LE GELEYTSBEEK AU FIL DE L’EAU

APERÇU DES VISITES DE NOVEMBRE ET JANVIER DERNIERS
Paru dans la Lettre aux habitants 63 / janvier - février - mars 2010

Ces derniers mois, l’ACQU s’est intéressée de près au Geleytsbeek. Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit d’un petit cours d’eau ucclois, affluent de la Senne, qui longe en grande partie la chaussée de St-Job pour ensuite s’écouler à travers le Keyenbempt vers Forest. Une série de trois visites, ont été prévues en vue de découvrir le parcours de ce ruisseau à travers la commune. Deux de ces visites ont déjà eu lieu (novembre et janvier derniers), une troisième clôturera le cycle le 25 avril prochain.

Rares sont les Ucclois qui connaissent bien le Geleytsbeek. Il possédait pourtant une véritable fonction économique et sociale par le passé. Quinze étangs se succédaient le long de son parcours et pas moins de 11 moulins (recensés en 1686) s’y dressaient sur moins de 3 kilomètres. A juste titre, le cours d’eau se prénommait alors Molenbeek.

Aujourd’hui, voûté dès sa plus haute source dans le Parc Fond’Roy (la source originelle du ruisseau se trouvait au Vivier d’Oie), le Geleytsbeek ne réapparaît qu’épisodiquement à ciel ouvert. C’est d’ailleurs sans doute pourquoi il est si mal connu de nos jours.

Mais le Geleytsbeek refuse d’être oublié. En cas de grosses précipitations, l’inondation des rez-de-chaussées, garages et caves qu’il occasionne, rappelle son existence aux riverains.

Ce sont donc les eaux de précipitation qui font déborder le cours d’eau. Pourtant, la morphologie du sous-sol, formé d’une couche de sable (sable bruxellien) et plus profondément d’une couche d’argile imperméable (argile yprésienne), constitue un système de rétention naturel efficace. En cas de pluie, la couche de sable se gorge d’eau (effet « éponge ») et ce n’est que progressivement que l’eau, filtrée, atteint la couche yprésienne imperméable. Là où la strate argileuse forme des cuvettes ou des poches, l’eau s’accumule. S’y constitue ce qu’on appelle une nappe phréatique d’où jaillissent ci et là de petites sources. Pour le reste, l’eau s’écoule ou « glisse », le long de l’argile, en direction du fond de la vallée et finalement vers le Geleytsbeek.


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Le Geleytsbeek en amont du chemin du Kauwberg
Photo fournie par le Service voirie de la commune d’Uccle

Ainsi, excepté des circonstances exceptionnelles (telles que l’orage du 17 octobre dernier avec ses 60mm d’eau au m2 en 15 min), le débordement du Geleytsbeek ne devrait normalement pas avoir lieu.

Pourquoi, dés lors, des inondations ? Leur cause n’est pas d’origine naturelle. La position problématique du Geleytsbeek a été indirectement provoquée par l’urbanisation progressive des environs. Particulièrement, l’asphaltage systématique des routes et donc leur imperméabilisation, a favorisé le ruissellement des eaux de pluie vers les fonds de vallée. Par ailleurs, dans ce contexte de densification urbaine, le Geleytsbeek était considéré comme un élément perturbateur. Ainsi, en plus de son voûtement, les services communaux avaient pris l’habitude de renvoyer le ruisseau à l’égout à chaque fois qu’il le rencontrait lors de travaux de voirie. Cet apport d’eau claire permettait par la même occasion de nettoyer le collecteur. Ainsi, petit à petit, le cours de la rivière fut-il saucissonné.
Or, l’urbanisation et l’imperméabilisation augmentant avec les années, le Geleytsbeek constitua rapidement une surcharge intempestive pour les canalisations (en cas d’orage), mais également pour la nouvelle station d’épuration Sud. Quasi à chaque orage la rivière-égout débordait du collecteur. En fond de vallée, la couche argileuse est parfois très peu profonde, le sol y est donc rapidement saturé d’eau. En cas de débordement, les inondations étaient donc inévitables.

Heureusement, depuis lors, la politique communale a évolué et une succession de différents projets a été programmée entre 2006 et 2011, afin de reprendre les errements du passé.
Dans les grandes lignes, l’ensemble de ces travaux suit deux objectifs : séparer les eaux claires des eaux usées et ralentir la course des eaux de ruissellement (en provenance de l’avenue Dolez, de l’avenue de la Chênaie, …) vers le fond de vallée (chaussée St-Job, plaine du Bourdon, …).

Dans le premier cas, il s’agit de renvoyer les eaux propres (eaux de source et de ruissellement) dans la rivière (à l’air libre quand c’est possible) et non plus à l’égout, pour finalement les ramener jusqu’à la Senne et non plus à la station d’épuration Sud. Dans le deuxième cas, il s’agit de la construction de nouveaux dispositifs de rétention de type bassin d’orage (adaptation du bassin sous la place St-Job (2007), Parc Fond’Roy 1000 m3 (2009), …).

A terme, les différents travaux prévus devraient éviter au fond de cette vallée d’être constamment la proie aux inondations. Ces différents projets nous ont été présentés par Stéphane SIMON, en charge des problèmes d’hydrologie à la commune d’Uccle, lors de la première visite du mois de novembre dernier.

Ces projets impliquent de nombreuses interventions, dont : le dégagement et la consolidation des berges (tous les 5 ans), la réhabilitation de certaines anciennes installations, la pose de nouveaux tuyaux d’écoulement, la pose de grilles d’orage, le captage des eaux de source avoisinantes et leur rejet vers la rivière, le drainage de certains abords, la mise en place de séparateurs d’hydrocarbure, le nettoyage régulier des infrastructures, la maîtrise de la végétation aux abords du ruisseau, la négociation avec les riverains dont la rivière traverse le terrain, etc. Dans certains cas, vu les difficultés techniques liées à l’omniprésence de nappes phréatiques, les travaux ont dû être menés par des scaphandriers.

La Commune n’est pas seule à supporter les travaux. En principe, les chantiers d’égouttage sont d’ailleurs confiés à l’IBDE. Mais les budgets de l’IBDE ne permettent pas toujours d’effectuer l’ensemble des ouvrages idéalement nécessaires.

A partir du Papenkasteel, les interventions menées sur la rivière et ses abords sont essentiellement le fruit de travaux effectués par Bruxelles Environnement (IBGE). C’est cet organisme régional qui gère en effet les trois zones vertes que traverse le ruisseau à partir de cet endroit. Il s’agit du Kinsendael, du Keyenbempt, ainsi que d’une bande de terrain sur la plaine du Bourdon.

La réserve naturelle du Kinsendael nous fut présentée par Jean-Christophe PRIGNON (gestionnaire du site auprès de l’IBGE) lors de notre visite du 14 janvier dernier. Le Keyenbempt sera le cadre de notre troisième visite le 25 avril ( info : www.acqu.be ).
Ces trois sites font partie d’un ensemble d’espaces verts classés qui, reliés les uns aux autres, constituent finalement ce que l’on appelle la « ceinture verte de Bruxelles ». Cette ceinture occupe une place essentielle dans l’équilibre écologique de notre ville.
La visite a démarré à partir d’une source située en lisière de la propriété HIERDIES en contrebas du plateau Engeland. Le ruisseau qui y naît, comme la plupart des petits ruisseaux avoisinants, s’écoule vers le Geleytsbeek. La source occupe une place essentielle au sein du territoire d’où elle jaillit. C’est la présence de cette eau non stagnante, fortement oxygénée et riche en calcaire, qui a suscité un boisement spontané de type aulnaie-frênaie. En dehors des aulnes (qui atteignent ici une circonférence parfois exceptionnelle) et des frênes, ce type d’habitat est favorable à une végétation particulière (dorine, cardamine, populage des marais, iris des marais, baldingère, arum, etc.), mais également à la faune, dont la présence rare du martin-pêcheur est un bon exemple.

La politique de gestion de ce type de milieu est simple : peu d’interventions. Les arbres morts ne sont pas abattus et les branches tombées sont laissées à même le sol. Ces choix, qui pourraient paraître étonnants, sont pris en faveur de la biodiversité. Cette philosophie de gestion est par ailleurs possible, puisqu’en tant que réserve naturelle, le Kinsendael n’a pas de vocation productive. Des clôtures en châtaignier empêchent les visiteurs d’accéder aux zones « vierges » afin d’éviter les accidents en cas de chutes de branches. Elles permettent également d’éviter un piétinement intempestif et donc la régénération du milieu.

Notons encore qu’en dehors de cette végétation spontanée, le Kinsendael conserve des traces de son ancienne affectation en tant que parc paysager. Ci et là y apparaissent en effet quelques majestueux arbres tels que platanes ou tulipiers de Virginie, ainsi que les restes d’un étang et d’un verger. Enfin, une clairière est située là où était implanté originellement le « château » (ancienne propriété WOESTE). Cette clairière est fauchée une fois par an en automne.

Enguerrand DAVID


Pour en savoir plus

> Deux documents émanant du Service voirie de la commune d’Uccle :

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> Un livret du Cercle d’Histoire d’Uccle sur le Kinsendael

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