L’eau : un bien commun à se réapproprier

Compte-rendu de la présentation du professeur Riccardo PETRELLA (IERPE) tenue le 26 mai 2011 à Uccle :


Les Etats Généraux de l’eau constituent un acte révolutionnaire. La démarche est soutenue par le pouvoir politique bruxellois. Néanmoins celui-ci a souligné le fait que la démarche était délicate car elle pouvait se retourner contre Bruxelles. Pourtant la révolution est nécessaire. Il y a nécessité à un changement radical.

Au sein de la crise mondiale de l’eau la Belgique se positionne comme une petite île heureuse. Les problèmes d’eau et de sècheresse n’y sont pas à l’agenda politique. Ce sont davantage les inondations qui inquiètent.

Toutefois la crise d’eau se décline également sous d’autres visages. Entre autre, l’eau a tendance à devenir, tant en Belgique qu’ailleurs, de plus en plus une source de profit.

Peter Brabeck, président du conseil d’administration de Nestlé proposait, le 11 mai dernier, face à l’inévitable pénurie de l’eau, de créer une bourse de l’eau. Or on peut se poser la question suivante : Qu’est ce que la Bourse ? Est-ce le lieu de la participation citoyenne ? Le droit à la vie ? L’amitié ? La proposition de Brabeck est indécente. Elle entérine un système qui accepte la financiarisation de la vie. Aussi la financiarisation de l’eau est entrée dans les logiques de nos groupes dominants. Ils pensent que c’est bon de laisser le capitalisme financier contrôler le mécanisme de régulation des choix. Et ils ne mentent pas, ils croient en ce qu’ils disent, ils sont convaincus.

La Direction de l’eau auprès de la Direction de l’Environnement de la Commission Européenne s’inquiète quant à elle de ce que l’eau ne soit plus une « commodité » libre : « It’s no longer a free commodity ». Selon elle, l’eau doit rester une « free commodity ». Or, en considérant l’eau comme une « commodity » c’est-à-dire une « marchandise », même s’il s’agit de la marchandise la plus libre, on rentre implicitement dans le jeu de la marchandisation de l’eau. Ainsi petit à petit s’efface de notre imaginaire collectif le principe de l’accès à l’eau pour tous comme droit fondamental.

En ce moment deux grandes « faces » ou « écoles » s’entretiennent et débâtent de la question de l’eau.

  • 1ère face :

La 1ère « face » remet en question le principe de la financiarisation de l’eau, de la financiarisation des formes de vie de la monétarisation des océans, des rivières. Principe qui selon eux équivaut à une monétarisation de l’esprit, de l’homme. Ils se battent dans ce contexte pour avoir une autre finance. Mais pour ce faire il faut toucher le cœur du capitalisme mondial. Il ne faut plus considérer l’eau comme une « free comodity ».

  • 2ième face (ou grande filière) :

Tout doit passer par le marché, le temple de la planète devient un grand marché. L’eau : « ultimate comodity ». Le dernier passage de la commercialisation de la vie.

La politique des communautés européennes va dans ce sens puisque la Commission européenne, qui ne fait pas tellement preuve d’audace, négocie toutes sortes d’accords bilatéraux entre les états avec pour objectif la demande de l’ouverture des marchés commerciaux locaux, et ce y compris l’eau.

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