Les habitants en ont marre de l’eau minérale !

Article paru dans la Lettre aux habitants n° 69, septembre 2011.


Il ne s’agit évidemment pas des eaux minérales de nos Ardennes…

Mais à cause de l’asphaltage et de l’imperméabilisation de nos rues, ainsi que de la manière dont nombre d’immeubles sont construits, il devient de plus en plus difficile pour l’eau de pluie de s’infiltrer dans le sol minéralisé ; inexorablement, elle s’écoule vers les fonds de vallée. Des torrents d’eau s’y forment avec pour conséquence l’inondation des caves, des garages, des entrées d’habitations.

Le 18 août, les habitants des vallées du Geleytsbeek et de l’Ukkelbeek ont vécu un cauchemar. Un nouveau cauchemar. Ils sont en colère, et ils peuvent l’être.

Pour rappel : le 20 octobre 2005, il avait été relevé à l’Observatoire d’Uccle 28,5 litres par m2 en une heure.

Toujours à Uccle, le 18 août 2011, il serait tombé 25 litres par m2 en 15 minutes, et 32,7 litres pendant cette journée, si on en croit les données du site internet de l’Institut Royal de Météorologie.

Et rebelote le 23 août, en pire ...Il est tombé 44,3 litres pendant la journée.

Les pluies de 2005 avaient été qualifiées de « centenaires », c’est-à-dire ne se produisant en moyenne que tous le 100 ans. Force est de constater que le temps s’accélère. Six ans ont suffi pour une nouvelle pluie centenaire...et 5 jours pour la suivante ... Sans oublier les orages et inon- dations catastrophiques des 7 octobre 2009 et 14 juillet 2010 ! Au demeurant, parlant au lendemain des orages des 18 et 23 août, Marc Vandiepenbeeck, climatologue à l’I.R.M. a dit qu’ils n’avaient rien d’exceptionnel (La Libre 24 août 2011).

La situation est d’autant plus inquiétante que, depuis peu, de nouvelles zones sont touchées par des débordements d’égouts, comme par exemple le milieu de l’avenue De Fré.

Quant à la rue Engeland, elle pourrait être rebaptisée Egouland quand on voit le torrent d’eau boueuse que ses habitants ont dû subir : ses pavés en dos d’âne avec deux profondes rigoles canalisant d’eau de pluie ont été remplacés provisoirement, pendant les travaux pour un nouvel égout, par une surface bétonnée lisse. Il est évident qu’il y a trop peu d’avaloirs qui, mal positionnés, ne sont pas assez efficaces pour les pluies d’orage dans cette rue en forte pente.

Certes, de nouveaux bassins d’orage ont correctement fonctionné, notamment au coin du Kauwberg et au bas de l’avenue de la Chênaie, et jusqu’à un certain point au Wolvendael. Mais c’est insuffisant pour protéger les chaussées de St Job et de Drogenbos (lit du Geleytsbeek), ainsi que l’avenue De Fré et la rue de Stalle (lit de l’Ukkelbeek).

La rue Rouge a de nouveau été gravement inondée ; c’est une cuvette qui reçoit les eaux dévalant des grands axes Brugmann, De Fré et Wolvendael.

C’est l’excessive minéralisation des sols qu’il faut combattre. Nous faisons appel à nos lecteurs pour imaginer des solutions et proposer des réponses adéquates permettant d’une part de rendre le sol plus perméable, et d’autre part d’absorber temporairement de gros volumes d’eaux lors d’orages. Peut-être qu’une mesure efficace consisterait à relier des zones minéralisées potentiellement dangereuses à des drains ou à des citernes en vue de stocker l’eau sur place ?

On peut également se demander si certains plateaux ralentisseurs de vitesse ne jouent pas le rôle d’accumulateurs et de déviateurs des eaux pluviales ?

Mais nous en appelons surtout aux autorités communale et régionale pour qu’elles tiennent compte de la situation concrète avant toute délivrance de permis d’urbanisme. On ne devrait pas rappeler une telle évidence tant cela va de soi, mais on peut parfois se demander si l’administration compétente est consciente de l’impact produit par la densification d’une zone à risque et si elle ne fait pas une confiance aveugle aux aménagements qu’elle crée ; ils se révèlent souvent insuffisants.

D’ici peu, c’est l’urbanisation du plateau Engeland, de la plaine du Bourdon et de ses environs, de l’avenue du Prince de Ligne (des centaines de logements chaque fois !) qui va faire que l’histoire se répètera si les promoteurs immobiliers triomphent à nouveau. Dans Le Soir du 24 août, Kevin De Bondt, géologue à la VUB, exprime en particulier sa crainte en songeant aux catastrophes que pourraient engendrer de trop nombreuses constructions sur le plateau Engeland.

C’est trop facile de dire après coup qu’un événement est exceptionnel et ne se reproduira normalement pas avant très longtemps. Ou de reporter la responsabilité sur des tiers comme VIVAQUA, HYDROBRU, l’IBGE... Notre Commune ne semble pas réaliser à quel point elle est par- tiellement responsable. Gouverner, c’est savoir que si la date de survenance de pluies diluviennes est inconnue, leur surve- nance est suffisamment certaine que pour devoir impérieusement être envisagée et faire l’objet d’une volonté politique forte.

Un des premiers numéros de notre périodique était déjà consacré à la problématique de l’eau ; il était sous-titré : « Propositions pour ... une politique de sauvetage de nos vallées uccloises »

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Les vallées uccloises comprenaient jadis un chapelet d’étangs, de mares et de zones humides. Actuellement, pratiquement tout a disparu...

On y lit notamment : « Le territoire d’Uccle comptait une vingtaines d’étangs pour ... absorber les excès d’eau engendrés par les rivières en crue. ... On mesure aujourd’hui l’impérieuse nécessité de ceux-ci. Le nombre de caves inondées lors des orages, l’effondrement ou l’endommagement de maisons situées avenue Dolez et chaussée de St-Job témoignent gravement d’erreurs d’aménagement du territoire liées à l’incompréhension de certains mécanismes naturels. Vouloir « dénaturer » à tout prix un univers de vallées et de sources est une attitude stupide. La politique du « tout-à-l’égout », le remblaiement systématique des étangs et l’assèchement des zones marécageuses sont une gifle au « Savoir du paysan » cher à Michel Serres. Le problème aujourd’hui est bien d’en revenir à une véritable politique d’aménagement plus respectueuse des contraintes de la géographie et de l’histoire. »

Ce Dossier ACQU d’août 1992 (à lire sur notre site internet et encore disponible en version papier au siège de l’asbl) a gardé tout son intérêt ; il montre et dénonce de manière détaillée et concrète sur 20 pages le saccage qui était déjà commis il y a 19 ans ; il a empiré depuis …

P.S. : Si vous avez été affecté par les inondations, nous vous invi- tons à nous envoyer un témoi- gnage ou formuler une suggestion, n’hésitez pas à nous écrire : acqu.asbl@gmail.com

Et allez sur notre site : www.acqu.be/eau pour en savoir plus et visualiser les événements.dont la plupart étaient des retenues d’eau créées

septembre 2011