, le boulevard est renvoyé vers Forest (avec une rupture au niveau du Bois de la Cambre) via les avenues Longchamp (rebaptisée Winston Churchill après la guerre) et Albert, voiries créées toutes les deux à l’initiative du banquier Georges Brugmann.

Image ci-dessus : « Plan d’ensemble pour l’extension et l’embellissement de l’agglomération bruxelloise » dressé par Victor Besme, Inspecteur Voyer des faubourgs de Bruxelles, en 1866. C’est à Victor Besme que revenait la tâche de déterminer le tracé de la Grande Ceinture autour de Bruxelles. Ce plan dévoile un projet très régulier mais encore très théorique. Si le programme sera grosso modo respecté, son implantation sur le terrain se verra néanmoins fortement adaptée.

3e CEINTURE

Alors que la portion ouest de la deuxième ceinture demeure toujours dans les cartons, un projet de troisième ceinture (baptisé Boulevard de Plus Grande Ceinture) est déjà envisagé dès les années 1900 à l’initiative notamment de la commune d’Auderghem [3]. Le projet consiste dans un premier temps à relier la toute récente avenue de Tervueren à l’hippodrome de Boitsfort. Très rapidement il est prévu de prolonger le projet jusqu’au parc de Koekelberg sous la forme d’une vaste rocade de 30 m de large contournant la capitale par le sud-ouest [4]. Seule la traversée des communes d’Auderghem, de Boitsfort, d’Uccle, de Forest et d’Anderlecht constitue véritablement un nouveau projet de voirie. A partir de Molenbeek le projet se greffe sur le tracé nord - mais non encore réalisé – de la seconde couronne (Boulevard de Grande Ceinture). Le décalage de cette troisième ceinture partielle, vers le sud-ouest, s’explique par le simple fait que la banlieue de Bruxelles était en train de s’étendre plus fortement dans cette direction dès la fin du 19e siècle. Tout comme le projet de seconde ceinture, la troisième rocade peinera à voir le jour : Le tronçon traversant Auderghem et Boitsfort, est le premier à aboutir (vers 1910) [5]. En attendant la percée du tracé à travers le territoire d’Uccle et des communes suivantes, le boulevard sera raccordé à l’avenue Louise via la création en 1910 de l’avenue des Nations (rebaptisée Franklin Roosevelt après la guerre) et de l’avenue Emile De Mot (créées toutes les deux dans le cadre de l’exposition universelle de 1910 qui eut lieu au Solbosch).

En 1938 est ouverte la partie nord-ouest du boulevard (boulevard de Mettewie) traversant la commune de Molenbeek-St-Jean et reliant le parc de Koekelberg à la chaussée de Ninove.

C’est vers 1956 seulement qu’est aménagée la portion anderlechtoise du boulevard (boulevard Joseph Bracops), dans la prolongation du boulevard de Mettewie [6]. Au contraire du boulevard de Mettewie, dont la mise en oeuvre s’était conformée au programme classique du boulevard "léopoldien" (terre-plein central, quadruple allée d’arbres, etc.), l’aménagement du boulevard Bracops ne se fera que très sommairement. Considéré comme temporaire, il est prévu qu’il soit remplacé très rapidement par une portion du Grand Ring autoroutier dont le principe était alors déjà acquis.

ci-dessus : Extrait d’un plan de 1932 révélant le tracé du Boulevard de Plus Grande Ceinture tel qu’approuvé par le Conseil communal du 30 décembre 1915. Un premier projet, très similaire, avait déjà été approuvé en juillet 1913 en même temps qu’avait été prise la décision d’exproprier pour cause d’utilité publique les terrains nécessaires à l’exécution du Boulevard. Cette décision fit rapidement l’objet de réclamations ce qui explique la nouvelle version adoptée en 1915. Le projet de 1915 prévoit l’embranchement du futur boulevard sur la drève des Chalets. Il sera remplacé en 1934 par une version privilégiant une connexion à l’avenue Van Bever. Ya-t-il une relation entre l’étonnante largeur que possède l’avenue van Bever et le projet de boulevard ? Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Image ci-dessus : A partir de 1913 et ce pour plus de 65 ans, une grande part du territoire ucclois sera grevé d’une hypothèque de non-construction. Le mécontentement et la mobilisation d’une multitude de propriétaires est notamment à l’origine des nombreuses modifications de tracé que connaitra tant le projet de Boulevard que plus tard celui de Ring Sud. (Extrait du Registre aux délibérations du Collège Echevinal d’Uccle, séance du 7 juin 1926 rejetant une demande de construction ch. de St.-Job. (AGR, Archives du province de Brabant, fonds "voirie, service R12".)

[1] Le mot boulevard dans son sens premier militaire désigne, dans la fortification d’une ville, un ouvrage de protection avancé construit en madriers et en terre. Avec la transformation de la fortification, le mot va désigner un ouvrage, souvent maçonné, ajouté en avant d’une fortification plus ancienne et destiné à porter de l’artillerie. Un boulevard a le même rôle qu’un « bastion » ou un « rempart ». Le mot est composé de deux radicaux : bole qui signifie poutre, grosse pièce en bois, et voerk qui veut dire ouvrage. Source : Article Boulevard de Wikipédia en français (http://fr.wikipedia.org/wiki/Boulevard).

[2] Dans ce sens l’intervention du roi Léopold II fut déterminante. Il était impératif à ses yeux que soit réalisée la portion du boulevard permettant le mouvement des troupes entre le domaine royal de Laeken et les nouvelles casernes établies à Etterbeek.

[3] Le Boulevard du Souverain dans L. RANIERI, Léopold II Urbaniste, Bruxelles, 1973, p103.

[4] La projection d’une voirie à établir entre l’avenue de Tervueren et l’hippodrome de Boitsfort est imaginée dès 1890 à l’initiative de la commune d’Auderghem. Nos recherches ne nous ont par contre pas permis de déterminer la date précise de l’idée d’une rocade à tracer entre l’hippodrome de Boitsfort et le parc de Koekelberg. Les quelques documents que nous avons consultés permettent toutefois de penser que ce projet remonte aux alentours de 1900.

[5] Si la création des boulevards de seconde ceinture est bien documentée et a fait l’objet de nombreuses publications, le projet de 3ème couronne est nettement moins connu (à l’exception notoire du tronçon implanté sur le territoire des communes d’Auderghem et de Boitsfort). C’est probablement le projet de Boulevard du Souverain (initiative originale de la commune d’Auderghem - qui pour l’occasion sollicita l’aide de l’Etat) qui inspira la Province de Brabant à projeter la réalisation d’une 3ème boucle à travers les communes d’Uccle, Forest et Anderlecht. Les quelques documents que nous avons pu consulter aux Archives du Royaume, à la commune d’Uccle ou au Cercle d’Histoire et d’Archéologie d’Anderlecht ne nous ont toutefois pas permis d’élucider l’origine réelle du projet (ni sa date d’ailleurs). Le sujet mériterait réellement de faire l’objet d’un travail de recherche plus approfondi.

[6] La construction de ce tronçon avait pour objectif le délestage de l’important trafic que présageait l’exposition universelle de 1958. Son ouverture permettait en effet de rejoindre le plateau du Heysel à partir de la chaussée de Mons (trafic en provenance du Hainaut et de la France) tout en évitant le centre d’Anderlecht.