URBANISATION ET DENSIFICATION : SPÉCULATION FONCIÈRE OU MAL NÉCESSAIRE ?

Article paru dans La Lettre aux Habitants n°81, septembre 2014

Difficile de résumer ce débat qui s’est tenu le 30 juin à la Maison de Arts à Uccle en présence d’une soixantaine de personnes. Difficile parce qu’il s’agit d’une discussion au cours de laquelle les questions et les réponses ont fusé de manière un peu disparate et que des sujets différents se sont parfois succédés.

Tentons cependant une synthèse, même si elle est incomplète et imparfaite, en relevant quelques points intéressants.

Pour rappel, le public était invité à poser des questions aux 3 invités intervenants : Olivier BASTIN, maître architecte de la Région bruxelloise, Marc COOLS, échevin de l’urbanisme, et Michel HUBERT, professeur à l’Université de St Louis, directeur de Brussels Studies, et qui agissait en outre comme modérateur.

Comme la nouvelle fonction de maître architecte n’est pas encore bien connue, précisons qu’il s’agit de quelqu’un nommé par le Gouvernement de la Région bruxelloise en vue de garantir la qualité architecturale et paysagère des projets immobiliers, en ayant une bonne compréhension des enjeux et des besoins. Ajoutons d’emblée que nos 3 intervenants étaient en règle générale sur une même longueur d’ondes, ce qui nous évite de devoir chaque fois préciser qui a dit quoi !

Le titre du débat avait un côté intentionnellement provocateur. Nos intervenants ont insisté sur la nécessité de bien distinguer la spéculation foncière de la densification de l’habitat. La densification est une nécessité dans une ville en croissance, mais elle doit être adaptée aux particularités locales. Si dans le centre de Bruxelles et en 1ère couronne elle s’est réalisée assez naturellement, en seconde couronne les situations sont beaucoup plus complexes : c’est ainsi que, par exemple, la proposition de bâtir des immeubles–tours ne paraît pas indiquée à Uccle. A cet égard, on observera que la majorité des logements récents sont de gabarit moyen, même si les promoteurs immobiliers tentent évidemment de rentabiliser au mieux leurs projets par des constructions plus importantes. Une certaine densification est également nécessaire si on veut préserver des espaces verts.

Cette entrée en matière nous amène à l’aspect le plus intéressant – et le plus réconfortant – du débat : les 3 intervenants ont souligné l’importance qu’il y a à entendre la parole des habitants. Et ceci, non pas quand les projets sont déjà « ficelés », mais le plus possible en amont. Actuellement, les procédures sont lourdes et surtout organisées de telle manière que la participation citoyenne, quand elle a lieu, vient généralement en fin de parcours.

Les études d’incidences durent parfois 3 à 4 ans, l’établissement d’un Plan Particulier d’Affectation du Sol peut prendre jusqu’à 6 ou 7 ans. Si la réaction des habitants vient tardivement, il est quasi impensable de recommencer ces procédures. Dès lors le pouvoir politique est tenté de laisser passer certaines choses regrettables. C’est un peu ce qui s’est passé il y a 4 ans lorsque l’ACQU, aidée par IEB, a incité les habitants proches de la plaine du Bourdon à faire savoir comment ils aimeraient voir se transformer leur quartier ; les projets étaient déjà en cours…

Ceci étant, une question reste non résolue et n’a d’ailleurs été abordée qu’incidemment : comment les habitants pourraient-ils se faire entendre sur des projets qui leur sont inconnus ? Il est cependant vrai – et ceci a été dit – que les projets émanant du pouvoir public sont vite connus, ce qui permet une réaction rapide des habitants.

Dans une même perspective et toujours pour des projets publics, Olivier Bastin et Marc Cools ont évoqué l’opportunité de pouvoir étendre la réalisation de « contrats de quartier » sous la forme de « contrats d’axe », à Uccle. Un contrat de quartier est une procédure visant à revitaliser une petite zone que le gouvernement bruxellois considère comme défavorisée ; il n’y en a malheureusement pas sur le territoire d’Uccle. Mais ce type d’action pourrait s’imaginer à Uccle en visant un ensemble de quartiers qui souffrent de problèmes spécifiques.

L’intérêt d’une telle dynamique est de permettre de faire émerger la parole des habitants : l’étude du dossier de base dure environ un an et intègre les remarques des uns et des autres. En outre, elle permet une réflexion sur un ensemble de quartiers, avec des lignes directrices souples. L’échevin de l’urbanisme a rappelé que l’administration communale a eu recours à cette dernière formule il y a 20 ans pour la rue de Stalle, ce qui s’est révélé bien utile car la Commune a pu s’y référer quand des promoteurs ont déposé des demandes de permis.

En mars dernier, elle a établi un Schéma de Développement Calevoet – Moensberg, travail approfondi et d’excellente qualité. On pourrait également songer à cet outil pour développer plusieurs axes ucclois, notamment – c’est l’exemple que l’échevin de l’urbanisme a cité – l’axe que constitue la chaussée d’Alsemberg : réfléchir avec tous les acteurs sur l’habitat, la mobilité, les équipements, le développement économique, …

Mais encore faudrait-il que les documents concoctés au sein de l’administration communale et éventuellement amendés à la suite de remarques émanant d’habitants soient pris en considération au niveau de l’administration régionale. En effet, il faut savoir que depuis 2013 les communes n’ont plus qu’un pouvoir d’avis pour les projets importants (quand le demandeur est un pouvoir public, quand il s’agit d’un projet d’intérêt régional, lorsqu’un projet est soumis à une évaluation d’incidences, …) et que les décisions sont alors prises au niveau de la Région. C’est ainsi qu’un permis a été délivré pour une construction plaine de Bourdon contre l’avis de la Commune. Bien plus, en matière d’urbanisme, les communes ne sont pas toujours consultées par la Région. Le projet actuellement discuté d’un Plan Régional de Développement Durable en est un triste exemple.

La question des logements sociaux a été abordée. S’il y a accord sur le fait qu’ils ne sont pas assez nombreux, l’échevin de l’urbanisme a tempéré le constat en disant qu’à Uccle ils sont majoritairement de taille plus importante que dans les autres communes bruxelloises. Il a ajouté que quand on veut en construire, on se heurte souvent à l’opposition des riverains qui préféreraient qu’on les construise « ailleurs » !, réflexe nymbiste hélas bien connu.

Il a encore dit être bien conscient de ce qu’il faut éviter de créer des cités de logements sociaux qui deviennent alors des ghettos ; il est essentiel de mélanger le logement social avec le logement moyen, de veiller à une mixité pour ne pas marginaliser davantage des habitants moins favorisés en les isolant des autres ; disséminer les logements sociaux permet une mixité sociale ce qui peut éventuellement générer une mixité d’activités ; c’est la politique suivie par les Agences Immobilières Sociales.

D’autres sujets ont encore été évoqués, comme la mobilité : problème qui ne pourrait être résolu que par un changement dans le comportement des habitants ; même sans densifier, la circulation est déjà un cauchemar ; et encore la gestion de l’eau : comment remédier aux erreurs du passé ; etc… , mais les 2 h. de débats ne permettaient pas de les approfondir suffisamment.

Florence VANDEN EEDE et Denys RYELANDT

1er septembre 2014