LA PROTECTION DES ZONES VERTES

Extrait de La Lettre aux Habitants n°77, septembre 2013

1. L’ENJEU DES PLANS RÉGLEMENTAIRES

Suite à l’abandon des projets autoroutiers au sud de Bruxelles, s’ensuivit une solide mobilisation citoyenne visant à assurer la protection juridique des « morceaux de campagne » dès lors miraculeusement préservés. Ce deuxième long combat ne fut pas vain puisque de nombreux espaces verts ucclois furent préservés en 2001 par l’adoption du Plan Régional d’Affectation du Sol (PRAS).

Notons que le PRAS restait (et reste toujours) un outil de planification relativement malaisé à mettre en oeuvre à la taille d’un quartier. Seuls des Plans Particuliers d’Affectation du Sol (PPAS) permettaient (et permettent toujours) à une commune de réellement maîtriser l’aménagement de l’intérieur d’un périmètre spécifique de son territoire (gabarits, densité, implantations, matériaux, voiries, espaces verts, etc.). C’est ainsi que suite à l’abandon du projet autoroutier à la fin des années 1970, le pouvoir communal décida d’abroger certains PPAS ou d’en adopter des nouveaux.


2. LE COMBAT CONTINUE

On comprendra aisément que tant l’abrogation des PPAS que l’adoption du PRAS furent pour les riverains, les pouvoirs publics et les promoteurs immobiliers des enjeux très importants.

Si l’adoption du PRAS permit d’assurer juridique-ment la protection d’une grande partie des espaces verts issus du « non-ring », dans d’autres cas, c’est la pression en faveur de l’urbanisation qui prit le des-sus. Aujourd’hui encore de nombreux hectares de prairies et de bois demeurent menacés ; les arbres du plateau Engeland ont été abattus ce printemps 2013 en vue d’y préparer la construction de 299 logements alors que des recours judiciaires sont toujours en cours ; le plateau Avijl se verra rogner son pourtour au profit de 200 logements à l’initiative de la commune d’Uccle, le maintien de l’intégrité des magnifiques terrains de l’ex Institut Pasteur reste très hypothétique. Ainsi le combat continue…

A première vue cette concentration en espaces verts au sein d’une commune favorisée pourrait paraitre un luxe déplacé. Aussi est-il bon d’expliquer pour-quoi il faut, selon nous, combattre la spéculation et les projets d’urbanisation des terrains issus du « non-ring ».

Au moins quatre bonnes raisons expliquent notre point de vue :

Image ci dessus : Extrait du Plan Régional d’Affectation du Sol (PRAS) Les zones qui ont été définies comme « vertes » au PRAS l’ont été selon les desiderata et les forces en puissance du moment. C’est suite à des intérêts particuliers que les terrains numérotés 1 (terrain de l’Etat) et 2 (ING) sur le plan n’ont pas bénéficié d’une mesure de protection non-aedificandi alors qu’en réalité il s’agissait, tout comme les terrains voisins, également de vastes étendues de prairies, de bocages ou de bois.


3. CONCLUSION : Des lotissements de standing plutôt qu’un espace vert ? Beaucoup de désavantages pour très peu de bénéficiaires.

Considérant les quatre arguments développés précédemment, il va de soi que la production de nouvelles cités dortoirs est à proscrire fermement à Uccle surtout si elles sont projetées sur un terrain à haute valeur biologique et éloigné de toute desserte efficace par les transports en commun.

Hormis les bénéfices escomptés par les propriétaires fonciers et les promoteurs immobiliers, hormis les intérêts limités que pourrait en tirer le trésor communal, force est de reconnaître que la création de nouveaux quartiers péri-urbains ne répond générale-ment pas au besoin en logements à prix abordable mais constitue au surplus une réelle charge collective.

La sauvegarde des espaces verts ucclois ne doit donc pas être considérée comme un caprice ou un luxe déplacé mais comme une nécessité sanitaire, écologique et urbanistique.

C’est à juste titre que l’administration régionale privilégie aujourd’hui la création d’espaces verts au centre-ville. En effet, certains quartiers centraux densément peuplés tels que les abords de la gare du Midi, manquent cruellement de zones de parc. Il n’y a toutefois aucune raison que cette politique axée sur le centre-ville empêche également le maintien des grands espaces verts de deuxième couronne. Ces deux politiques ont des portées différentes qui méritent d’être considérées comme complémentaires dans le cadre d’une politique de gestion générale et équilibrée de la Région Bruxelloise.

De plus - ne le sous-estimons pas - ces « morceaux de campagne », situés à Uccle et pas tellement éloignés des quartiers fortement urbanisés, profitent à bien plus de personnes qu’aux seuls Ucclois, que ce soit en tant que poumons verts ou zones de délassements. Les potagers installés au Keyenbempt ne sont-ils pas, par exemple, en grande partie cultivés par des St-Gillois ?


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