Calevoet - une gare en sursis

Article paru dans la Lettre aux habitants n° 69, septembre 2011.


Cet été, de nombreux Ucclois ont découvert dans leur boîte aux lettres un tract intitulé « Sauvons la gare d’Uccle – Calevoet », qui émane de deux mandataires politiques. Va-t-on fermer cette gare ? Pas du tout. Le plan de la SNCB prévoit la suppression de tout agent dans la gare. Il n’y aura donc plus de guichet ouvert.

Profitons de l’occasion pour infor- mer correctement nos lecteurs. Pour ce faire, nous avons interviewé le dernier « chef de gare » et voici ce que cela donne :

Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un guichet « temporaire » à Uccle-Calevoet, après l’incendie en 2003 des deux guichets d’origine et leur non remise en état. L’incendie a aussi fait perdre de nombreux souvenirs de la gare. En effet, l’employé, le même qu’aujourd’hui, avait apporté un album contenant les documents et les photos anciennes que lui avaient confiés des anciens des chemins de fer. Toujours derrière la vitre du guichet pour quelques mois, Paul Lamon, un Ucclois de souche, a travaillé successivement aux gares d’Uccle-Calevoet, Court-Saint-Etienne, Uccle-Stalle avant de revenir à Uccle-Calevoet en 1984. Il connaît donc bien la gare célèbre pour ses deux guichets alors que Stalle n’en avait qu’un.

Pourquoi jadis deux guichets à Calevoet ?

Parce que l’activité y était intense : contrairement à Uccle-Stalle, la gare d’Uccle-Calevoet ne se limitait pas à délivrer des billets mais avait aussi pour mission de payer les pensions des anciens employés des chemins de fer à une époque où les versements sur comptes bancaires n’étaient pas pratique courante. Le second guichet servait aussi pour les paie- ments d’envois de colis par chemin de fer. Le transport de colis par chemin de fer a été la règle jusqu’au début des années quatre-vingt : des palettes entières transitaient par la gare. Elle disposait aussi d’un troisième quai pour le déchargement de divers matériaux de construction. Aujourd’hui ce sont des dizaines de camions et camionnettes qui remplacent ce service ... avec une autre empreinte écologique à la clef !

De même, la délivrance de titres de transport au guichet diminue alors que le nombre de voyageurs augmente. En effet aujourd’hui, on peut prendre le train avec sa carte de tram ; la carte train devient une carte mobib qui se recharge en dehors des gares ; les billets peuvent aussi s’acquérir chez soi, via internet. Il reste ainsi de moins en moins de raisons de se rendre au guichet et le nombre de transactions impliquant du personnel diminue inexorablement.

Pour qui travaille le “chef de gare“ : SNCB HOLDING, INFRABEL, SNCB ?

Depuis la scission des chemins de fer en trois sociétés, la SNCB est elle même subdivisée en départements autonomes avec un budget et une direction propre (voyageurs, entretien, bâtiments, etc.). Chaque département a l’art de reporter la charge financière sur le voisin chaque fois que possible.

Ainsi, notre employé de Calevoet est payé par “voyageur”, mais lorsqu’il nettoie un tag, repeint une porte, donne un coup de balai, arrose les fleurs, etc..., il travaille pour un autre département que celui qui le paie. Lorsque la SNCB “voyageur” évalue sa « productivité », elle ne tient compte que de la vente des titres de transport : moins de 100 par jour. Trop peu pour ce que le personnel lui coûte.

L’ACQU est attentive à la qualité des transports publics et à la mobilité.

Au travers de l’écran, le service financier fait fi des autres activités de notre homme. La présence humaine dans la gare depuis tôt le matin (les guichets ouvrent de 5 h.45 à 13 h.) est un élément de sécurité et prémunit contre vandalisme dans la salle d’attente. A la question des tags, par exemple, l’homme nous répond : « Avez- vous déjà pris le tunnel interne à la gare et reliant les deux quais ? Vous n’avez pas la place pour y écrire votre nom tant les inscriptions diverses sont nombreuses ». Imaginons ce que deviendra la salle d’attente après son départ, en l’absence de toute présence humaine ? Qui accompagnera et aidera les personnes handicapées ? Qui donnera les renseignements divers qui, paradoxalement, sont de plus en plus nombreux avec l’arrivée de nouveaux voyageurs connaissant mal le rail, qui ne savent pas que les trains roulent à gauche et donc quel quai choisir ? La gare de Calevoet ne dispose d’aucun pictogramme ou information indiquant sur quel quai vous êtes, quelles sont les correspondances possibles. Bravo l’intermodalité !

Ajoutons un argument de poids pour le maintien d’une présence humaine à la gare de Calevoet. Nous devons tous nous préoccuper sérieusement de l’avenir de Bruxelles et de ses transports en commun étant donné que l’usage de la voiture crée une congestion intolérable. Nous devons impérativement promouvoir une autre façon de voir le fonctionnement de la Ville, qui privilégie enfin l’efficacité du Service public au service du bien commun, de l’urbanité, de la vie sociale, de la santé de la population. Cette perspective sociétale est mise à mal par des considérations de management discutables car ne tenant pas compte de certaines dimensions sociales de notre avenir et de notre environnement. En réalité, la gare de Calevoet prendra une nouvelle importance quand on songe à l’accroissement considérable d’habitants dans cette zone. Il serait tout simplement irresponsable de ne pas tenir compte de cette évolution. La gare de Calevoet a un avenir prometteur qui n’est pas encore suffisamment perçu par de nombreuses personnalités politiques. Notre avenir, face à la congestion paralysante qui nous envahit quotidiennement, mérite une autre perspective pour cette gare finalement beaucoup plus prometteuse qu’on ne le croit.

Terminons en revenant au tract. Qu’en penser ?

Nous déplorons qu’il entretienne un flou inacceptable et constitue même une désinformation qui induit ses lecteurs en erreur. En effet, il y est dit explicitement que la SNCB va fermer cette gare, alors que la suppression envisagée est celle du guichet et du préposé. C’est à se demander si ce tract ne tient pas plus de la publicité électorale (les élections de 2012 approchent) que de l’information correcte...

septembre 2011