LES MARRONNIERS DES AVENUES CHURCHILL ET ALBERT : Hormis leur état sanitaire, quelle valeur donner aux arbres des avenues Albert et Churchill ?

On pense souvent que l’arbre est le facteur principal de production de l’oxygène de notre atmosphère. En conséquence on a également tendance à penser qu’au plus l’arbre est grand, au plus il produit de l’oxygène. C’est notamment un argument récurent pour défendre la conservation des vieux marronniers des avenues Churchill, Albert et des anciennes drèves bruxelloises en général. Qu’en est-il exactement ? Quels sont les autres facteurs qui donnent de la valeur à ces vieux arbres ?

  • L’arbre participe-t-il à la purification de l’atmosphère ?

Via le processus de photosynthèse l’arbre produit du glucose, le "carburant" de sa croissance. En même temps qu’elle engendre de la matière organique (matérialité de l’arbre), la synthèse du glucose libère également une certaine quantité d’oxygène (O2) dont seule une partie est « respiré » par l’arbre même (minéralisation du carbone) . La plante produit ainsi plus d’oxygène qu’il n’en consomme. Cependant, à sa mort, ses tissus sont métabolisés par des bactéries, des champignons et la microfaune. Le bilan « carbone » est alors inversé puisque ces organismes manifestent une respiration cellulaire similaire à la nôtre. A la fin de la décomposition de l’arbre, tout l’excédent d’oxygène qu’il avait produit lors de sa vie aura donc été réutilisé et la quantité de gaz carbonique (CO2) qu’il avait fixé en grandissant aura été rejeté.

Ainsi dans l’absolu et au contraire de ce que nous pensons généralement, le bilan carbone impliqué par l’existence d’un arbre est nul. Il faut s’avoir que c’est le plancton marin qui produit la plus grande partie (80%) de l’oxygène planétaire disponible dans l’air et solubilisé dans l’eau des mers.

Par ailleurs en pratique il est impossible de faire un bilan précis de la production et de la consommation de l’oxygène d’un ensemble d’arbre en particulier puisque celui-ci ne conditionne pas un système fermé hormis le système planétaire.

Les arbres n’en sont pas pour autant inutile. Ils ont des fonctions essentielles au niveau micro-et macro-climatique. Malgré que le processus soit plus faible en milieu urbain les arbres y participent à la régulation de la qualité de l’atmosphère notamment en termes de pureté de l’air et d’équilibre thermo-hygrométrique (température/humidité). Par ailleurs les arbres en milieu urbain, une fois mort, ne dépérissent généralement pas sur place. Peu importe que le bois soit exploité ou pas, les arbres abattus sont emportés. Au niveau local, la plus-value d’oxygène produit durant la vie de l’arbre ne sera donc pas annulé par sa putréfaction.

  • Un grand arbre vaut il plus qu’un petit ?

Puisque la quantité d’oxygène produite est proportionnelle à la surface foliaire de l’arbre, on aurait tendance à penser qu’un grand arbre est à ce titre davantage bénéfique qu’un petit. Cela n’est vrai que partiellement puisque l’intensité du processus de photosynthèse, et donc la production d’oxygène, dépend de son âge : elle est maximale au début de sa vie, durant sa période de croissance (printemps), puis, elle ralentit, au fur et à mesure que l’arbre vieillit.

Néanmoins la taille de l’arbre est également proportionnel à sa capacité de fixer les poussières et certains polluants non dégradables (via la surface collante et/ou velue de ses feuilles, via son tronc et ses branches et indirectement via les mousses, les lichens, la rosée, etc.). Les grands arbres constituent également en milieu urbain, et c’est important, des coupe-vents non négligeables et contribuent à l’absorbation du bruit ambiant (circulation automobile, etc.). N’oublions pas non plus que les vieux troncs d’arbres servent de nichoirs pour les très nombreuses espèces d’oiseaux nicheurs dont Bruxelles peut s’enorgueillir d’héberger sur son territoire. Si dans ces quelques derniers cas, la dimension des arbres est essentielle, leur âge avancé n’est par contre pas un critère défavorable.

  • Valeur patrimoniale.

Enfin il y a la valeur patrimoniale et culturelle qui incombe aux grands arbres. Celle-ci est d’autant plus estimée lorsque les arbres font partie d’un ensemble planté cohérent tel que les avenues Churchill et Albert. L’argument patrimonial est sans doute, il faut l’avouer, une des raisons principale qui motive la mobilisation – parfois passionnée – des riverains. C’est d’ailleurs légitime. On comprend aisément l’attachement des habitants à l’aspect majestueux, superbe et bucolique de l’honorable drève. Le double alignement est particulièrement splendide au printemps lorsque les marronniers, dont les feuilles vert tendre ont tout juste éclose, se parent de ces magnifiques fleurs blanches tachetés ci et là de rose et de jaune. Vu la taille des arbres, les immeubles des avenues Churchill et Albert disposent, au printemps, en plus du gaz à tous les étages, d’une distribution florale jusqu’aux derniers niveaux. Depuis les appartements supérieurs la vue est splendide : un tapis incomparable.

  • Conclusion.

Pour conclure on dira que, oui, les grands marronniers instituent une plus-value évidente pour les avenues Churchill et Albert. Si en tant que « poumon vert » la valorisation de cet ensemble est plus réduite qu’on a pu l’imaginer, les autres facteurs d’évaluation, tant d’ordre environnemental que patrimonial, lui confère par contre une valeur non pas moins respectable. La multiplicité et la complexité de l’estimation globale justifie donc l’attachement des riverains à cet ensemble arboré. Vu l’âge avancé des arbres il faudra malgré tout, à moyen terme, se résigner à l’abattage des marronniers. La mise en place de jeunes sujets sera d’ailleurs bénéfique en matière de régulation de la qualité de l’atmosphère, on l’a vu. Cependant les riverains n’accepteront ce remplacement que dans la mesure où il corresponde à un projet d’aménagement du territoire de qualité, cohérent et concerté.

avenue Churchill ; Uccle ; mars 2011