QUOI DE NEUF POUR LES CYCLISTES A UCCLE ?

Article paru dans La Lettre aux Habitants n°82, décembre 2014

Le gouvernement de la Région bruxelloise a concocté un projet d’amélioration de la pratique du cyclisme sur le territoire d’Uccle. Il s’agit d’Itinéraires Cyclables Régionaux (I.C.R.), ce qui est défini comme des cheminements recommandés pour des déplacements à vélo sur une moyenne ou longue distance.

Disons-le d’emblée : ce n’est pas ce projet qui va faire réellement progresser le cyclisme.

QUEl EST CE PROJET ?

Pour rencontrer les décisions prises depuis des années de favoriser une circulation autre qu’automobile, la Région veut développer les I.C.R. n° 7 – 8 – B et C sur Uccle (et concomitamment sur St Gilles – le Ville de Bruxelles – Ixelles – Forest). Elle vient de soumettre ses projets à l’enquête publique en vue d’obtenir les permis d’urbanisme.

Les objectifs décrits dans le dossier sont :

–* mettre en place des I.C.R. prévus par le Plan Régional de Développement (PRD) ; –* atteindre les objectifs de la Région qui veut : –* que 100% de la voirie soit cyclable pour 2018 ; –* que 20% des déplacements se fassent à vélo, comme l’impose le Plan IRIS II –* améliorer et sécuriser la circulation des cyclistes et des piétons le long des itinéraires.

Les moyens à mettre en oeuvre sont décrits essentiellement comme ceci :

–* des marquages au sol pour guider les cyclistes et rendre les itinéraires cyclables visibles pour les autres usagers ; –* sécuriser les traversées des artères (créer des oreilles de trottoir, abaisser des bordures de trottoirs, etc…) Sans entrer dans les détails, quelles sont les voiries visées ?

I.C.R. n°7 : Marianne – Messidor – Bourgmestre Hérinckx – Elleboudt – Boetendael – De Fré (le bas, entre Statuaires et square des Héros) – Rouge – Fauvette – ch. d’Alsemberg (près de la gare de Calevoet, entre Coq et Wagon).

I.C.R. n°8 : Aulne – Allard (entre Aulne et Merlo) – Merlo – Van Hamme – Zwartebeek.

I.C.R. n°B : Vanderkindere (entre Marianne et ch. de Waterloo) – Montjoie.

I.C.R. n° C : Allard (entre la commune de Forest et Princesse Paola) – Princesse Paola – Rittweger – Vanderaey – Dieweg (entre Vanderaey et Circulaire) – Circulaire – Mercure – Lancaster – Copernic – Latérale.

QU’EN PENSER ?

L’intention est louable et dans le principe on ne peut que s’en réjouir. En effet, si on se réfère aux relevés calculés en 2013, la circulation cycliste ne représente que 3,5% de l’ensemble des déplacements. C’est nettement mieux que le maigre 1% qui existait en 1995, mais ce qui est inquiétant, c’est que depuis 2011 le pourcentage n’augmente plus. (cf l’excellent article « La fabrique du cycliste » de Jérôme Matagne dans le n°272 de septembre – octobre 2014 de « Bruxelles en Mouvements », édité par I.E.B.)

Alors, atteindre 20% dans 4 ans ? C’est totalement impossible et chacun le sait bien. Mais on continue à faire comme si …, tout en se donnant bonne conscience. Bien sûr, ces I.C.R. complétés vont améliorer la situation, mais si peu !

Pourquoi ? Parce qu’il s’agit essentiellement de marquages au sol, ces petits logos qui montrent qu’il existe des cyclistes ! Or, il suffit de pratiquer le vélo en ville pour réaliser que seules les vraies pistes cyclables sont la condition d’un réel développement du cyclisme ! Tant que les cyclistes sont obligés de se faufiler entre les voitures, ils n’ont pas le sentiment d’être en sécurité. Certes, la pluie et le relief accidenté de certains quartiers dissuadent certains de sortir leur vélo, mais c’est vraiment bien peu à côté du sentiment d’insécurité qu’on éprouve quand on doit rouler entre des voitures en stationnement (et qui n’a jamais été confronté à une portière qui s’ouvre brusquement ?) et des voitures qui dépassent en frôlant. A certains endroits, il vaut mieux rouler (doucement !) sur le trottoir : la prison vaut mieux que l’hôpital !

Les décideurs sont parfaitement conscients que de véritables pistes cyclables multiplieraient le nombre de cyclistes, mais ils n’aiment pas contrarier les automobilistes. Il suffit de lire le dossier mis à l’enquête publique pour s’en convaincre : à plusieurs endroits, il est garanti que les I.C.R. projetés n’empêcheront pas la circulation automobile. Et de fait, les seuls endroits où les cyclistes vont se sentir en sécurité sont ceux, assez larges, où on a pu contenter les uns et les autres. C’est-à-dire pas à beaucoup d’endroits …

Officiellement, le tout à la voiture n’existe plus, mais dans les faits on doit bien constater que le vélo est toléré s’il ne gêne pas trop la voiture.

Le calcul des décideurs est-il cohérent ? N’oublient-ils pas que développer le cyclisme revient à diminuer le recours à la voiture ? Sans aller jusqu’à demander aux automobilistes (que les cyclistes sont parfois, eux aussi) de remercier les cyclistes, il serait temps de comprendre que 20% de déplacements à vélo résoudrait probablement ce problème irritant des bouchons.

Bien sûr, ceci ne pourrait se réaliser qu’en multipliant le nombre de vraies pistes cyclables, c’est-à-dire de bandes séparées du trafic automobile, ce qui implique qu’à de nombreux endroits il y aurait moins de bandes de circulation pour les voitures.

Toucher à ce privilège serait-il si scandaleux ? Le trafic automobile serait tellement affecté ? Les exemples concrets d’artères diminuées d’une bande au profit des vélos montrent qu’il n’en est rien et que les préjugés ont la vie dure.

Avenue Albert il y avait jusqu’il y a peu deux bandes de circulation et les cyclistes n’avaient vraiment pas intérêt à s’y glisser. Il y a maintenant une piste cyclable qui, sans être surélevée et sans même être peinte en rouge vif (ce qui serait beaucoup mieux), donne un sentiment de sécurité par le tracé d’une ligne blanche continue (la « ligne Sauwen ») visible et respectée qui délimite clairement ce qui est réservé aux uns et aux autres. Or, cette nouvelle répartition de l’espace public n’a pas rendu plus difficile la circulation automobile.

Un autre exemple : avenue de la Couronne, une bande circulation a été retirée aux voitures et, ici encore, grâce à une ligne blanche continue elle est clairement réservée aux bus et aux vélos ; c’est un succès total. Ne pourrait-on s’en inspirer pour l’avenue Churchill, la chaussée de Waterloo, … ?

Il reste encore un aspect de la problématique qui pourrait être mentionné : les I.C.R. permettent de joindre un point à un autre point, mais ils ont été tous deux déterminés par l’administration. Or, ce qui intéresse les cyclistes, c’est d’aller de leur point de départ au lieu où ils veulent se rendre, ce qui ne va qu’exceptionnellement correspondre à un I.C.R. Autrement dit, les quelques rares I.C.R. ne vont guère aider. Il ne faut cependant pas les considérer comme inutiles car ils permettent à tout le moins à des cyclistes débutants de se familiariser à la circulation urbaine dans la sécurité, là où la piste cyclable est séparée du trafic automobile ; c’est spécialement bienvenu aux abords des écoles. Et on peut espérer que quand on verra suffisamment de cyclistes, notamment grâce aux I.C.R., l’administration en créera d’autres. Car l’objectif final doit être de multiplier les artères cyclables de sorte que les cyclistes puissent facilement se déplacer, indépendamment de l’existence d’I.C.R. Si les pistes cyclables se conçoivent en priorité sur les axes relativement larges, c’est-à-dire essentiellement sur la voirie régionale, il est possible d’en créer sur la voirie communale. Certes, c’est plus compliqué car il y a chaque fois lieu de réduire la part dévolue à la voiture, par exemple en enlevant une bande de stationnement, ou en mettant une artère en sens unique, ou en créant des boucles de circulation.

Un aménagement de la voirie peut aussi contribuer à sécuriser les cyclistes : le respect des 30 km./h. max. par le placement de chicanes, de bacs à fleurs, …faciliterait les déplacements à vélo. Bref, des moyens d’apaiser la circulation automobile dans de nombreuses rues et de les rendre confortables aux cyclistes.

C’est ce que Jérôme Matagne préconise dans la publication citée ci-dessus.

Denys Ryelandt

1er décembre 2014