Focus sur quartiers : « Uccle n’est pas un long fleuve tranquille »

Article paru dans La Lettre aux Habitants n°79, mars 2014

« Uccle n’est pas un long fleuve tranquille » : quel étrange adage… Certains d’entre nous pourront faire l’analogie avec le film d’Etienne Chatiliez, sorti dans le courant des années 80, où la famille Groseille croise le destin des Le Quesnoy dans un cocasse chassé-croisé.

Pourtant le 23 août 2011 rien ne fut comique dans les vallées uccloises : ce matin-là un violent orage démontra que nous allions payer un très lourd tribut à l’incohérence de l’aménagement du territoire de notre Commune depuis des décennies. Des trombes d’eau déferlèrent des coteaux du Geleytsbeek, de l’Ukkelbeek et du Linkebeek (alias le Verrewinkelbeek) pour semer en quelques minutes la désolation dans des centaines de foyers situés en aval. Sur le moment, nos autorités qualifièrent les circonstances « d’exceptionnelles » alors que les riverains touchés par ces inondations à répétition ne trouvaient d’exceptionnel que leur sentiment d’être laissés une nouvelle fois à l’abandon face à la violence des éléments et au déni des responsabilités…

C’est sur cette douloureuse réalité qu’est née l’association « Uccle n’est Pas un long Fleuve Tranquille  » (en abrégé U.P.F.T.).

Le 20 mai 2012, les pieds dans l’eau, si pas plus …

Quelques semaines plus tard, notre première action fut de signifier à nos édiles communaux que la colère grondait dans les vallées uccloises sinistrées, et que nous voulions voir nos responsables mettre en priorité absolue ce dossier. Ce jour là, des citoyens en colère ont défilé dans les rues animées par la traditionnelle foire aux bestiaux, en brandissant symboliquement seaux, torchons, raclettes et autres slogans railleurs, alors que le monde politique défilait … Ce fut l’une des formules irrévérencieuses écrite sur l’un de nos calicots qui fut choisie comme dénomination de ce collectif naissant. Ce choix incarnait à la fois l’importance du dossier à résoudre et la nonchalance désolante avec laquelle on avait historiquement géré cette problématique.

UPFT a pris une place remarquée dans les débats sur les dossiers hydrologiques ouverts à Uccle ; que ce soit, par exemple, par une interpellation citoyenne lors d’une séance du Conseil communal, ou à l’occasion de séances de la Commission de Concertation où nous avons porté nos griefs et arguments. Notre prise de parole a été ferme et peu encline à se satisfaire de réponses évasives et lénifiantes. Non pas qu’être conciliant puisse nous indisposer, mais parce que notre association demandait avec force qu’il soit reconnu au préalable :

  • Que les habitants des vallées uccloises n’étaient pas responsables des dégâts subits juste parce qu’ils avaient fait un choix personnel d’habiter dans une zone sensible ;
  • Que des erreurs historiques lourdes de conséquences avaient été commises et qu’elles engageaient les mandataires actuels à rectifier les approches habituelles fournies en termes de résolution des problèmes constatés ;
  • Qu’il fallait écouter et prendre en considération les avis émis par les citoyens et associations qui connaissaient le dossier de par leur expérience du terrain. Nous prônions, à cet égard, d’entendre les mises en garde et recommandations émises de longue date par l’ACQU.
  • Que la résolution structurelle de la problématique des inondations était un dossier prioritaire à Uccle et que, par conséquence, une réflexion globale sur la manière d’aménagement du territoire ucclois soit mise au débat.

Tout cela a-t-il été rencontré ? Pas encore assez ; mais des avancées ont été perçues. Citons la modification du PPAS n° 55 St Job / Benaerts votée lors du conseil communal du 29 novembre 2012 et dont l’extrait suivant indique clairement une évolution sensible des mentalités :

« Considérant que le quartier subit d’importantes inondations dues à des orages dont le caractère, jusqu’à peu qualifié d’exceptionnel, devient récurrent, et dont l’intensité de la violence a tendance à augmenter... … et que ses habitants subissent ces inondations… »

Le 17 septembre 2011, à la Foire de St Job, des habitants font savoir aux autorités communales qu’ils ont perdu confiance ; pourvu qu’elle revienne !

« Uccle n’est Pas un long Fleuve Tranquille » pense que notre travail incessant pour la reconnaissance des enjeux liés aux problèmes des inondations à répétition à Uccle a participé à la prise de conscience incontestable, formelle et officielle, indiquée par l’extrait ci-dessus.

Lors de la même séance, la construction d’un « bassin d’orage » sur le terrain situé entre la rue Jean Benaets et la chaussée de Saint Job fut votée à l’unanimité. Force est de reconnaître qu’ici encore la Commune prenait une bonne décision.

Approuvons aussi le projet de création de noues le long de la chaussée de St Job.

Et au moment où nous écrivons, signalons le projet de construction d’un énorme collecteur – réservoir sous le bas des avenues De Fré et Brugmann, la rue de Stalle et le square des Héros. La Commune commence donc à diversifier et à « localiser » les stratégies pour rejoindre ce principe fondamental selon lequel les eaux pluviales doivent être retenues et valorisées là où elles tombent plutôt que de les évacuer loin en aval avec des conséquences répétitives catastrophiques.

Si l’on se réjouit de ces avancées, nous savons aussi que les « Ucclois inondables » n’ont que peu de raisons d’être rassurés sur leur sort, et qu’un énorme travail sur le terrain et dans le changement des mentalités reste à réaliser.

Chacun, individuellement, devra prendre ses responsabilités pour limiter son impact personnel sur l’environnement et son apport d’eau dans les vallées uccloises lors des orages dévastateurs.

Cela ne se réalisera qu’avec une volonté politique assumée et obstinée de réaliser des approches novatrices.

A cette condition, les travaux de type engineering annoncés pour tenter de juguler les inondations pourront aider à la résolution de cette problématique. Il est surtout devenu impératif de repenser fondamentalement l’analyse des demandes de permis de bâtir ou de lotir en mettant au tout premier plan l’intérêt commun et la sécurité des biens et des habitants menacés d’inondations.

UPFT reste donc nécessaire et mobilisé.

En avril 2013, « Uccle n’est Pas un long Fleuve Tranquille  » a rejoint l’Association de Comités de Quartier Ucclois. C’est un fait important qui s’inscrit dans une évolution logique et liée à la qualité historique de l’engagement de l’ACQU qui, de longue date, a créé un maillage associatif dynamique à Uccle.

La légitimité des différents comités de quartier appelle naturellement notre adhésion à ce formidable élan pour une citoyenneté participative.

Le plaidoyer pour une ville « eau admise » publié dans la Lettre aux habitants n°74 a achevé de nous convaincre de rejoindre l’ACQU puisque ce dossier remarquable définit les causes du problème et surtout propose bon nombre de solutions structurelles appelées de nos voeux.

UPFT se réjouit qu’un document d’une telle qualité existe et gage qu’il devra éclairer chacune des futures prises de décision de nos responsables communaux. Nous n’aurons de cesse que de nous y référer tout au long de nos prochaines interventions.

UPFT relaye et approuve l’appel lancé lors de la dernière assemblée générale de l’ACQU, demandant de regrouper les positions locales pour revendiquer collectivement un aménagement du territoire créatif et novateur ayant comme seule priorité la qualité de la vie dans notre Commune.

Si cet article vous a donné envie de soutenir ce challenge, rejoignez-nous  ! Nous avons besoin de vous pour construire les fondations citoyennes et pugnaces nécessaires à la mutation en profondeur des logiques navrantes qui ont fait d’Uccle, sous les orages, un long fleuve tranquille…

Bertrand CHARLIER

Contact : 317 chaussée de Saint Job Charlier.bertrand@skynet.be Tel. 02 374 90 27

Le 17 septembre 2011, à la Foire de St Job Bertrand Charlier est en 1ère ligne !