Jusqu’où, devons -nous subir l’envahissement de l’affichage publicitaire ?

Article paru dans la Lettre aux habitants n°87, mars 2016

La lecture du Wolvendael nous apprend que l’échevin en charge de l’économie et du commerce fait enlever les enseignes commerciales qui n’ont plus de raison d’être (Wolvendael février 2016 : près de 20 lors d’une seconde phase mais il doit y en avoir eu de nombreuses autres lors de la 1ère phase.) C’est une excellente initiative et nous saisissons l’occasion pour demander à l’autorité communale d’aller plus loin. En effet, les publicités de même que les enseignes obsolètes (parce que le commerce mentionné ne s’exerce plus à cet endroit) ne représentent presque rien par rapport à tout ce qui est visible dans l’espace public.

En cette matière, en plus d’un Règlement Régional d’Urbanisme, il existe à Uccle un Règlement communal relatif aux enseignes commerciales et à la revalidation des noyaux commerciaux, voté le 21 mai 2011. Il est lisible sur le site www.uccle.be. Il est très détaillé et son titre est révélateur de son objectif : favoriser le commerce local, ce qui est louable.

Notre propos n’est pas d’entrer dans des distinctions entre une enseigne, une publicité, une publicité associée à l’enseigne, un totem, etc… Que l’attention du public soit attirée sur les commerces locaux (enseigne au sens strict, totem) est naturel et va de soi, mais avec des limites. Ce à quoi on n’a peut-être pas été assez attentif, c’est d’une part à l’aspect sécurité routière, et d’autre part à l’aspect esthétique ou environnemental.

Carrefour Waterloo – Churchill : par quoi l’oeil de l’automobiliste sera-t-il attiré ? Par les feux ou par la pub (notamment de Villo et de la Commune) ? Sans mentionner les panneaux de signalisation …
A- SÉCURITÉ ROUTIÈRE

Commerces et chalands vont normalement de pair. Là où il y a l’un, il y a habituellement l’autre. Mais quand on se situe le long d’un axe routier important, s’y ajoutent de nombreux automobilistes. On est alors confronté à une pléthore de dispositifs publicitaires pour des commerces locaux ainsi que pour des produits et services, chacun essayant de capter l’attention, soit par la taille, soit par l’originalité, soit par l’adjonction d’un dispositif lumineux. Si mon voisin recourt à une publicité qui frappe l’attention, je dois faire de même, et de préférence en plus visible, ce qui provoque la surenchère.

Il en résulte que l’attention de l’automobiliste – car c’est à lui que nous pensons – est captée par les dispositifs publicitaires alors qu’en même temps il est prié de ne pas se laisser distraire et d’être attentif à la circulation : feux – piétons et cyclistes – autres automobilistes …

Tout ce qu’on dit dans le Règlement communal en question est que la signalétique commerciale ne doit pas prendre le dessus sur l’éclairage public, ni empêcher la lisibilité des panneaux routiers et des feux de gestion du trafic. C’est bien le moins !

Et c’est aux endroits les plus fréquentés et donc les plus dangereux que la publicité occupe le plus le champ de vision des automobilistes. Les dispositifs lumineux sont particulièrement aptes à détourner l’attention, et ceux qui clignotent encore plus que les autres.

Que penser des panneaux lumineux déroulants de 2 m2 placés par la société Decaux, avec la bénédiction de la Région et de la Commune, à des coins de rue, là où il est interdit de se garer pour ne pas obstruer la vue ? Et il y en a de 20 m2.

Notre Commune donne-t-elle l’exemple quand elle place des panneaux lumineux informatifs de 20 m2 à des carrefours stratégiques (square des Héros – place St Job – carrefour Churchill/Waterloo …) ? Ce n’est pas le contenu informatif qui est critiqué, mais bien le support utilisé.

Nous ne sommes pas convaincus que nos édiles régionaux et communaux soient conscients du danger de ce qu’ils font et laissent faire. En théorie  : oui. En pratique : on va depuis peu dans la bonne direction mais pas assez fermement à notre avis. S’ils en étaient conscients, ils veilleraient à mieux cadrer le déferlement de l’affichage publicitaire, ce terme étant pris dans le sens large. Car c’est là la question fondamentale : la sécurité dans nos rues – domaine dont le bourgmestre est responsable - ne prime-t-elle pas sur l’intérêt commercial ?

B- CONSIDÉRATIONS ENVIRONNEMENTALES

On dira qu’au regard du caractère potentiellement dangereux de la publicité commerciale, des considérations esthétiques sont de moindre importance. Mais quand même …

Quand on circule dans des quartiers commerciaux, pour peu qu’on regarde l’environnement, on est sidéré de voir tant de laideur s’installer impunément, s’imposer sans vergogne.

D’un côté, le Règlement en cause impose de respecter le bâti - qui est parfois très beau à Uccle – et l’échevin de l’environnement rappelle l’obligation de respecter l’esthétique (Wolvendael janvier 2016). Mais par ailleurs on laisse enlaidir notre cadre de vie.

L’autorité communale craindrait-elle qu’en ne permettant pas toutes les affiches publicitaires, le commerce va péricliter ? Le problème vient de ce que si on laisse placer ici un totem de 4 m. de haut, comment refuser l’autorisation à son voisin ? Parfois il y a un refus, c’est vrai, mais c’est plutôt l’exception.

Ici à nouveau, nous pensons qu’il y a une dérive qui s’est installée, à Uccle comme ailleurs. Tout ne vient pas en un jour ; c’est insidieux, c’est progressif, et quand on s’en rend compte, soit on s’est habitué à un environnement dont on ne perçoit même plus la laideur, soit on se dit qu’il est trop tard. Et d’ailleurs les petites rentrées financières sont à prendre en considération… !

Tout comme pour l’aspect de sécurité routière, nous demandons à l’autorité communale de reconsidérer la question, de cadrer la publicité et les enseignes en ne les laissant pas accaparer l’espace public.

C- MARCHANDISATION DE L’ESPACE PUBLIC

Tout ceci indépendamment d’une autre considération, d’un type plus moral : la marchandisation de notre paysage urbain. L’affichage publicitaire – nous ne visons pas ici les enseignes fixées sur la devanture des magasins – est une forme de harcèlement particulièrement intolérable dans l’espace public puisqu’on ne peut y échapper.

On peut d’ailleurs se demander si toutes ces affiches bénéficient d’une autorisation. L’objectif d’un tel affichage n’est pas d’informer le public sur tel ou tel commerce mais de rendre un produit enviable, de le rendre indispensable, de nous dire « consommez – consommez ».

Cette publicité est partout présente : à la télévision, dans les journaux, dans nos boîtes aux lettres, sur l’internet, … On est tellement habitué à ce matraquage qu’on ne s’en rend même plus compte. Cette marchandisation de l’espace public est relativement récente et montre à quel point nous sommes de plus en plus soumis au diktat du commerce. Alors si le pouvoir politique n’y met pas un frein …

Denys Ryelandt

8 avril 2016