La nouvelle clinique au Dieweg

Article paru dans la Lettre aux habitants n°87, mars 2016

L’ENVERS DU DÉCOR

La clinique AREA+, maison pilote pour adolescents, a ouvert ses portes le 1er juillet 2015 au 294 chaussée de Saint-Job, dans le quartier du Dieweg.

Ce centre – qui s’intègre dans l’entité Fond’Roy/ La Ramée – peut aujourd’hui accueillir jusqu’à 52 jeunes nécessitant une prise en charge médicale pour diverses raisons, telles que la détresse psychologique, les troubles alimentaires, la dépression, la rupture familiale ou encore le décrochage scolaire. La structure se compose à la fois d’un hôpital résidentiel, d’un hôpital de jour, d’un lycée et d’un internat thérapeutiques, d’une polyclinique et d’un service d’Accueil et Permanence.

Nous, comité de quartier Le Coteau du Dieweg, ne pouvons que nous réjouir de l’intérêt que porte notre société au bien-être des adolescents. En effet, ces établissements d’accueil occupent une place privilégiée dans le processus de « remise sur les rails » de ces jeunes en difficulté. Nous pensons qu’il est essentiel, de nos jours, d’être en mesure de les accueillir, de les écouter et de les aider en leur offrant un environnement adapté à leurs besoins.

Néanmoins, certains riverains ne se sont pas montrés favorables à ce projet dans notre quartier et se sont même opposés à la construction de l’établissement pour des motifs tenant tant à l’affectation du terrain au sport que pour des risques de nuisances. Comme le rappelle la Commission de Concertation dans son avis du 10/11/2010, le Plan Régional d’Affectation du Sol (PRAS) situe le projet « pour majorité (Dieweg et intérieur d’îlot) en zone de sports et de loisirs de plein air, et pour le solde (chaussée de Saint-Job) en zone d’habitation avec accès de chaque côté par un espace structurant  », ce qui le rendait incompatible à l’affectation originelle du terrain.

En effet, avec la présence du centre sportif Les Jardins du Dieweg et les anciens bâtiments de la Société Générale, le terrain est considéré comme zone de sports et de loisirs de plein air, ce qui rendait la construction d’une clinique contradictoire avec l’affectation du PRAS. Il y avait aussi la crainte qu’un tel établissement allait amener d’importants désagréments pour le voisinage : mobilité – bruit – sécurité…

En fin de compte, AREA+, devenu propriétaire de l’ensemble des terrains, a été autorisé à construire. Toutefois, le permis d’urbanisme était assorti de conditions bien précises pour justement protéger le voisinage. En bref, le permis imposait :

  • une architecture d’un faible gabarit, mais aussi harmonieuse, lumineuse et fluide que possible ;
  • le maintien en l’état du centre sportif Les Jardins du Dieweg (terrains de football, terrains de tennis et club-house) et la construction d’un nouveau hall de sport côté Dieweg. L’ensemble doit rester ouvert au public ;
  • l’aménagement d’emplacements de parking suffisamment nombreux pour accueillir les voitures des employés et un parking spécifique pour les vélos ;
  • la plantation de nombreux arbres, arbrisseaux, haies en vue de contribuer au caractère vert et calme du lieu ;
  • la création d’un chemin piétonnier entre la chaussée de Saint-Job et le centre sportif, accessible aux cyclistes ;
  • l’installation de mesures de sécurité en équipant l’ensemble des espaces extérieurs de clôtures et d’un système de surveillance ;
  • la promotion de la mobilité douce ;
  • la sécurité des enfants à l’intérieur du centre sportif en limitant l’accès du site aux voitures ;
  • la limitation de nuisances sur la faune et la flore ;
  • l’entretien régulier de la propriété et des aménagements ;
  • la préservation de la quiétude des riverains tant sur le plan visuel qu’acoustique.

Mais, 9 mois après l’inauguration, le constat est amer…

Malgré nos demandes répétées, plusieurs clauses importantes du permis ne sont pas respectées. Les nuisances redoutées sont bien là et certains aménagements sont insuffisants, voire inexistants…

1. Nuisances sonores

Même si des travaux ont récemment été faits, le bruit provoqué par les taques d’égout dans la rampe d’accès au parking, au moment du passage des voitures, reste incessant et insupportable pour les riverains qui sont parfois très proches. Les camions de Bruxelles Propreté s’engouffrent dans la rampe d’accès au parking à vive allure, pour aller chercher des poubelles à l’intérieur de la propriété, plutôt que de les ramasser sur le trottoir, ce qui provoque inévitablement un réveil largement anticipé pour le voisinage.

Les pensionnaires semblent autorisés à rester dehors au-delà de 22 heures, faisant fi de toute discrétion, alors qu’un couvre-feu devait être mis en place. Les fumoirs et autres lieux de rassemblement ont été installés à proximité des habitations et sont la source de vacarme régulier, tant en journée qu’aux heures avancées de la nuit.

L’espace récréatif extérieur, qui comporte un terrain de basket, a été construit en amphithéâtre, ce qui, en plus de favoriser la propagation des émissions sonores, les amplifie par réverbération. Il arrive aussi que certains jeunes soient atteints de crise, alors qu’ils sont à l’extérieur, et se mettent à pousser des hurlements juste en dessous de jardins où peuvent notamment se trouver des enfants en train de jouer, privant par là les riverains de la quiétude à laquelle ils sont en droit d’aspirer.

Certains riverains craignent encore que le système de climatisation, au vu de son emplacement, provoque du bruit au moment de sa mise en service, l’été prochain. Sera-t-il dès lors envisageable pour les voisins de vivre et de dormir fenêtres ouvertes sans avoir à subir le ronflement constant du moteur ?

Quant à l’alarme du bâtiment, son activation, probablement nécessaire, doit, elle aussi, être supportée par les riverains plus ou moins proches.

2. Nuisances visuelles

Même si les voisins viennent d’obtenir l’extinction plus tôt de l’éclairage du parking, ils continuent néanmoins à souffrir de la trop grande puissance de ces lampadaires allumés dès 17 h 30, à proximité des lieux d’habitation. Quel est l’intérêt d’illuminer, au-delà du parking, les jardins et maisons alentour, et ce avec des luminaires trop nombreux, inutilement puissants, surélevés et placés trop près des habitations ? Sur ce point, de nombreuses propositions visant à atténuer le problème ont été faites sans rencontrer de résultats.

À l’éclat de ces lampadaires, il faut aussi ajouter l’éclairage au néon de la passerelle qui relie la clinique au lycée, laquelle reste régulièrement éclairée sans raison apparente jusqu’à 21 h 30, au plus tôt. Ces éclairages cumulés augmentent considérablement la luminosité déjà trop excessive.

Enfin, et même si nous ne pouvons qu’applaudir les efforts faits depuis quelques semaines, certains locaux du lycée et de la clinique, dotés de grandes baies vitrées, peuvent rester allumés toute la nuit. Sur la seule période du 23 décembre au 1er février, nous avons relevé le nombre de ces négligences. Il en est ressorti que 45 % du temps, des locaux inoccupés du lycée (contrairement aux maisons qui leur font face) restaient puissamment éclairés, perturbant ainsi le voisinage ainsi que la faune nocturne.

Nous tenons à rappeler que l’exigence environnementale est pourtant très clairement, et à plusieurs reprises, notifiée dans le permis d’urbanisme !

3. Promotion de la mobilité douce et chemin piétonnier

Aujourd’hui, contrairement aux exigences du permis d’urbanisme, aucune promotion de la mobilité douce n’est faite, aucun parking pour vélos n’a été installé et le kiss and drive côté Dieweg – qui devait limiter l’accès des voitures dans le centre sportif pour la sécurité des enfants – reste inexistant. Quant au chemin piétonnier, il demeure résolument non conforme aux clauses du permis : il aboutit sur un cul-de-sac, présente divers dangers et inconforts liés au manque d’entretien et est inadapté aux cyclistes et poussettes.

4. Entretien et aménagement du terrain

Au moment de la construction, de gros troncs d’arbres et d’imposantes branches ont été jetés dans la partie boisée du site, en pente, sous les terrains de football et la pluie semble les faire glisser lentement vers les jardins voisins. Il est manifeste qu’aucun entretien ni contrôle n’est effectué dans cette partie de la propriété. En outre, ce bosquet, comme l’entrée côté chaussée de Saint-Job, commence à ressembler à une décharge publique : plastiques, canettes, tuyaux, textiles, journaux dont la quantité augmente de jour en jour, jonchent le sol. Les voisins vont-ils être contraints à vivre, de surcroît, à côté d’un dépotoir ?

5. Plantations

À ce jour, la plantation de nombreux arbres et haies à feuilles persistantes se fait attendre, ce qui rend la clinique extrêmement visible depuis les maisons et jardins avoisinants et nuit à l’intimité des riverains. Cette situation va également à l’encontre des stipulations du permis d’urbanisme.

6. Sécurité

La sécurité de l’établissement est loin d’être optimale. Il manque toujours certaines barrières et grillages autour du site. La grille d’entrée, côté chaussée de Saint-Job, reste ouverte toute la nuit.

Nous ne sommes pas restés les bras croisés

Dès le début de la construction des bâtiments, notre comité de quartier a tenté d’insuffler un certain dynamisme collaboratif et a montré sa volonté d’établir une relation de bon voisinage. Nous nous sommes présentés, nous avons organisé des rencontres, ouvertes aux riverains, avec les responsables de la clinique. Nous nous efforçons de faire preuve d’ouverture d’esprit, de tolérance, de patience, et nous avons fait des propositions concrètes en vue d’améliorer les conditions de cohabitation. Quelques riverains se disent même prêts à mettre la main à la pâte pour résoudre certains problèmes.

Malheureusement, cette volonté de vivre ensemble, en harmonie et dans le respect des autres ne semble pas réciproque. De nombreux riverains se sentent lésés, laissés pour compte. Certains envisagent même de quitter le quartier.

Malgré cela, nous continuons de croire en la possibilité d’une communication fructueuse afin de trouver des solutions satisfaisantes et durables. Nous insistons auprès de la Commune pour qu’elle use de son pouvoir en vue de faire appliquer toutes les clauses du permis et d’ainsi pacifier le climat.

Comité de quartier « Le Coteau du Dieweg »

8 avril 2016