UN MAUVAIS PROJET GUETTE LE SITE DE L’HIPPODROME DE BOITSFORT

Article paru dans la Lettre aux habitants n°87, mars 2016

Février 2016, montage d’infrastructures temporaires devant les façades classées des Grandes Tribunes. Notons q’un recours en réformation a été introduit contre le permis délivré par l’IBGE (8 février 2016) autorisant (sans enquête publique) le montage de ces infrastructures

Depuis la liquidation de la société des courses équestres en 1995, l’apparente « vacance » de l’Hippodrome, attise la convoitise de promoteurs privés.

Si de multiples projets ont échoué (casinos, centre de congrès et hôtel de luxe... ), certains investisseurs sont tout de même arrivés à y organiser des événements semi-temporaires (Bar - Restaurant La Terrasse, Cirque Pauwels, ...). Ces grands événements ont révélé à suffisance les nuisances dans lesquelles ils plongent les abords du site.

La société Drohme Invest (dirigée par Michel Culot) a finalement obtenu en concession pour 15 ans (renouvelable) la gestion du site. Et le 8 février 2016, un permis d’environnement temporaire a été délivré par l’administration régionale de l’environnement - sous la tutelle de Madame Céline Frémault - à la société Drohme Invest pour l’érection et l’exploitation sur le site de l’Hippodrome dit de Boitsfort (à 95% sur le territoire d’Uccle) de 3 chapiteaux totalisant 1.775 places et l’exploitation d’un parking de 300 places.

Les craintes de voir se transformer l’espace vert de l’Hippodrome en un vaste complexe d’organisation d’événements et de spectacles se confirment donc. Et ce d’autant que si le permis temporaire n’est octroyé que pour 3 mois, il y a manifestement volonté de l’exploitant d’obtenir un permis d’environnement définitif.

Depuis lors, le battage publicitaire bat son plein, faisant la promotion des aspects prétendument écologiques et environnementaux du projet. Mais au-delà de cette campagne de marketing à tendance très « greenwashing », semble se profiler avant tout une grosse opération commerciale (1) désastreuse pour la mobilité, (2) négative pour l’environnement, (3) et peu avantageuse pour les Bruxellois.

Été 2015, événement grand public organisé par Drohme Invest sur le site de l’Hippodrome. Une zone Natura 2000 transformée en parc événementiel ?
LE PROJET DROHME INVEST : LA SOURCE D’IMPORTANTES NUISANCES

Hormis certaines infrastructures secondaires dont l’implantation peut s’avérer être une plus-value (Maison de la Forêt, plaines de jeux,...), c’est surtout la tenue ponctuelle de grands événements de masse qui va porter préjudice à la pérennité du site, et ce tant pour des raisons environnementales (fragilité des écosystèmes de la forêt, quiétude de l’habitat) que logistiques (congestion automobile).

Drohme a beau prétendre vouloir créer un parc « tourné vers l’avenir, en phase avec les enjeux environnementaux européens », les moyens mis en oeuvre sont en réalité archaïques, en contradiction totale avec leur discours et surtout vecteur de très importantes nuisances qui échappent à la maîtrise du promoteur.

• nuisances en matière de mobilité

Le projet prévoit une fréquentation d’au moins 200.000 visiteurs par an et la tenue de plus de 130 événements, tant « indoor » que « outdoor ». Ceci représente une moyenne de 550 personnes par jour pendant 365 jours. Or, il est clair que la fréquentation sera maximale pendant les week-ends à la belle saison. Il y aura donc manifestement plusieurs milliers de visiteurs ces jours-là, pour ne pas préciser ces soirs-là …

Le permis provisoire qui vient d’être délivré annonce la taille des événements projetés puisqu’il autorise l’implantation de 3 chapiteaux totalisant 1.775 places, même si un maximum de 1.250 personnes peuvent se trouver réunies sous les chapiteaux. Les événements « outdoor » viseront vraisemblablement un public encore plus large.

Or, l’espace qui sert traditionnellement de parking au site - quoique illicite car sans permis d’environnement - est considéré comme ne pouvant accueillir qu’un maximum de 210 voitures. Déjà, lors de la tenue d’événements similaires les années précédentes, le trop plein du stationnement générait inévitablement un stationnement sauvage dans les voiries environnantes.

Mais le problème principal demeure la question de la mobilité chaussée de La Hulpe qui est déjà fréquemment embouteillée puisqu’il s’agit du seul axe de connexion entre Uccle et Ixelles / Boitsfort. Ceci est d’autant plus vrai quand le Bois de la Cambre est fermé à la circulation automobile les week-ends, soit les jours où Drohme prévoit l’organisation des plus grands événements. Ses dirigeants réalisent très bien que le problème de la mobilité est inextricable : lors de présentations publiques qu’ils ont faites de leur projet, la question a chaque fois été répétée sans qu’on puisse obtenir d’autres réponses que :

- on agrandira le parking intérieur (comme si cela allait améliorer la circulation à l’extérieur ( !),
- on s’arrangera avec des entreprises voisines pour disposer de leur parking ( !),
- on créera des pistes cyclables ( !),
- on demandera une meilleure fréquence des trams (jusqu’à quelle heure ?), etc…
- …Ah oui, c’est vrai, Drohme espère aussi obtenir l’ouverture à la circulation automobile de certaines drèves de la forêt ; de la sorte pourrait être déchargé l’accès du parking en direction de la drève de Lorraine (dont on oublie de dire qu’elle est déjà bouchée tout comme la chaussée de Waterloo) et on éviterait ainsi les encombrements de la chaussée de La Hulpe : quelle contradiction pour un projet qui se veut « tourné vers la forêt et la nature » ! un projet qui prétend « amener la nature en ville » !

La vérité est qu’il n’existe pas d’alternative plausible à l’usage de la voiture et que toute utilisation intensive du parking mènera à la paralysie entre Uccle et Boitsfort. Le promoteur le sait pertinemment et quand il est acculé il dit compter sur Bruxelles Mobilité !

Lors de la tenue de grands événements le trop plein du stationnement génère inévitablement du stationnement sauvage dans les voiries environnantes, ici entre les arbres de la chaussée de la Hulpe.

nuisances sonores du fait de l’utilisation du son amplifié.

Les basses s’entendent loin. Beaucoup de riverains sont concernés, sans parler des nuisances que cela occasionne pour la faune. Or le permis autorise les événements jusqu’à 2 h. du matin ! Le promoteur a-t-il le moindre souci des riverains ?

nuisances lumineuses suite à l’éclairage du site en soirée et la nuit ; nuisances pour les riverains proches mais tout autant pour la faune.

UN DOMAINE PUBLIC À ENTRÉE PAYANTE ?

L’accès au site est aujourd’hui pour l’essentiel gratuit. Seul l’accès au golf est payant tout en restant relativement accessible à tous.

En plus de la tenue de grands événements (payants), Drohme prévoit l’implantation de toutes sortes d’infrastructures de loisirs et d’animations dont l’accès sera probablement pour une part gratuite (grâce à l’octroi de subsides publics dont 4,5 millions d’euros du fonds FEDER) et pour une part payante. L’accès à la « promenade » sur la boucle de l’hippodrome restera probablement gratuit afin notamment d’attirer plus facilement le client vers les diverses attractions payantes. Grosso modo, le même principe que la Foire du Midi…

Avec les années et en fonction des opportunités on peut s’attendre à ce que le nombre d’attractions payantes augmente, notamment le secteur HoReCa. Outre l’implantation de restaurants (et de commerces ?), l’objectif à long terme de Drohme Invest semble en effet d’ouvrir le site au secteur hôtelier, voire même d’y introduire du logement permanent via la création d’une filiale immobilière !


C’EST D’UN AUTRE PROJET DONT LE SITE DE L’HIPPODROME A BESOIN !

L’Hippodrome s’est implanté à la fin du 19e siècle sur un morceau de forêt de Soignes. Aujourd’hui encore la présence de la forêt marque l’identité du site : la portion comprise entre les deux anneaux, demeure boisée et le reste du site se profile comme un parc paysager. De la sorte le site de l’Hippodrome constitue une zone tampon entre la forêt et la ville. Cette zone lisière est fragile, elle ne supporte qu’une fréquentation humaine modérée. Il faudrait même rendre inaccessibles certaines zones vulnérables dont notamment l’espace boisé entre les deux anneaux de l’Hippodrome.

Pour les usagers du site (golfeurs, promeneurs, joggeurs,...) la quiétude des lieux constitue également une grande plus-value.

L’Hippodrome doit demeurer un parc pour les Bruxellois, accessible avant tout par les transports collectifs.

Tant pour les raisons de mobilité que d’environnement, l’Hippodrome doit avant tout rester un parc à destination des Bruxellois. La promotion du parc doit viser la Région bruxelloise avec une attention particulière pour les quartiers les moins pourvus en espaces verts récréatifs, et il faut tout faire pour améliorer l’accessibilité du site en transports en commun.

Il existe aujourd’hui suffisamment d’initiatives originales de par le monde, pour inspirer positivement un plan de gestion alternatif, raisonnable, social et durable de cet ensemble patrimonial naturel et culturel exceptionnel que constitue le site de l’Hippodrome.

Le site de l’Hippodrome se démarque des autres parcs de la Région du fait de ses particularités : un golf à neuf trous, d’anciens bâtiments hippiques, les deux grandes boucles.

Un Collectif citoyen « Les Amis de l’Hippodrome » s’est récemment constitué pour s’opposer à tout projet de privatisation et de surexploitation commerciale du site.

Le Collectif réunit des associations, comités de quartier et citoyens, aux horizons et préoccupations diverses, mais unis dans un même but : sauvegarder le site, son environnement, sa tranquillité, son accessibilité au public bruxellois.

Sont actuellement partenaires du Collectif :
- Les Amis de la Forêt de Soignes, asbl
- Les Amis du Bois de la Cambre, asbl
- Le Mouvement citoyen Pas Question !
- L’Association de Comités de Quartier Ucclois (ACQU), asbl
- Le Comité de Quartier Roosevelt – Victoria
- Le comité Solvay Sports
- De nombreux riverains proches de l’Hippodrome (Tumuli – Roosevelt- Montana – etc…)

Pour contacter le Collectif, pour agir et défendre le site, il suffit d’envoyer un courriel à : lesamis.hippo@gmail.com

Signalons enfin qu’un recours en réformation a été introduit le 10 mars devant le Collège d’Environnement contre le permis d’environnement temporaire délivré le 8 février 2016 par l’I.B.G.E.

8 avril 2016