Letrre n° 81 : Éditorial

Editorial paru dans La Lettre aux Habitants n°81, septembre 2014

« Il y a dans notre monde, un courant scientifique, philosophique et théologique hostile à la nature. C’est un véritable extrémisme. J’en ai assez de ces talibans qui nous imposent leur vérité dans la presse, dans les universités. Ils s’en foutent complètement des générations futures ». [1]

Cette déclaration sévère qui interpelle les humains que nous sommes, est de la plume de Pascal Picq, un paléoanthropologue au Collège de France qui vient de publier un remarquable ouvrage qui s’intitule « De Darwin à Levi- Strauss. L’homme et la diversité en danger ». [2]

Il n’est pas question pour nous de sombrer dans des considérations pessimistes et alarmistes, mais au contraire de tenter de comprendre l’évolution de notre civilisation en rapport avec notre support vital qu’est notre Terre. Certains chercheurs chevronnés parlent aujourd’hui de sixième extinction, se basant notamment sur le rôle des pesticides systémiques dans l’érosion globale de la biodiversité.

Nous sommes évidemment convaincus qu’on ne peut pas comprendre le rôle de l’homme dans notre biosphère sans se référer à l’évolution de notre environnement terrestre à la fois physique, biologique et social, et sans prendre réellement conscience des conséquenes de l’évolution démographique de la population. Gobalement, comme le dit Pascal Picq : « Rien qu’au cours de ces 60 dernières années, la population mondiale a été multipliée par trois. Et puis, second élément, l’empreinte écologique a été multipliée par un coefficient qui se situe entre 10 et 100, selon les populations ». D’où une de ses conclusions : «  Globalement, cela correspond à un cancer brutal et virulent à l’échelle de la planète ».

Tout en reconnaissant qu’il existe beaucoup d’évolutions positives, force est de reconnaître qu’« une partie importante des maladies et des problèmes de santé actuels, comme les grippes, les cancers, les maladies auto-immunes, etc., sont les conséquences de différents choix de productions et de modes de vie de notre société ». Un exemple : notre mode de vie , nos moyens de déplacement sont fortement marqués par l’usage abusif de la voiture dont le parc, globalement, ne cesse d’augmenter.

Changer de mode de vie s’impose et implique notamment de comprendre que marcher dans la ville, relève d’un geste culturel de survie. Nous avons tous encore beaucoup d’efforts à faire pour vivre d’une manière plus cohérente. D’où ma référence au célèbre architecte de métropole (dont celle de Montréal), Clément Demers, qui lors d’un passage récent à Bruxelles a clairement affirmé : « Il y a de l’animation à Bruxelles. Je ressens le besoin et le plaisir de marcher dans une cité comme celle-là. Il faut donner toute son importance aux piétons pour améliorer la qualité d’une ville » [3]

D’où évidemment par exemple l’importance de l’Agenda 21 dont la mise en oeuvre progressive par la commune d’Uccle est porteuse d’espoirs. Nous continuerons aussi à l’ACQU à privilégier de nouvelles réflexions et actions, notamment dans le domaine des transports en commun, afin de concrétiser la mise en place d’options culturelles et urbaines d’intérêt général s’inscrivant dans la survie de notre société.

Bernard Jouret