Perspectives d’avenir en matière de mobilité à Uccle. Le point de vue du Bourgmestre & réactions d’habitants

Article paru dans La Lettre aux Habitants n°79, mars 2014

Dans l’émission « sans détours » retransmise sur Télé- Bruxelles en date du 20 janvier 2014 [1], Monsieur Armand De Decker, Bourgmestre d’Uccle, a notamment exprimé ses priorités au sujet de la politique en matière de mobilité à Uccle. Nous en reprenons ici les grands axes en ajoutant nos réactions (en italiques).

A- Tout d’abord, en matière de transports en commun :

  1. Il regretta qu’il n’y ait pas déjà le métro à Uccle en prolongation de l’axe Nord(Schaerbeek)/Sud (Albert).

    Nous rappelons que le métro jusqu’Albert n’est attendu qu’au début des années 2020, moyennant d’importantes ruptures de charge pour tous les Ucclois (adieu aux trams 4 et 51 en direct jusqu’au Midi et plus loin).

    Quant à un métro ailleurs dans Uccle, outre les questions de son opportunité, de sa destination et son financement, une mise en oeuvre ne doit pas être prévue avant 2030.

    En attendant et pour autant qu’on imagine que cette hypothèse va résoudre les problèmes de mobilité pour tous les Ucclois, on fait quoi, Monsieur le Bourgmestre ?

  2. Il regretta le terminus « STIB » au rond-point Winston Churchill, le jugeant trop dangereux. Et devant l’inertie de la STIB, il continua :

    « la STIB s’en fout.. Ça fait maintenant quatre ans que nous dénonçons la situation à la STIB. Comme ils ne bougent pas, j’ai assigné en tant que Bourgmestre, responsable de la sécurité publique, la STIB et la Région pour que cette situation bouge. Le procès est en cours au Conseil d’Etat. Il faut absolument que la STIB et sa Ministre de tutelle, Madame Grouwels, comprennent qu’ils sont potentiellement responsables d’un accident qui peut être mortel à chaque instant. Touchons du bois, jusqu’à présent il n’y a pas eu d’accident grave. Mais c’est scandaleux de traiter les usagers faibles de cette manière. C’est un mépris absolu pour le citoyen ».

    Nous partageons largement son point de vue. Une prolongation du tram 7 jusqu’Albert ou jusqu’au Midi serait la solution idéale pour tous les usagers.

B- En matière de trafic automobile :

Il mit simplement l’accent sur le trafic trop intense de la chaussée de Waterloo : « Refouler la voiture sur la chaussée de Waterloo, c’est ça que la STIB essaye de faire ici. C’est scandaleux, la chaussée de Waterloo est dans une situation terrible de « sur-trafic ».

Le Bourgmestre fait sans doute référence au projet de la STIB de sens unique partiel à la rue du Ham pour améliorer le sort du tram 92 à cet endroit. Mais les usagers du tram 92, Monsieur le Bourgmestre, doivent-ils rester englués dans le « sur-trafic » de la rue du Ham ?

C.En matière de mobilité douce :

Il lança : « Il faut faciliter la mobilité douce. Les pistes cyclables, on va en construire des kilomètres et des kilomètres, comme je l’ai promis, pour pouvoir rejoindre à bicyclette le Kauwberg à la Forêt de Soignes. On encourage la mobilité douce…. »

Il est difficile de vous croire, Monsieur le Bourgmestre, car, depuis la mise en oeuvre du Plan Communal de mobilité en 2006, sous votre autorité, combien de kilomètres d’itinéraires cyclables communaux (ICC) ont été mis en place à Uccle ?

Et s’il s’agit pour vous de voir le vélo seulement comme un moyen de délassement utilisé le dimanche pour une jolie promenade en reliant les coins verts de notre commune, nous pensons que vous n’avez pas bien compris la place que peut prendre le vélo - même à Uccle – dans une alternative crédible de déplacements, aussi les jours de semaine.

Votre manque de conviction en la matière et votre absence de vision d’avenir découragent bon nombre d’Ucclois à se déplacer à vélo et les condamnent à faire des choix moins « durables ».

Des itinéraires cyclables régionaux : une urgence dans les quartiers densément peuplés à Uccle. (à l’angle Poussins/ Alsemberg : accident mortel – un cycliste heurté par un tram).

Télé-Bruxelles s’intéressa ensuite au quartier Calevoet / Bourdon, en construction. Qu’en est-il de la mobilité dans ces quartiers , à haute densificati on urbaine ?, demanda le journaliste.

« C’est un nouveau quartier de la Commune qui est en construction », a répondu Monsieur De Decker.

« C’est une vraie révolution qui se passe là. C’est un quartier qui commence à vivre où on a construit des logements sociaux, des logements moyens et des logements supérieurs ».

Et d’ajouter : «  il est vrai que le problème principal à Uccle, c’est le problème de la mobilité par rapport à la construction de logements. C’est vrai, il va y avoir des centaines d’habitants en plus. On peut comprendre l’inquiétude a priori des gens qui se disent : les choses vont changer, on va densifier davantage, donc des problèmes de circulation  ».

Comme on a pu l’entendre, pas un mot de la part de Monsieur le Bourgmestre sur les solutions à apporter pour remédier au trafic automobile qui va encore fortement augmenter dans ce périmètre, et donc aux alentours. C’est normal puisqu aucune étude d’incidence sérieuse n’a été effectuée...

Pour les habitants, ce sera, à n’en pas douter, une véritable catastrophe sur le plan de la « mobilité ».

Car le seul moyen de permettre l’écoulement des voitures dans Uccle sera, on le pressent, l’utilisation des petites rues résidentielles comme voies de délestage des grands axes. N’oublions pas qu’il est prévu plus de 3.000 habitants nouveaux dans ces quartiers… Les constructions ont commencé à différents endroits. Et ce ne sont ni le RER en 2020, ni un hypothétique métro en 2030 qui répondront à des besoins qui existent déjà aujourd’hui, Monsieur le Bourgmestre. La politique, n’est-ce pas aussi anticiper et prévoir ?

Lors d’une réunion le 20 janvier 2014 avec l’Echevin de la mobilité Monsieur Jonathan Biermann, dans le cadre d’un projet de réaménagement d’une partie du quartier Oxy 15 contigu à Calevoet / Bourdon, en matière de « mobilité durable », ce dernier sembla aussi vouloir utiliser les petites rues de ce quartier résidentiel comme des « rues de délestage » des grands axes.

Devons-nous nous résoudre à subir en silence les nuisances d’un trafic excessif ?

La commune d’Uccle ne met pas en application, au travers de ses compétences, les priorités de la Région de Bruxelles-Capitale en matière de politique de mobilité durable définie par le Plan Iris 2, qui vise la diminution de 20% du trafic automobile, qui veut rendre les rues et quartiers de la capitale plus vivables, en réduisant le trafic de transit, en augmentant l’utilisation du vélo, en multipliant les espaces pour les piétons, et en rendant le transport public le plus agréable possible. Uccle est même en contradiction avec son propre Plan Communal de Mobilité, déjà reconnu comme peu volontariste en la matière.

Car, ne l’oublions pas, la voiture met en danger la vie des citoyens… Les études le démontrent régulièrement : les nuisances « voiture » tuent - Pollution de l’air par les particules fines hautement cancérigènes - Pollution par le bruit, le stress - Augmentation de l’asthme chez les enfants … Augmentation de l’insécurité pour les piétons et les cyclistes, mais aussi destruction du tissu social…

Dans plusieurs quartiers, les habitants se battent pour que la politique en vigueur à Uccle change :

  • parce que ses petites rues sont déjà considérées comme des voies de délestage et qu’elles deviennent vraiment dangereuses :

    les nombreux carrefours deviennent le théâtre d’accidents graves, voire tragiques ; le sentiment d’insécurité est réel au point que les habitants n’osent plus laisser leurs enfants - même grands - se rendre seuls à l’école ou au collège ;

  • parce qu’elle provoque des incivilités à tout moment :

    - les sens interdits, les limitations de vitesse (qui ne sont que trop rarement renforcées par des obstacles physiques) ne sont pas respectés,

    - des camions hors gabarits empruntent les rues en principe interdites au plus de 3.5 tonnes,

    - les voitures n’hésitent pas à rouler sur les trottoirs (ou à s’y parquer).

Tout le monde le constate et les photos en témoignent : un trafic automobile excessif dans nos quartiers à forte densité de population met en danger les habitants, les piétons, les personnes à mobilité réduite, les enfants, les personnes âgées.

De plus en plus de citoyens se demandent - comme vous, Monsieur le Bourgmestre - à propos du rond-point Churchill « s’il n’est pas scandaleux de traiter les usagers faibles de cette manière et si ce n’est pas un mépris absolu pour le citoyen ». Mais dans ce cas, c’est à vous que nous adressons cette réplique.

Christian Verstraete - Xavier Retailleau asbl « OXY 15 Mon quartier, ma vie »

Alain Thirion Comité de quartier « Vallée du Linkebeek »

1er mars 2014