Les itinéraires Cyclables Régionaux à Bruxelles et à Uccle.

Article paru dans La Lettre aux Habitants n°82, décembre 2014

Dès 1995, dans le cadre du premier Plan Régional de Développement, la Région de Bruxelles Capitale dessinait son réseau d’Itinéraires Cyclables Régionaux (ICR) pour encourager la mobilité douce. L’idée était de jalonner la Région de trajets recommandés pour les déplacements à vélo de moyenne et longue distance, à travers plusieurs communes. Ce réseau privilégie les voiries locales, parce que le trafic y est moins dense, moins rapide, et donc moins stressant que sur les voiries principales. Ce n’est que pour le franchissement de certains obstacles naturels ou artificiels (pont, canal, autoroute, voie ferrée, etc.) que les itinéraires se rabattent sur les grands axes.

L’objectif initial est donc double : d’une part, baliser des itinéraires pour guider les cyclistes ; d’autre part, leur assurer une sécurité optimale. Pour ce faire, tout au long du réseau, des panneaux indicateurs spécifiques et des marquages au sol doivent s’accompagner d’aménagements physiques destinés à sécuriser les traversées et empêcher le stationnement illicite. Dans la mesure du possible, ces aménagements sont identifiables par du mobilier urbain typique et agrémentés de plantations.

Le maillage total se compose de 19 itinéraires : 12 radiaux allant de la périphérie au centre-ville ; 2 rocades ; 3 tracés le long d’un cours d’eau actuel ou ancien (canal, Senne, Maelbeek) ; et enfin 1 itinéraire reliant les deux palais royaux. Dès l’origine, une collaboration a été mise en oeuvre avec les deux Régions voisines pour que les itinéraires bruxellois prolongent des cheminements de plus longue distance. Si la Wallonie est clairement à la traîne, la Flandre est déjà sillonnée d’itinéraires, dont plusieurs « RER-vélos » qui permettent de rejoindre la capitale rapidement et confortablement depuis la périphérie.

A Bruxelles, la mise en oeuvre a été laborieuse. Près de 20 ans après le coup d’envoi, seuls 5 itinéraires sont terminés et balisés.

Nom Parcours
ICR 01 Saint-Josse-Ten-Noode - Evere
ICR 02 Gare Centrale - Woluwe-St-Lambert
ICR 04 Gare Centrale - Woluwe - Rouge Cloître
ICR 06 Palais de justice - Linkebeek - Rhode-St- Genese
ICR 11 Porte de Namur - Zellik - Asse

L’ICR 6 relie le Palais de Justice à Rhode-Saint-Genèse en traversant Uccle.

Carte des Itinéraires Cyclistes Régionaux à Bruxelles

Si les premiers bouts d’itinéraires ont été réalisés au compte-gouttes et qu’il a longtemps été tabou de rogner les privilèges des automobilistes, particulièrement au niveau local, il semble que les mentalités évoluent. Depuis 1995, l’usage de la voiture individuelle a chuté tandis que les vélos se sont multipliés et que la fréquentation des transports publics a explosé. Le cercle vertueux semble engagé : il devient légitime de prendre en compte les alternatives à la voiture. Parallèlement, le département régional chargé du vélo s’est étoffé et peut développer des mesures plus ambitieuses. Aujourd’hui, la majorité des itinéraires sont à l’étude, en attente de permis, voire même en cours d’exécution.

Les dernières intentions faisaient état d’une volonté de terminer les ICR en 2014, on en est malheureusement bien loin, l’enquête publique pour Uccle venant à peine de s’achever. Cela permettra à la Commune d’agir pour la mobilité en soutenant l’évolution progressive des habitudes, grâce à un financement régional.

La Région finance et se démène car elle rate de beaucoup les objectifs qu’elle s’est fixés : 20 % de déplacements à vélo en 2018, alors que nous sommes à moins de 4 % aujourd’hui. Si l’objectif est irréaliste, l’ambition paraît louable. Un seul chiffre pour s’en convaincre : 65 %. C’est le pourcentage total des déplacements dans Bruxelles qui font moins de 5 km. Une distance qui peut pourtant être parcourue à vélo par la plupart des gens. Mettre davantage d’Ucclois en selle permettrait dès lors de dégager grandement la voirie et d’y faire de la place pour ceux qui ont réellement besoin d’un véhicule motorisé.

Théoriquement, les ICR constituent une base fondamentale à la mobilité cycliste. Hélas, comme on pourra le lire dans cette Lettre aux Habitants, ils ne sont pas toujours mis en oeuvre selon les critères de qualité initiaux, en termes de confort et de sécurité. Dès lors, ils risquent de se révéler peu efficaces. Comme bien souvent, certains choix prouvent que les principaux intéressés, les cyclistes qui empruntent déjà ces rues, n’ont pas été consultés au préalable, tandis que d’autres aspects du projet laissent présager d’une curieuse ignorance de la réalité : une bande « confort » de 50 cm, alors qu’une remorque enfant fait 80 cm de large ; les parents apprécieront.

La signalisation des ICR a été élaborée de manière à ce que les panneaux soient clairement identifiés comme destinés aux cyclistes (d’où la présence d’un logo vélo).

Le panneau pour les rues cyclables, où les automobilistes ne peuvent pas dépasser les usagers à vélo, une mesure complémentaire pour la sécurité des cyclistes. Dommage que ces rues cyclables soient absentes des projets des ICR alors qu’il s’agit là d’un élément indispensable tant pour la sécurité des cyclistes que pour la promotion des déplacements actifs.

Les ICR y sont indiqués par leur numéro ou lettre, ainsi que par une couleur. Aux intersections, les directions vers les différents ICR sont mentionnées, tandis qu’au long de l’itinéraire, d’autres panneaux indiquent la destination finale et un point intermédiaire, complétés par la distance. Et à l’avenir, des cartes simplifiées des ICR seront placées aux principaux points de passage. Attendons-nous donc à voir enfin fleurir des panneaux de ce genre sur le territoire de notre Commune.

Mais cela ne s’arrête pas là. Tout d’abord, la Commune devra mettre la main à la pâte pour réaliser les ICC (Itinéraires Cyclables Communaux) qu’on attend depuis 2006. Ensuite, elle devra entretenir les infrastructures cyclistes et abandonner sa réticence à dépenser le moindre sou pour toute mobilité autre que motorisée.

La demande de permis déposée par Bruxelles Mobilité pour poursuivre la réalisationde ICR sur Uccle a donné lieu à d’intéressants débats devant la Commission de Concertation. Cette dernière vient de rendre son avis, le 27 novembre. Il est heureusement favorable mais sous certaines conditions. Globalement, les nombreuses interventions des comités de quartier, des riverains des cyclistes quotidiens (GRACQ) ont été entendues. Pour certaines sections (l’avenue De Fré, la chaussée d’Alsemberg entre la rue du Coq et la gare de Calevoet, l’avenue Vanderaey, etc...), Bruxelles Mobilité devra revoir son projet. Mais la Commission n’émet qu’un avis ; il convient donc de rester attentif à la suite de la procédure.

Jérôme MATAGNE
Inter-Environnement Bruxelles

Thierry WYNSDAU
Président de la Locale du GRACQ (les cyclistes quotidiens) d’Uccle

1er décembre 2014