Un quartier en béton

Article paru dans la Lettre aux habitants n° 66, décembre 2010.


Aux portes de la ville, les quelque 14 hectares de terrains qui restent à bâtir au quartier Calevoet-Bourdon à Uccle offrent un potentiel alléchant pour les promoteurs, tant privés que publics.

Les expropriations et les démolitions qui suivirent le projet avorté du ring sud sont pour la plupart à l’origine de ces « friches ». Cependant avec les années et pour diverses raisons, la plupart de ces parcelles sont restées inoccupées. Finalement un relatif équilibre socio-économique s’est malgré tout installé autour de ces terrains vagues.

Mais ces derniers mois, les habitants ont assisté à un véritable défilé de demandes de permis d’urbanisme pour une série de projets, la plupart destinés à du logement. Les questions et inquiétudes des habitants, répercutées le plus souvent au cas par cas en commission de concertation, sont récurrentes.

Evoquée le plus souvent, la densité de population qui en augmentant risque bien de faire passer au cran supérieur la pression automobile déjà insupportable, mais aussi les carences en infrastructures et en équipements. En effet, les écoles et les crèches des alentours sont déjà saturées aujourd’hui et l’arrivée massive de nouveaux habitants accentuera ce problème.

L’écoulement des eaux constitue également un point sensible, puisque la plaine du Bourdon est en quelque sorte un bassin d’orage naturel et l’imperméabilisation du site, même partielle, ne sera sans doute pas sans conséquence. De même, de nombreux espaces naturels sont eux aussi menacés et disparaîtront bientôt sous le béton. Dans l’ensemble, c’est surtout une absence de vision globale et de cohérence urbanistique qui suscite l’angoisse et l’agacement des habitants qui se demandent bien à quoi va ressembler leur quartier suite à cette folle urbanisation.

Inquiets du devenir de ce site et de sa qualité de vie, les riverains ont décidé de créer un collectif d’habitants et de s’entourer d’as- sociations pour interpeller les pouvoirs publics afin de donner leur avis, faire entendre leur voix et poser une série de revendications. Au terme d’une année de collaboration active avec l’ACQU (Association de Comités de Quartier Ucclois) et IEB (Inter- Environnement Bruxelles), le fruit de ce travail s’est concrétisé par la rédaction d’un document qui a été présenté à la presse fin septembre et envoyé à tous les pouvoirs publics concernés. Une belle aventure qui, nous l’espérons, n’est que l’amorce d’un mouvement de participation citoyenne en gestation.



Quel cirque !

Cela fait plus de dix ans que les habitants vivent dans l’attente d’une restructuration de leur quartier. Durant toutes ces années, dans ces nombreux terrains laissés à l’abandon, la nature a repris ses droits offrant aux promeneurs des espaces verts naturels d’une grande diversité biologique. Sur la plaine du Bourdon le cirque Pauwels s’est même sédentarisé, son chapiteau blanc et rouge est d’ailleurs un véritable point de repère pour les nombreux navetteurs qui participent joyeusement à l’engorge- ment quotidien du quartier par les voitures.

Les nouveaux projets, privés ou publics prévoient entre autres quelque 1200 logements supplémentaires. Cette prochaine densité de population effraie avec raison les habitants à cause des répercussions inévitables en terme de mobilité d’abord. Liés à la densité et souvent contestés également, les gabarits projetés (des rez + 5 alors que le bâti existant est composé de petites maisons de deux étages) inquiètent aussi. Autre sujet de réflexion, la mixité, tant sociale que fonctionnelle. De nombreux projets concernent des logements et les habitants souhaitent vivement une répartition judicieuse et un équilibre entre logements de standing, moyens et sociaux. De même, la mixité fonctionnelle est également un enjeu d’importance pour sauvegarder des activités générant de l’emploi mais aussi pour préserver les commerces sans oublier le volet social et culturel.

Le bourdon prend la mouche

Cependant, cette partie de la capitale est devenue un enjeu d’importance pour la commune comme pour la région : une entrée de ville, un pôle de transport intermodal et des terrains constructibles dans une commune de caractère. Ce quartier a réellement tout pour séduire et attiser les convoitises. Sous le regard perplexe des habitants, de nouveaux bâtiments s’érigent au fil des mois, et des affiches rouges surgissent aux coins des rues pour des demandes de permis de plus en plus nombreuses et variées.

Si les habitants s’interrogent sur les conséquences et les impacts liés à cette densité de construction, ils sont surtout inquiets de cette urbanisation galopante et désorganisée et comme si cette anarchie n’était pas suffisante, ils se sentent surtout complètement exclus de toute concertation.

Lassés de devoir sans cesse pointer les mêmes problèmes en ayant le sentiment de ne pas être véritablement écoutés, une poignée de riverains décide alors de passer à l’offensive. Prenant au pied de la lettre le passage dans la dernière déclaration gouvernementale traitant de la participation citoyenne, ce collectif actif anticipe l’appel des politiques et passe à l’action.

Ensemble ils ont appliqué une méthode de participation active, répertorié les problèmes, avancé des propositions et des revendications. Le résultat de la démarche et de la réflexion est aujourd’hui publié dans une brochure destinée aux représentants communaux et régionaux. A travers ce document, ils souhaitent exprimer leurs inquiétudes et surtout émettre toute une série de recommandations et de pistes de solutions auprès des pouvoirs publics concernés mais aussi interpeller les habitants sur le devenir de leur quartier.

ISABELLE HOCHART