ORIGINE ET PARTICULARITÉ DU PATRIMOINE UCCLOIS ET BRUXELLOIS

Longtemps , à Bruxelles, quasi aucune contrainte, hormis les règles liées à l’alignement des façades, n’était imposée aux constructeurs : le choix des matériaux, le style, la hauteur des corniches, le type de toiture, … toutes ces considérations étaient pour la plupart laissées au libre arbitre du commanditaire.

Ce libéralisme est d’autant plus marqué au sein de nos quartiers que le Belge moyen, de tendance plutôt hédoniste, a toujours affiché un certain gout pour l’individualisme mais également pour l’émulation. Il aime ainsi se démarquer de ses voisins et étaler de manière relativement ostentatoire ses particularismes. La reconstruction de la Grand’Place à la fin du 17ième siècle en est un exemple remarquable. Aussi, n’est il pas étonnant que le principe de l’immeuble à appartement ne se généralise en Belgique, auprès de la classe bourgeoise, que tard au cours du 20ième siècle (entre-deux-guerres). Bruxelles reste encore aujourd’hui essentiellement une ville de maisons marquée notamment par une division parcellaire étroite. Malgré l’évident désordre et le manque de cohérence général que cela occasionne, notre cité à néanmoins hérité d’une variété architecturale incroyable. Particulièrement la période qui cours depuis les années 1850 à la veille de la seconde guerre mondiale, du à une conjoncture très favorable, nous à légué un patrimoine exceptionnellement riche. Sans doute la majorité des immeubles construits sur le territoire ucclois remonte à cette grande vague d’urbanisation.

Ci-dessus : Uccle : Ancien Dieweg : rangée de maisons "à la belge".

SITUATION ACTUELLE

Le contexte présent (+/- depuis les années 1960) est différent. Globalisation, standardisation, rentabilité et parcimonie sont généralement les maitres mots qui conduisent à la production du bâti. Vu la part importante du territoire bruxellois déjà urbanisé, c’est fatalement à travers des opérations de démolition/reconstruction que les nouveaux projets voient le jour. Le résultat, au point de vue visuel, en est un progressif appauvrissement, une progressive standardisation et banalisation de notre paysage urbain. De belles créations architecturales existent encore, mais force est de constater leur rareté.

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Ci-dessus : Uccle rue François Vervloet (janvier 2011). Cet immeuble récent s’intègre harmonieusement et avec respect parmi les maisons voisines tout en affichant son identité et son actualité.

Les bruxellois qui se font construire eux-mêmes, avec quelque ambition ou fierté, leur propre immeuble ou propre habitation font également exception. En nombre de mètre carrés immobiliers produits en région Bruxelloise, la part construite par la promotion immobilière est sans aucun doute la plus importante. Aussi, le développement de la ville ne se pense plus à la taille de la parcelle mais généralement à la taille de l’îlot. Ce qui explique notamment certains partis-pris alternatifs tels que certaines opérations de « façadisme » qui conservent l’aspect du parcellaire historique en façade comme décor à une vaste reconstruction intérieure.

Ci-dessus : Uccle, Avenue Churchill : Ces trois immeubles-tours (n° 28-36 et n° 50-60) constituent un rare exemple d’intégration réussie de ce type d’architecture au sein d’une rue ancienne. Les tours ont été placées en retrait de l’alignement, elles reposent sur un socle de trois étages dont la volumétrie s’intègre avec réussite parmi la suite de maisons issues de la "Belle-époque". Dommage que ce "système" n’ait pas fait école.

S’il serait ridicule de vouloir classer, figer l’ensemble du patrimoine bruxellois il est toutefois important d’ être attentif à la qualité et la plus-value qu’il apporte à notre ville, à nos quartiers. On risque sinon de tendre, comme on le disais plus haut, progressivement à l’appauvrissement, la standardisation et la banalisation de notre paysage urbain. La richesse et la mémoire de notre environnement ne se limite pas à la seule présence de quelques monuments.

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Ci-dessus : Uccle, Rue Égide Van Ophem (janvier 2011) immeuble en construction (groupe BPI, architecte A2RC) : Au contraire des 3 immeubles de l’Avenue W. Churchill cités ci-dessus, force est de constater la très mauvaise intégration de ce nouveau complexe au sein du cadre urbain existant et ce malgré le dégradé du pignon latérale imposé à l’architecte.

PATRIMOINE ET « DURABILITÉ »

Notons toutefois la difficulté que constitue la conservation du caractère patrimonial d’un édifice lorsqu’il est question de le rénover et surtout de l’adapter aux attentes actuelles en matière d’isolation thermique. L’analyse thermographique aux infrarouges réalisée sur certains immeubles anciens (peu importe qu’ils soient de conception traditionnelle ou moderniste) y révèle souvent une impressionnante déperdition de chaleur. Le cas du centre de Bruxelles en est caractéristique.

Le bilan énergétique total d’une rénovation comparée à celle d’une opération de démolition/reconstruction doit cependant être nuancé. La question de l’empreinte énergétique occasionnée par un projet de démolition/reconstruction ne se limite pas seulement à la question de l’isolation thermique du futur bâtiment. Il faut également tenir compte des énergies grises occasionnées par les différents chantiers : choix des matériaux (énergie nécessaire à leur fabrication, …), transport, démolition (énergie nécessaire à la démolition, au traitement des déchets, …), etc….

avenue Brugmann, janvier 2011 Ci-dessus : Uccle, Avenue Brugmann, janvier 2011. La rénovation et l’isolation par l’extérieur de cet immeuble à appartements des années 1960 pose peu de problème esthétique et patrimonial vu le traitement neutre de ses façades dès l’origine.

Il est reconnu qu’une démolition reconstruction consomme 2 à 3 fois plus d’énergie qu’une rénovation (Emmanuel TUAL, Paris Habitat, 2008). Par ailleurs, malgré ce qu’on en dit, les opérations de rénovation peuvent êtres rentables tant au niveau économique que social, et rentrent, de ce fait, dans le cadre de la construction durable.

Dans l’absolu, à Bruxelles, tant pour d’évidentes raisons pratiques que culturelles, la priorité doit aller à l’amélioration du parc résidentiel existant.

Pour plus d’informations nous vous conseillons de visiter le site internet du Centre Urbain

6 janvier 2011