Charte Programme de l’ACQU

Principes généraux pour un aménagement de qualité

1. Introduction

Le présent texte -édition réactualisée du document original de 1974- est un document de base qui unit nos comités de quartier et donne la cohérence indispensable à leurs actions. Le concept d’environnement utilisé ici n’est pas limité à la protection de la nature, mais recouvre aussi habitat, aménagement du territoire, environnement urbain, espaces naturels, transports, patrimoine, pollutions, mécanismes institutionnels, sécurité des biens et des personnes, etc. Sa sphère d’intérêt et d’action déborde donc largement d’Uccle. Les habitants se doivent d’être conscients de leurs responsabilités collectives en ces domaines. Il convient qu’ils aient les moyens de contrôle et leur mot à dire sur la gestion de leur ville, pour le bien-être de tous. L’action de l’ACQU pour une meilleure qualité de vie se développe avec celle d’Inter-Environnement Bruxelles.

Nous avons constaté que trop souvent, sur des sujets relatifs à notre cadre de vie, le système démocratique, en ses rouages administratifs et politiques, ne fonctionne pas parfaitement, laissant trop de questions sans réponse réelle.

Notre objectif s’inscrit dans la volonté d’informer les citoyens sur ce qui se fait, notamment à Uccle, au point de vue de l’environnement au sens large, sur les projets en cours, sur ce qui n’a pas eu lieu comme cela eût dû l’être. Ceci étant dit, les comités de quartier œuvrent dans la même direction que les autorités communales dès lors que c’est le bien commun qui est recherché ; et ce, dans un esprit d’équité et en s’efforçant d’éviter que, sauf cas de force majeure, soient prises des décisions qui auraient pour conséquences de reporter chez le voisin ce qu’on ne veut pas chez soi. Les comités de quartier ne doivent donc pas être considérés comme des groupements de citoyens systématiquement contre ce qui se fait.

De fait, les idées que nous défendons, depuis 1978 ­ et même avant ­ sont largement reçues et, pour certaines, plus ou moins bien intégrées dans les doctrines des différents partis. Tant mieux ! Mais nous nous heurtons souvent à des difficultés pour développer un débat d’idées qui soit libre des contraintes et compromis électoraux liés au court terme. Cette réalité hypothèque la recherche de perspectives d’avenir. Nous n’en continuerons pas moins à tenter d’éveiller encore et toujours les consciences citoyennes contre la dangereuse apathie, fossoyeuse de la démocratie.

Les nombreuses luttes que nous avons menées à Bruxelles et, en particulier, à Uccle (urbanisme, transports en commun, circulation routière, Saint-Job, Kinsendael, Kauwberg, hiérarchisation des voiries en zones d’habitat, etc.) nous ont permis d’accumuler une riche expérience sur le fonctionnement des différents rouages de notre société. Notre vœu est que la politique redevienne l’art du possible et permette de rendre à la cité une qualité de vie correcte.

L’ACQU contribue aussi à la sauvegarde de cet environnement en étudiant les projets mis à enquête publique sur tous sujets relatifs aux paragraphes 2 à 6 ci-après. Elle propose, le cas échéant, des solutions de rechange et introduit si nécessaire des recours au Conseil d’État et devant les juridictions ordinaires. Elle informe et cherche à sensibiliser sur tout ce qui la motive tant le monde politique que les citoyens.

2. Urbanisme, aménagement du territoire, habitat

Tout en ayant à l’esprit les problèmes de fond de la Région bruxelloise, l’ACQU se préoccupe surtout des incidences de l’aménagement du territoire de la commune sur la vie locale et quotidienne des Ucclois. Elle s’efforce de promouvoir un « urbanisme à visage humain », répondant le mieux possible aux besoins et aspirations de tous dans une ville de qualité et dans une perspective de long terme. Les espaces publics, notamment les places et trottoirs, doivent avoir un aspect accueillant et convivial ; donc être propres et remis en état quand il le faut.

Nous revendiquons, en particulier :

- un habitat assez diversifié pour permettre à tous, notamment les jeunes, de se loger correctement et à des prix abordables ;

- la préservation du caractère résidentiel ­ et éventuellement spécifique ­ des quartiers d’habitation ;

- chaque fois que possible, la rénovation des immeubles existants, la réhabilitation des quartiers anciens pour y maintenir de l’habitat, et la réoccupation des logements désaffectés ;

- la création de logements tant moyens que sociaux sur les terrains disponibles dont la Commune est propriétaire ;

- la lutte contre le pourrissement spéculatif immobilier ;

- la taxation effective des logements abandonnés, une fois leur inventaire établi par la Commune ;

- le refus de la transformation clandestine de logements en bureaux ;

- l’opposition à l’implantation de nouvelles grandes surfaces commerciales ;

- le refus d’industries polluantes et/ou bruyantes près des habitations.

3. Déplacements

Toute personne vit d’échanges, de rencontres, d’activités en commun, ce qui favorise son épanouissement. Pour assurer ces échanges, il faut notamment promouvoir des moyens de déplacement faciles et économiques tout en agissant pour modérer l’emploi de la voiture individuelle, entre autres grâce à une prise de conscience des utilisateurs, qui devraient s’efforcer de ne l’utiliser qu’à bon escient. Ceci implique une promotion volontariste des transports en commun, ainsi que du vélo et de la marche. En outre, des plans de déplacements sont à mettre en œuvre, respectivement, par la Commune, les entreprises, les écoles et les hôpitaux, faisant équitablement place aux piétons, aux vélos et aux transports en commun.

Vu l’importance du sujet, chaque commune de la Région devrait donc avoir un échevin ayant spécifiquement les déplacements dans ses compétences.

a) Circulation douce

Piétons :

Il faut pour eux plus d’égards et de sécurité. Leurs déplacements doivent être facilités ; entre autres, par :

- une action répressive contre le stationnement automobile illicite ;

- des trottoirs gardés propres par les riverains, et maintenus en bon état, dégagés et praticables par la Commune ou la Région (suivant le cas), avec pénalisation des riverains, des piétons et/ou des sociétés « impétrantes » (CIBE, BELGACOM, etc.) qui montrent de la négligence à cet égard ;

- la multiplication des passages-piétons, dont le marquage doit être permanent et qui disposent, sur les artères importantes, de feux lumineux à commande manuelle ;

- dans toutes les zones d’habitat, la nette réduction de la vitesse des autos et « deux roues » motorisés (voir § c) ci-après), ainsi que du volume de leur trafic ;

- une augmentation du nombre de piétonniers, où sont éventuellement admis les transports publics, dans les zones commerçantes ;

- et enfin, grâce à la présence effective d’agents de police de proximité dans les quartiers.

Cyclistes :

Il s’impose, notamment, de :

- réduire les risques que le trafic motorisé (et sa vitesse) leur fait courir, en veillant à un aménagement approprié et à l’entretien de la voirie ;

- créer et baliser des pistes et itinéraires cyclables autant que possible séparés du trafic (partie de trottoirs larges, de chemins communaux, etc.) ; en assurer un nettoyage et un entretien réguliers ;

- mieux adapter le Code de la route aux cyclistes et le faire respecter par la police ;

- généraliser les SUL (Sens Uniques Limités) ;

- multiplier les parkings pour vélos, équipés de points d’attache, aux centres commerciaux, de communication, sportifs, culturels, etc.

- multiplier les sas pour vélos à hauteur des feux de signalisation.

b) Circulation des transports en commun

Ceux-ci doivent être privilégiés, car ils constituent, selon nous, la principale alternative au trafic routier. Ils doivent être : réguliers, fréquents (avec un service suffisant le soir et le week-end), d’un confort nettement accru, aisément accessibles (inclus pour les personnes moins valides, voire en fauteuil roulant), à tarifs modiques, desservant tous les quartiers, de préférence en surface et en site propre, prioritaires, beaucoup moins bruyants et aussi, pour les bus, moins polluants. Des liaisons par minibus de rabattage, fréquents, doivent être instaurées dans les quartiers où les lignes de transports publics font défaut.

Par contre, l’ACQU exprime sa nette réticence à propos d’éventuelles extensions du métro, lesquelles, vu leur coût prohibitif au km de ligne, hypothéqueraient pour longtemps les investissements, indispensables et urgents, à consacrer au réseau des transports de surface. Par ailleurs, rappelons qu’un métro n’est financièrement rentable que dans les villes d’au moins quatre millions d’habitants. Une bonne coordination des services et une harmonisation tarifaire doivent être instaurées entre les sociétés STIB, TEC, De Lijn et SNCB en Région de Bruxelles-Capitale.

c) Circulation automobile

Sans être opposée à l’usage rationnel de la voiture, l’ACQU s’élève avec force contre les nuisances qu’elle engendre : source de mortalité humaine sur les voiries de nos villes, leurs trottoirs et dans les bâtiments qui en sont riverains ou proches. Ces nuisances sont dues non seulement aux accidents, mais surtout aux effets, à court, moyen et long termes, des pollutions et du bruit sur la santé de toutes les personnes qui y sont soumises. En outre, ce type de circulation entraîne un grand gaspillage d’énergie et d’espaces. La pression automobile doit être fortement réduite partout.

S’imposent donc :

- l’abandon de tous projets destinés à « fluidifier » le trafic automobile (et qui n’ont d’autre effet que de l’augmenter) ;

- le refus d’encourager la navette automobile domicile-travail et domicile-école ;

- l’abandon définitif de tout programme autoroutier ;

- une nette réduction du gabarit des véhicules commerciaux circulant en ville ; avec des solutions spécifiques concernant les livraisons de marchandises ;

- la concrétisation des « zones 30 km/h » prévues dans la version octobre 2001 du projet de PRD (Plan Régional de Développement), en donnant la priorité des réalisations, d’une part, à celles passant devant les écoles et hôpitaux, d’autre part, à celles correspondant aux ICR (Itinéraires Cyclables Régionaux) ;

- des mesures visant à réduire, de fait, à 50 km/h au maximum la vitesse des véhicules motorisés sur toutes les voiries métropolitaines, principales et inter-quartiers, grâce à des radars et à tous aménagements idoines à cet égard ;

- l’application stricte de la réglementation existante sur le stationnement automobile et la réduction progressive d’offre de celui-ci, tant en voirie que hors voirie ;

- des aménagements de nature à décourager le trafic de transit ;

- des incitants au covoiturage.

4. Patrimoine

L’être humain ne peut vivre déraciné de son passé. Le patrimoine commun d’ordre naturel, culturel et historique, notamment celui classé et/ou repris dans la « liste de sauvegarde », doit être protégé et entretenu.

L’ACQU demande que soit établi un inventaire des monuments et édifices anciens et modernes qui doivent être conservés et préservés en raison de leurs qualités architecturales ou du rôle qu’ils jouent ou ont joué dans l’histoire d’Uccle, ou encore en raison de la place qu’ils tiennent dans l’équilibre urbain.

Il est indispensable de faire connaître le patrimoine architectural de la commune aux habitants (pour quils le respectent) et de les sensibiliser à cette richesse. Ceci peut se faire par des brochures, promenades, journées du patrimoine, etc. C’est valable pour les bâtiments, les maisons typiques de différentes époques du point de vue de l’architecture (exemple : le Bloemenwerf), mais aussi les ensembles (exemple : le square Coghen), le cimetière du Dieweg, les carrés, les ruelles, le petit patrimoine.

5. Espaces verts et bleus

La nature est le milieu originel de la vie. Elle conditionne notre équilibre psychique et physique. La végétation, par son action de régulation hydrique et d’absorption des bruits et des poussières, est un palliatif à la pollution urbaine.

Les espaces verts, publics et privés, doivent donc être préservés. Ils assurent aux générations présentes et futures les indispensables réserves d’oxygène, ainsi que des lieux de calme et de détente.

Le tout n’est pas uniquement de classer les espaces verts. Le rôle de l’ACQU est aussi de sensibiliser les pouvoirs publics et les propriétaires privés à la nécessité de bien les gérer en fonction de leurs spécificités et de leur intérêt du point de vue biologique.

Quant à l’eau, un bien commun de l’humanité, elle revêt une extrême importance. Aussi, doit-elle être épurée (nécessité des stations d’épuration) et ne peut-elle être gaspillée (une notion d’économie à inculquer dès le plus jeune âge).

Nous demandons que les ruisseaux soient remis en surface et que les eaux de pluie soient séparées des eaux usées et dirigées vers les ruisseaux et étangs

6. Pollutions et nuisances

Celles qui sont dues à la circulation automobile ne sont pas les seules. Les industries doivent recourir de plus en plus aux technologies propres, produire des objets de consommation réparables, faibles consommateurs d’énergie et récupérables. Des règles sévères doivent être appliquées aux entreprises polluantes. Les particuliers, eux, doivent être encouragés à adopter des comportements écologiques, notamment, en évitant tous gaspillages, en participant aux collectes sélectives de déchets (y compris petits déchets chimiques et piles) et en compostant si possible ceux qui peuvent l’être.

Il convient d’appliquer le principe du « pollueur-payeur » et de promouvoir les énergies renouvelables, ainsi que la maîtrise de l’énergie.

Concernant la pollution de l’air et le bruit, premières des nuisances en milieu urbain, les règlements existants doivent être strictement appliqués et les plaintes prises en compte.

En ce qui concerne la pollution atmosphérique, il conviendrait que l’IBGE (Institut Bruxellois de Gestion de l’Environnement) puisse vérifier régulièrement les installations de chauffage (tant des habitations privées que des bâtiments publics). Il devrait en être de même concernant des contrôles volants à effectuer par coups de sonde pour les véhicules automobiles (voitures, camions, et « deux roues » motorisés) et les entreprises industrielles.

Les recours et pressions politiques doivent être poursuivis pour faire renoncer aux projets d’industries polluantes, quels qu’ils soient.

Les herbicides et pesticides contaminent les nappes phréatiques (d’où les nitrates dans notre eau potable !). Interdits par un arrêté de la Région bruxelloise du 12.7.90 pour les lieux publics, il faut que cette interdiction soit effectivement respectée et qu’elle soit étendue aux lieux privés (jardins, etc.).

La prolifération des pigeons et des chats sauvages, vecteurs de maladies, doit être limitée médicalement.

Quant aux chiens, qui souillent trottoirs et pelouses des parcs publics (où jouent les enfants !), il faut avoir le courage de sévir contre leurs propriétaires qui ne les éduquent pas.

Les « tags » enfin, qui dégradent les immeubles et dévalorisent les quartiers, doivent être combattus par la Commune. En outre, celle-ci doit mettre d’urgence sur pied des équipes de nettoyage tant à son profit qu’à la disposition des particuliers.

Bref, la préservation de l’environnement et de la santé doit être une priorité et être l’affaire de tous.

7. Nécessité d’éducation des jeunes et d’information du public

« Penser globalement, agir localement », a dit René DUBOS. En effet, de la planète à la ville, puis au quartier, tout se tient !

La détérioration croissante de notre environnement est le fruit d’une méconnaissance des effets pervers qu’entraîne la libéralisation des marchés. Cette « mondialisation » économique, quasi exclusivement conçue jusqu’à présent pour ses seuls intérêts financiers, est donc lacunaire. S’il n’en est pas pris conscience et si ne sont pas davantage pris en compte le social (avec, entre autres, les problèmes de logement, vu leur coût devenu prohibitif), la santé publique, le climat, et aussi une indispensable démarche d’éducation à la solidarité envers les exclus du « système » partout dans le monde, alors la précarité de vie s’aggravera, notre air deviendra irrespirable, notre eau imbuvable et notre terre peu à peu invivable.

Dans l’optique du développement durable, l’ACQU demande de prévoir au programme scolaire un cours sur la sauvegarde de l’environnement sous ses différents aspects. Elle poursuivra quant à elle son rôle de prise de conscience du public et d’éducation permanente des citoyens pour que son cadre de vie ne soit pas détérioré davantage. Elle fera en sorte que les principes généraux énoncés ci-dessus soient diffusés largement par le biais de son trimestriel, la « Lettre aux habitants », et sur son site internet http://www.acqu.be .

8. Écoute des citoyens

Enfin, le principe de la « démocratie participative » doit devenir une réalité. Aussi, demandons-nous à nos Autorités, à tous les niveaux, une meilleure écoute et prise en compte des requêtes exprimées par les citoyens en matière d’environnement (pris au sens large).

Un paragraphe du projet de PRD (Plan Régional de Développement) de fin 2001 est éloquent à cet égard, bien qu’il ne concerne ‹ curieusement ‹ que la seule "Priorité 4" sur la rénovation urbaine. Sous le titre "Les mécanismes de participation des habitants », on y lit :

« Le développement local repose sur une mobilisation de tous les acteurs :

- le secteur public ;

- le secteur privé ;

- le secteur associatif et les habitants.

La participation active des habitants est un principe essentiel de la démarche intégrée de développement local. Il s’agit bien de l’encourager afin que les habitants deviennent de véritables acteurs du développement urbain. La Région et particulièrement les pouvoirs locaux veilleront à les associer à la mise en œuvre du projet.

La participation a pour objectif de lutter contre les logiques d’assistanat (où les habitants sont exclus des circuits de décision parce que considérés comme passifs) en formant notamment les habitants à la gestion de leur commune, à l’élaboration et à la mise en œuvre du projet afin qu’ils deviennent des citoyens actifs. Les habitants doivent être les acteurs à part entière sur la scène locale. »

C’est précisément ce que nous demandons pour tous les domaines développés dans la présente charte.

" Celui qui a compris
et qui jamais n’agit
n’a, en fait, rien compris ! "

Note : la première édition de la charte date du 12 février 1974.
Elle a été revue en février 1991 et en mars 2002.
Sa version actuelle a été approuvée par l’A.G. du 20/3/2002.