Soignes : la hêtraie cathédrale menacée ? Oui !

Article paru dans la Lettre aux habitants n° 66, décembre 2010.


C’est la question posée sur le site ACQU depuis juin 2010, suite à la distribution par BE-IBGE d’un dépliant interprétant abusivement les résultats prudents d’une étude préliminaire de l’UCL sur l’état sanitaire de la Forêt de Soignes bruxelloise. Ce 29 octobre, BE-IBGE a distribué en toutes-boîtes une invitation à une Soirée-Débat, le 9 novembre, en présence de la Ministre Huytebroeck. Salle comble, réunion très courtoise, suivie d’une dizaine de questions, sans débat réel.

Adopté après enquête publique, le Plan de Gestion 2003 ( PG ) de la Forêt de Soignes bruxelloise comporte la réduction progressive en 24 ans du massif de hêtraie de 65 à 50 %, complétant 50 % de plantations diversifiées. Depuis 2006, nous constatons des écarts de gestion :

  1. des modifications de stratégie : abandon des abattages ponctuels de 1 à 2 hectares maximum (trouées) au profit de mises à blanc continues du Nord-Est vers le Sud-Ouest, face aux vents dominants (similaire à celle appliquée au Terrest suite aux tempêtes).
  2. des retards de replantation de jeunes hêtres, limitée à 40 % des prévisions.
  3. aucune restauration des 7 drèves prévues au PG.

Les résultats préliminaires des études commanditées en 2008 (UCL, Gembloux, ULB) ont été présentés le 30 septembre 2009 au Minicolloque organisé par BE-IBGE. Le 15 novembre 2009, dans sa conférence de presse, la Ministre Huytebroeck, évoquant la « menace des changements climatiques sur la santé du hêtre et, dans une moindre mesure, du chêne » , a froidement déclaré : « Ces peuplements seront remplacés par des essences plus adaptées et plus résistantes aux changements climatiques. Avec une multitude d’essences aussi variées que le chêne sessile, le charme, le bouleau, le mélèze, le pin, le tilleul, le chêne rouge d’Amérique, le robinier, le châtaignier,... ».

OUI, la hêtraie cathédrale est menacée !

En réalité, l’interprétation de ces études scientifiquement correctes est biaisée :

  1. UCL/EFOR : la défoliation estivale moyenne du hêtre est de 37% en 2009 et 27% en 2010. Les résultats complets 2010 sont attendus. Il faut évaluer plusieurs années consécutives avant de conclure. (Pr.Ponette)
  2. Gembloux ( 396 pages ) : les auteurs sont clairs : les données de base sont trop imprécises pour réaliser une vraie modélisation. Le rapport est « un avis d’expert, issu d’une démarche empirique ». « Il ne faut interpréter les cartes qu’en termes de tendances... tant il reste des incertitudes à tous les niveaux ». (Pr.Claessens).

Certes, il faut prévoir ! mais l’abattage irréversible condamne la patrimoine paysager.

Les auditeurs du 9 novembre ont émis des commentaires significatifs :

  1. Le PG 2003, arrêté pour 24 ans, doit être respecté. Juridiquement pas d’autre solution possible (A.Deschutter).
  2. La défoliation estivale est-elle un vieillissement ou une maladie ? (P.Rocmans) Vieillissement, oui. Autres facteurs ? (Pr. Ponette).
  3. Forêt de Soignes : sol exceptionnel, paysages uniques, drèves superbes, des sites charbonniers,...Classée dès 1959 (pour sa valeur historique, esthétique et scientifique.....sans possibilité de modifier l’aspect du site). (M-F.Degembe)
  4. Pour la faune et la flore, la diversité des essences est requise (J.Sténuit).
  5. Planter les hêtres uniquement dans les vallons ? la hêtraie équienne, cathédrale serait irréalisable, faute de profondeur de vue, de perspective . Soignes est un Patrimoine, c’est- à-dire un héritage, ce qui implique un devoir de préserver et de transmettre, même s’il y a des risques . Le perchis de 60 ans est sain. Les hêtres de 100 à 130 ans constituent un beau paysage, en futaie ou en alignement de drève. Si néces- saire, la révolution – càd le temps séparant la régénération d’un bois de son exploitation finale - pourrait être réduite des 180-200 ans actuels à 130 ans (proche des 80 ans du XIXe siècle et des 120 ans de 1920) avec de plus une production de qualité (J. vander Stricht, ovationné).

Soignes menacée ? OUI ! Soignes protégée par des Ucclois, des Bruxellois sensibles à ce trésor périurbain unique ? Certainement !

Il faut sauver la hêtraie, dans un écrin de biodiversité ! Aujourd’hui, en respectant intégralement l’application du Plan de Gestion. Demain, si ce Plan doit être modifié (adapté ?) dans le cadre de l’Ordonnance Nature en voie d’approbation, vous serez informés et clairvoyants pour participer à la nouvelle enquête publique annoncée. Bonne balade en forêt !

Pierre Rocmans
secrétaire Association Protectrice des Arbres en Forêt de Soignes

décembre 2010