Bourdon-Calevoet : un quartier sous pression !

Entre le 28 septembre 2009 et le 9 novembre 2009, 3 projets immobiliers d’envergures ont été mis à l’enquête publique. L’ampleur de ces projets est illustratif du visage que pourrait potentiellement prendre le quartier Bourdon-Calevoet si les modalités de son devenir était laissées aux seules mains des opérateurs privés et publics.

Sur la plaine du Bourdon proprement dite (reprise au Plan Régional d’Affectation du Sol (PRAS) en zone de forte mixité), deux complexes immobiliers ont été projetés. Pour rappel, une zone verte y est également destinée à accueillir un tronçon de la promenade verte afin de relier les zones vertes, situées de part et d’autre du Bourdon, en l’occurrence, le Kinsendael et le Keyenbempt. Par ailleurs, dans le cadre du Maillage Bleu, le ruisseau Geleytsbeek y retrouvera un lit à ciel ouvert. Ce chantier devrait débuter au printemps prochain.

1° Projet privé Immo Saint-Job/ Château d’or sur la plaine du Bourdon.

Les propriétaires du terrain, ont introduit pour la deuxième fois, un vaste projet d’urbanisation pour 102 logements, une maison de retraite et de soins de 150 lits, une crèche, des bureaux sur 1024m2 et 826 m2 pour des activités productives.

Un sous-sol prévoit les locaux techniques et un vaste parking de 155 emplacements. Bien que le nombre de logements soit passé de 126 à 102 et que le gabarit de certains immeubles ait été réduit, le projet reste semblable dans sa conception à celui qui avait reçu un avis défavorable de la commission de concertation de septembre 2008, notamment pour sa densité et son imperméabilisation excessive dans une situation de bas de vallée.

La commission de concertation du 4 novembre 2009 a réclamé au promoteur de faire réaliser une étude hydrologique approfondie afin de connaître l’impact que pourraient avoir les constructions et l’imperméabilisation ( 82 % de la superficie du terrain) projetées, sur la gestion des eaux et les inondations récurrentes dans ce fond de vallée. Rappelons que la situation de la plaine du Bourdon est délicate à ce niveau. La nappe phréatique y est à faible profondeur.

L’avis remis par la Commission de concertation le 02 décembre 2009 est favorable. Il est néanmoins assorti de nombreuses conditions. Voir ici.

2° Plan logement régional : SLRB : 45 logements sociaux et 44 logements moyens à l’emplacement du cirque.

A l’emplacement du cirque Pauwels, sur une superficie limitée à 3551m2, la Région de Bruxelles Capitale projette la construction de 89 logements sociaux et moyens. Comment le nombre de 89 logements a-t-il été déterminé par la Région pour une superficie de seulement 3551 m2, étant donné les contraintes liées au terrain : présence d’eau à faible profondeur (difficulté de pouvoir bâtir en sous-sol), proximité des zones naturelles humides protégées, bordure de la promenade verte et du futur Geleytsbeek à ciel ouvert et de surcroît, nuisances très importantes dues au bruit du charroi sur les voiries limitrophes -(surcoût important à la construction pour l’isolation contre le bruit et satisfaire à l’ordonnance régionale) ? Le dossier ne le précise pas. L’immeuble prendrait la forme d’une tour de 8 étages, construite au-dessus d’un parking de 52 places et de plein pied avec la chaussée. Notons que le gabarit moyen des maisons dans le quartier consiste en du rez +1 ou 2 sous toiture.

Également le 02 décembre 2009, la commission de concertation a rendu un avis défavorable pour ce projet. Il est possible de consulter cet avis ici.

3° Plan logement régional : SRIB SA : 87 logements sociaux et moyens, chaussée d’Alsemberg 1091.

Le troisième projet émane aussi de la Région et se situe également dans le cadre du Plan Logement. Il s’agit de la construction de 43 logements sociaux, 44 logements moyens et 65 emplacements de parkings en sous-sol. Il se situe de l’autre côté de la chaussée d’Alsemberg, sur un terrain boisé, formant talus, tout proche de la zone verte du Keyenbempt et bordé de l’école communale de Calevoet d’une part et de l’Institut Supérieur de Secrétariat d’autre part.

Afin notamment de permettre un bon ensoleillement des logements projetés, l’architecte à choisi d’implanter les édifices perpendiculairement à la chaussée d’Alsemberg. Des espaces de jardins entre les immeubles permettent de réduire l’emprise au sol du bâti. En matière d’environnement, le projet est de qualité, des citernes d’eau de pluie sont prévues, l’eau sera utilisée pour les WC et les communs ; le projet se veut de type « basse énergie » avec ventilation à double flux, des panneaux solaires thermiques préchaufferont l’eau alimentant les chaudières.

La commission de concertation du 18 novembre dernier a rendu un avis favorable au projet à la condition d’y apporter diverses petites modifications :

  • planter de manière plus importante le talus le long de la chaussée avec des essences assurant une grande biodiversité ;
  • prévoir un bassin d’orage (capacité 50 litres/m² de toiture) à placer en aval des citernes à eau de pluie et relier le trop plein au Geleytsbeek ;
  • respecter les périodes de nidification pour l’abattage des arbres (entre le 1er octobre et le 1er mars) et délimiter le terrain par des grilles laissant passer les petits mammifères et les batraciens.

Lors de la commission de concertation, des habitants ont fait remarquer, à juste titre, que ce site boisé, difficilement accessible au public de par sa situation, présente une haute valeur biologique. Cette situation est d’ailleurs reconnue sur la carte d’évaluation du PRD (Plan Régional de Développement), bien qu’en zone constructible au PRAS.

Le terrain pentu présente un relief ancien qui n’a pas encore été exploité et qui constitue la continuité du talus sableux présent sur le site du Keyenbempt. Cet enchevêtrement boisé, au sous-bois de lierres et de ronces, est un terrain d’ensemencement naturel de plus de 50 ans d’âge qui, rien qu’à ce titre, mérite une attention particulière en matière de biodiversité. Il est proche du site du Keyenbempt qui, lui même, en raison de sa mosaïque de milieux, de sa zone humide et de la rivière, mériterait largement d’être inscrit comme « réserve naturelle ». Il n’est pas fort éloigné de la réserve humide du Kinsendael et constitue un refuge boisé sûr pour les batraciens et de nombreux oiseaux. Un lucane cerf-volant, espèce hautement protégée à Bruxelles par Natura 2000, aurait été vu par les riverains aux abords du site.

Malgré les qualités du projet, il serait donc souhaitable, d’autant plus qu’il s’agit d’un terrain public, qu’une étude spécifique du site soit faite, par des scientifiques ou par Bruxelles Environnement, avant toute délivrance de permis pour déterminer l’impact de sa destruction dans le maillage vert Régional. 4°D’autres projets importants sont encore prévus dans le quartier : d’importantes superficies commerciales sur le site d’Illochroma, de l’autre côté de la rue du Château d’Or, encore deux autres projets de logements régionaux, notamment avenue du Silence sans parler du site des Hauts Prés, en construction rue François Vervloet en face de l’Ecole.

La densification et la suppression des derniers espaces semi-naturels de la Région sont-ils les meilleures solutions pour faire face au manque de logements ? Sans une réflexion sur la réhabilitation des nombreux logements vides et bâtiments de bureaux inoccupés, sans plan d’ensemble et études des besoins en infrastructures, sans études d’incidences globales sur l’environnement, sans une collaboration active des riverains pour concevoir des projets qui préservent aussi et surtout la qualité de vie de manière durable, cette politique se heurtera toujours aux habitants. Avant de densifier, il convient d’avoir une vision cohérente de l’ensemble des différents projets urbanistiques d’un même quartier et de leurs incidences cumulées, au lieu de présenter et d’étudier les incidences de chaque projet de manière séparée. L’aménagement du territoire d’un quartier doit se concevoir globalement, selon un plan d’ensemble et une étude sérieuse des besoins spécifiques des populations, dans le cadre du développement durable et d’un environnement de qualité.

Thérèse Verteneuil, administrateur

5 décembre 2009