Le plateau Avijl : un coeur à sauver, plus que jamais !

Article paru dans La Lettre aux Habitants n°79, mars 2014

Aujourd’hui que se profile la possibilité que ce site vert exceptionnel bénéficie d’une procédure de classement qui permettrait de le sauver, il n’est pas inutile de rappeler l’historique du combat mené depuis les années 1970 par les habitants du quartier de Saint-Job, qui se sont battus sans relâche contre les projets successifs d’urbanisation du plateau Avijl, projets qui auraient abouti à la destruction du quartier historique et au saccage d’un des derniers sites verts à caractère rural de la ville. Cette lutte, initialement menée par le Comité de Protection et de Rénovation de la Montagne de Saint-Job, a fortement contribué à forger une conscience citoyenne.

Au début des années 2000, les voisins immédiats du plateau ont été rejoints dans leur lutte par de nombreux habitants de toute l’agglomération, regroupés dans l’Association Protection et Avenir d’Avijl.

Pendant toutes ces années, l’action citoyenne a empêché la mise en oeuvre des plans de construction et a amené les pouvoirs publics à mieux prendre en considération la nécessité de préserver au mieux ce patrimoine naturel. Jusqu’en 2002, le PPAS (plan particulier d’affectation du sol) en vigueur (28bis) prévoyait encore la construction de 312 logements. En 2003, les autorités communales ont entrepris de réviser ce PPAS en réduisant le nombre de logements à environ 200, en vue notamment de moins empiéter sur les espaces verts.

D’emblée, l’Association s’est proposée de collaborer étroitement avec les autorités communales en vue d’aboutir à un projet qui réponde de manière harmonieuse à leurs préoccupations et à celles des habitants.

Dans cette optique, nous avons élaboré un Livre Blanc qui recensait de manière très précise les sites pouvant faire l’objet d’une urbanisation sans porter atteinte au cœur du plateau. Un premier projet de révision du PPAS a cependant été finalisé sans tenir le moindre compte de nos remarques et suggestions, et mis à l’enquête publique au printemps 2007. Devant les nombreuses objections (à commencer par celles émises lors d’une réunion de la Commission de concertation le 19 avril 2007 par M. Armand De Decker, bourgmestre empêché), ce premier projet a été abandonné et une nouvelle étude a été initiée par les autorités communales au mois de juin 2007.

Dès le 28 juin, l’Association demandait, dans une lettre adressée à l’ensemble des conseillers communaux, qu’un véritable dialogue soit d’emblée entamé avec les habitants, afin d’éviter de déboucher sur un nouveau blocage.

Dans les mois qui ont suivi, nous avons effectivement eu de nombreuses réunions avec le bourgmestre, avec l’échevin en charge du dossier et avec des membres de l’administration communale. Nous avons toujours été très courtoisement écoutés.

Écoutés, mais jamais entendus. A plusieurs reprises, nous avons demandé avec insistance à pouvoir collaborer directement avec le bureau d’architecture chargé par la Commune de l’élaboration du PPAS, de manière à être effectivement associés à la préparation du plan ; cela nous a toujours été refusé.

Le projet de révision du PPAS soumis à l’enquête publique en janvier-février 2009 comportait indubitablement des améliorations par rapport à la version précédente. Il était cependant loin de répondre aux attentes des habitants, qui se sont mobilisés en masse en envoyant 1.500 lettres (du jamais vu !), et en assistant en masse le 18 février (environ 400 personnes, qui avaient dû prendre congé de leur travail) à la réunion de la Commission de concertation. Aucune de leurs observations et suggestions, écrites et verbales, n’a été prise en considération, et le PPAS 28ter, prévoyant la construction d’environ 200 logements, a été approuvé successivement par les autorités communales et le gouvernement de la Région.

Devant cette menace, deux procédures ont alors été engagées, à l’initiative de l’Association, en vue de préserver le plateau. D’une part, une demande de classement en zone verte a été introduite par l’asbl Bruxelles Nature auprès du gouvernement de la Région de Bruxelles- Capitale en mai 2009. D’autre part, une requête en annulation du PPAS 28ter a été introduite par plusieurs riverains au Conseil d’Etat le 19 avril 2010.

Le 14 septembre 2012, le Conseil d’Etat a annulé une des dispositions du PPAS, qui aurait de facto permis l’élargissement de la voirie (Montagne de Saint-Job) contournant la zone verte englobant le terrain de basket. Il a malheureusement validé les autres dispositions (il faut rappeler que le Conseil d’Etat ne prend en considération que les aspects juridiques des dossiers et ne statue pas sur le fond).

Le 29 novembre 2012, le dernier Conseil communal de la législature après les élections d’octobre, a approuvé, quasi à la sauvette et sans enquête publique, une modification, “pour cause d’utilité publique” du PPAS 55 Saint-Job/Benaets, parcelle constructible appartenant à la Commune, située chaussée de Saint-Job (en face du magasin Sequoia). Outre l’aménagement d’un bassin d’orages, le PPAS 55 ainsi modifié prévoit l’extension de la zone de parkings en lieu et place d’une cinquantaine de logements prévus par le plan. Nous avions pourtant insisté, au fil des années, pour que soit étudiée l’option d’y construire un nombre significatif de logements, soulageant d’autant la pression sur le plateau Avijl. En effet, un premier examen de la situation des lieux donnait à penser qu’il serait possible d’y implanter des constructions de telle manière qu’elles bénéficient d’un ensoleillement correct tout en se trouvant à distance du charroi de la chaussée, et en préservant la possibilité d’y aménager un nombre significatif d’emplacements de parkings.

Le 15 octobre 2013, l’échevin Marc Cools en charge du dossier a fait connaître, au cours d’une réunion publique d’information, sa décision d’entamer très rapidement une première phase de construction de plusieurs dizaines de logements au haut de la Montagne de Saint-Job. Le périmètre concerné englobe une zone de garages délabrés (que nous avons évidemment toujours considérée comme constructible), mais il pénètre également profondément dans le cœur vert du plateau.

Sa mise en œuvre constituerait une première atteinte grave au site. L’échevin a également annoncé que la Commune et Hydrobru prévoyaient la construction à brève échéance d’un tunnel de collecte des eaux provenant de la Vieille rue du Moulin et de l’avenue Dolez, à destination du nouveau bassin d’orage prévu chaussée de Saint-Job. Le chantier de construction de ce tunnel serait installé à l’intérieur du plateau, à proximité immédiate du mur classé qui le sépare du fond de la rue Vandernoot, dans une des prairies figurant en zone verte du PPAS 28ter. Ainsi, il serait d’emblée porté atteinte aux zones vertes soi-disant protégées par ce PPAS, sans garantie véritable d’une remise en l’état après la fin du chantier. Or il serait techniquement possible de construire ce tunnel sans empiéter sur le plateau.

Enfin, le 13 février 2014, le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a décidé, sur avis favorable de la Commission royale des Monuments et des Sites de la Région, d’ouvrir la procédure de classement d’une zone du plateau englobant la plus grande partie de la zone d’espace vert du PPAS 28ter. Les détails de cette procédure et ses conséquences sont explicités en détail dans ce même numéro dans l’article Vers la sauvegarde du plateau Avijl ? On peut raisonnablement espérer que cette avancée facilitera la sauvegarde du coeur du plateau.

Mais, plus que jamais, il nous faut rester vigilants et attentifs à tout nouveau développement.

Pour le Bureau de l’Association Protection et Avenir d’Avijl,

Stéphane Davidts, Président

1er mars 2014