Le retour des batraciens à Uccle

Article paru dans la Lettre aux habitants n°86, décembre 2015

MIGRATION DES BATRACIENS, PEUT-ON ESPÉRER LA RÉALISATION DE CRAPAUDUCS RUE ENGELAND À UCCLE ?

Il y a peu, on pensait que les migrations de grenouilles et crapauds ne concernaient pas les Ucclois. Depuis de nombreuses années, les médias nous montraient les bénévoles participant à l’aide à la traversée des batraciens à Boitsfort où Daniel Geerinkx et Mario Ninanne coordonnent les traversées av. Charles Albert et drève de la Louve, en bordure de la forêt de Soignes.

On croyait ces traversées périlleuses disparues à jamais d’Uccle. Heureusement les mesures de conservation de la nature commencent à porter leurs fruits et permettent la reconstitution des populations. Les amphibiens (batraciens), se nourrissant d’insectes, de vers, etc., se situent en haut de la chaîne alimentaire et ont fortement souffert de l’utilisation des pesticides au point d’être en fort déclin. La diminution de l’usage des pesticides
- l’abandon par la commune d’Uccle, mais pas par tous les particuliers – a permis une lente reconstitution des populations. A cette cause, il faut ajouter des raisons connexes, comme la pollution des eaux, l’assèchement des mares et... les voitures, toutes des causes anthropiques. Si les humains sont ainsi à l’origine de leur raréfaction, ils sont aussi capables de concourir à leur protection et au rétablissement des populations

L’augmentation des populations d’amphibiens dans les environs du Kinsendael et du Papenkasteel est donc une bonne nouvelle pour la biodiversité et la preuve de l’efficacité des mesures prises.

Mais elle a pour conséquence que les batraciens sont de plus en plus nombreux à vouloir traverser la rue Engeland en bordure du Papenkasteel. En effet, les amphibiens, crapauds (principalement) et grenouilles adultes, reviennent à leur lieu de naissance où mâles et femelles reproducteurs se donnent rendez-vous à la saison des amours car la rencontre entre partenaires a toujours lieu dans leur environnement natal.

S’ils étaient nombreux jusque dans les années septante, ils n’étaient plus que quelques-uns à effectuer cette migration au début du vingt et unième siècle. A ce moment, des palissades de bois empêchaient l’entrée, comme la sortie des batraciens. Mais depuis deux - trois ans, les traversées sont en augmentation et aujourd’hui, ils sont plus d’une centaine à traverser la route. En 2014, une riveraine a observé quelques batraciens écrasés, et en a aidé quelques-uns à faire la traversée.

En 2015 elle a contacté Pierre Lambelin, président de la régionale bruxelloise de Natagora, qui a fait suivre cette information aux Ucclois. C’est ainsi que Hellin de Wavrin, Ucclois et spécialiste des amphibiens, est intervenu les soirs suivant pour venir au secours des batraciens et les protéger des roues des automobiles. Entretemps, en une soirée, cette riveraine a sauvé une centaine de batraciens. La traversée des amphibiens, qui a l’avantage d’être groupée et se limiter à quelques jours, a reçu l’aide de ces bénévoles, ce qui a réduit les égarements dans des bouches d’égout et l’écrasement par les automobiles.

Notre ami des batraciens a aussi relevé les difficultés rencontrées pour leur traversée, tant à l’aller qu’au retour : le danger des voitures, les bordures trop hautes, les taques d’égouts dans lesquelles tomber.

Le retour vers les lieux ou vivent et se nourrissent crapauds, tritons et grenouilles s’étale sur plusieurs jours, sans parler du départ des jeunes nés dans l’étang à la fin de l’été, de sorte que l’action des bénévoles pour les retours est pratiquement impossible. La hauteur des trottoirs constitue alors un obstacle insurmontable pour les tout jeunes amphibiens lorsqu’ils retournent au Kinsendael…

Entretemps, la Commune ne reste pas les bras ballants !

Les services communaux de l’environnement ont positivement réagi à la demande des naturalistes et ont placé des panneaux avertisseurs dans les deux sens et aménagé des plans inclinés à plusieurs endroits afin de permettre un retour sain et sauf de nos jeunes batraciens.

Et au printemps 2016 ? Quand faut-il être prêt à intervenir ?

Le début de la période de migration est liée à la température : 7° c. est le signal déclencheur de la migration. En dessous de cette température, ou lorsque la température baisse sous cette valeur, vous pouvez rester au chaud. L’autre élément important est l’humidité : les batraciens respirant partiellement par la peau apprécient les soirées pluvieuses. Un début de printemps, de la bruine et une température supérieure à 7° c. sont une véritable invitation à la migration : les batraciens sortent en masse pour se rendre sur leur lieu de naissance et y retrouver les meilleures conditions pour se reproduire.

Cela peut se limiter à deux ou trois nuits si le temps est doux. Mais c’est alors la cohue… Les premières heures de la soirée sont les heures de pointe et la migration s’éteint déjà avant minuit. Nul besoin de passer une nuit blanche à transférer des batraciens.

Il résulte qu’on ne peut programmer cette opération à l’avance et qu’il faut se tenir prêt dès que les conditions de température et d’humidité sont remplies. La période de migration s’étale sur un long intervalle qui commence en mars et se termine habituellement en avril, avec parfois des interruptions, des reprises, voire des prolongations.

Ce qui fait qu’une telle opération, visant à faire traverser grenouilles et crapauds lors de leur migration printanière, est une organisation lourde et qui demande des disponibilités. Si l’enthousiasme est généralement présent les premières années, il s’atténue avec le temps.

Des crapauducs pour permettre les allers-retours

Heureusement des solutions pérennes sont envisageables : la réalisation de crapauducs, par exemple. Les crapauducs sont des tunnels qui permettent le passage des amphibiens sous la voirie. C’est une solution permanente qui évite la mobilisation annuelle des « passeurs de crapauds  ».

Des crapauducs sous la rue Engeland permettraient d’assurer un nouveau corridor écologique là où la migration annuelle est périlleuse, voire mortelle ; ils participent donc au remaillage écologique de la vallée de Saint-Job.

Certains modèles s’intègrent plus facilement dans la voirie existante et ne sont pas aussi encombrants … comme le montrent ces tunnels français (image du fabricant : http://www.aco.fr)

On peut même disposer des bacs à leur entrée afin d’effectuer un comptage précis des amphibiens les empruntant. Ils sont ouverts la nuit lors de la période de migration, et le matin, un comptage suivi de leur lâchage a lieu.

Voici l’avis d’un expert : « D’après la configuration des lieux, trois crapauducs seraient utiles. Les tunnels devraient partir d’un côté du Kinsendael, côté intérieur de la clôture où le sol est en contrebas. Ils passeraient sous la promenade verte, la rue Engeland, puis le trottoir longeant la propriété du Papenkasteel. Ils déboucheraient dans celle-ci facilement puisque le sol y est aussi en contrebas. Il faut également penser aux « barrières » temporaires qui guideraient les batraciens vers les tunnels. Elles seraient sécurisées contre le vandalisme ou les accidents puisque d’un côté situées à l’intérieur de la clôture du Kinsendael et de l’autre de celle du Papenkasteel. »

La commune d’Uccle a entrepris un vaste chantier, avec de multiples projets dans la vallée du Geleytsbeek afin de recréer une vraie vallée, avec son ruisseau et des zones humides.

Notre espoir est que la commune d’Uccle, en collaboration avec Bruxelles Environnement puisse réaliser ces aménagements à l’occasion d’autres travaux de voirie. Puisse cette réalisation de crapauducs s’inscrire dans ce cadre.

Quelques recommandations pour manipuler les animaux si vous voulez aider à la migration des batraciens :

La peau des batraciens (amphibiens) est un organe fragile qui doit rester constamment humide car elle leur permet de respirer, surtout lors de l’hibernation. Les gants de jardin, assez raides, peuvent abîmer leur peau fine et délicate. Il est recommandé de les manipuler à mains nues et humides. Des gants en latex ou des gants pour la vaisselle, préalablement humidifiés peuvent protéger les mains sensibles. Les batraciens étant des animaux à sang froid, leur manipulation doit être la plus courte possible pour éviter que la chaleur corporelle du sauveteur ne les réchauffe. Les habitués ne craignent pas de prendre les crapauds à mains nues, mais prévoient un bidon d’eau pour se rincer régulièrement les mains et les nettoyer du venin provenant de leur peau. Les grenouilles peuvent elles se manipuler sans risque.

Les tritons sont des animaux plus fragiles que les crapauds et grenouilles. Pour les capturer, il est recommandé de passer les doigts sous leur ventre, et le pouce sur le dos, tout en faisant attention à ne pas les comprimer. Ainsi, un triton souffrira de piétinement, voire d’écrasement lorsqu’il se trouve mêlé aux grenouilles et crapauds, dans le même seau.

Bénévoles bienvenus…

Si vous voulez apporter une aide aux batraciens ou participer à une équipe de bénévoles, SOS Kauwberg – Uccla Natura se proposer de rassembler les personnes intéressées et de les mettre ensuite en relation

Vous pouvez écrire à SOS Kauwberg – Uccla Natura rue Geleytsbeek, 29 à 1180 Uccle, ou envoyer un courriel à Kauwberg@skynet.be . Veuillez laisser une adresse de courriel ou un numéro de GSM afin de vous recontacter.

Marc De Brouwer

1er décembre 2015