Une maison art déco défigurée

Article paru dans la Lettre aux habitants n° 67, mars 2011.


La commune d’Uccle recèle de nombreuses maisons de style art déco et moderniste, construites au cours des années 1920-1930 par des architectes connus, parmi lesquels Delville, De Koninck, Jasinski, Verbruggen. Le musée Van Buuren et les maisons du square Coghen en sont les plus connues.

Une maison, située 129 avenue Coghen, vient de faire l’objet d’une restauration bien malheureuse, qui ne respecte en rien l’esprit de son auteur, l’architecte Pierre Verbruggen, qui a également réalisé les plans de plusieurs maisons du square Coghen. Cette maison, construite en 1930, présentait un style moderniste de qualité, caractéristique de cette époque. Au rez-de-chaussée, une porte d’entrée et porte de garage en ferronnerie ouvragée ; au premier étage, un bow-window en saillie, une loggia et une corniche en avancée rompaient la monotonie de la façade. Au second, un bandeau de fenêtres au léger châssis en acier parcourait toute la façade, élément typique de l’art déco.

Si le bâtiment n’est pas classé, il est repris néanmoins par l’ouvrage « Promenades Art Déco à Bruxelles », écrit par Cécile Dubois (éditions Racine) ; par la brochure « Uccle à la carte » édi- tée par le Ministère de Bruxelles- Capitale, direction des Monuments et Sites, et fait l’objet de plusieurs parcours de découverte de l’art déco à Bruxelles.

Cette maison était fort dégradée et nécessitait d’importants travaux de rénovation, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le propriétaire effectua ces travaux sans permis d’urbanisme, pourtant obligatoire pour des travaux de cette nature, et au départ, sans architecte. Les travaux, réalisés de manière illicite, ont entièrement défiguré la façade, lui enlevant toutes les caractéristiques architecturales originelles qui en faisaient la spécificité, pour la rendre tout à fait quelconque.

C’est grâce à la vigilance de plusieurs riverains que l’infraction a pu être signalée, mais trop tard pour empêcher la destruction.

Dès le mois de mars, la commune est informée par des voisins. Elle se rend sur place et constate les travaux. A ce moment, il s’agit de travaux intérieurs, qui ne nécessitent pas de permis. Mais le propriétaire n’en reste pas là. Sans attendre un permis d’urbanisme demandé le 27 août pour « régularisation de la rénovation lourde de la maison, remplacement des châssis et isolation des façades et projet d’extension », d’importants travaux sont réalisés sur la façade qui la défigurent complètement .

Début novembre, la commune fait arrêter le chantier. Trop tard ; le propriétaire a eu le temps d’effectuer à sa guise toutes les transformations qu’il souhaite. Seule la porte de garage d’origine art déco est sauvée.

Une enquête publique a eu lieu. De nombreux habitants du quartier - la pétition a recueilli près de 80 signatures - ainsi que l’ARAU, Pétitions-Patrimoine, le Cercle d’histoire et d’archéologie d’Uccle ont marqué leur opposition à une régularisation de cette situation illégale et demandé la remise en état du bâtiment, tel qu’il était avant les travaux. La commission de concertation s’est réunie le 16 février.

Elle a émis un avis défavorable, et demandé, avant toute introduction d’une nouvelle demande et de la reprise des travaux, un contact préalable du demandeur avec le service d’Urbanisme et la Direction des Monuments et Sites.

Cette situation est exemplaire de la situation précaire dans laquelle se trouvent des bâtiments d’une grande qualité architecturale et esthétique et qui pourtant ne sont pas protégés par un arrêté de classement. Comment ne pas s’interroger à juste titre sur l’efficacité réelle de la politique de protection du patrimoine telle qu’elle est menée par la Région et par les Communes ?

Il est urgent que ces instances politiques se donnent les moyens, mais plus encore la volonté de s’engager réellement, au delà de mots, pour assurer une réelle protection du cadre de vie et sanctionner les contrevenants. Et en particulier, que l’inventaire du patrimoine, en cours de réalisation par la Région (seules 4 communes sur 19 sont inventoriées) soit accéléré, de manière à mieux assurer leur protection.

Faute de quoi, un patrimoine immobilier de valeur continuera à disparaître dans l’indifférence générale.

FRANÇOIS GLORIE

mars 2011