Alerte aux invasives : la Renouée du Japon détruit la biodiversité !

Article paru dans la Lettre aux habitants n° 60, juin 2009.


Le 22 mai dernier, lors de la journée mondiale de la biodiversité, il a été beaucoup question des plantes invasives, le thème de cette année 2009. Si une plante invasive doit être épinglée, c’est bien la Renouée du Japon, une des invasives des plus préoccupantes, mais vis-à-vis de laquelle chacun peut agir à l’échelle de son jardin ou du parc proche de chez lui.

A Uccle, une action concrète a été menée par « SOS Kauwberg », qui a déjà posé la problématique des Renouées du Japon dans sa revue en 2001. Notre étude avait, entre autres, relevé une liste d’endroits où la Renouée du Japon avait supplanté la végétation naturelle. Malheureusement, cette étude n’a pas débouché sur des actions concrètes au niveau local, mais nous espérons que la journée mondiale de la biodiversité et l’Agenda 21 ucclois entrainent la prise de conscience de la part des pouvoirs publics locaux.

Introduite à des fins ornementales hors de son environnement naturel, la Renouée du Japon se révèle dangereuse et est qualifiée de plante « invasive ».
En effet, une espèce exotique envahissante ou invasive est une espèce d’origine étrangère,

  • déplacée par l’homme en dehors de son aire de distribution naturelle,
  • acclimatée à son nouvel environnement,
  • se propage facilement d’un milieu à l’autre,
  • occasionne des dommages à l’environnement et à l’économie.


    Pourquoi la renouée est-elle nuisible ?

Une fois installé, un peuplement de Renouées du Japon élimine rapidement toutes les autres espèces, même les plus courantes, contribuant ainsi à appauvrir et banaliser la flore naturelle ou introduite (celle des parcs et jardins). La situation est d’autant plus préoccupante que les biotopes colonisés recèlent des espèces rares ou caractéristiques de flore naturelle.

La plante n’est pratiquement d’aucune utilité pour les oiseaux qui n’y accrochent que rarement leurs nids.

Seuls, certains insectes butineurs y trouvent quelque nourriture durant la floraison (août – septembre).

Sa croissance rapide pose de nombreux problèmes aux gestionnaires d’espaces publics, qui n’arrivent pas à la maîtriser.

La Renouée du Japon porte une atteinte grave à l’environnement et à la biodiversité en perturbant les écosystèmes, en occupant la niche écologique d’autres espèces de plantes qu’elle menace parfois d’extinction. En effet, plus rien ne pousse sous les renouées. Son feuillage est dense et haut du printemps jusqu’à l’automne ; les rhizomes monopolisent le sol et ses ressources. En empêchant tout autre végétal de pousser, les Renouées bloquent littéralement l’évolution naturelle des formations végétales en place. De plus, la « biodiversité faunistique » étant directement liée à la « biodiversité floristique », mises à part les espèces animales pouvant se nourrir du pollen des Renouées, les autres sont condamnées à disparaître de ce milieu. On constate donc rapidement une dramatique chute de la biodiversité là où les Renouées s‘installent.

En région bruxelloise, la Renouée est en expansion continue depuis cinquante ans. Il est au minimum nécessaire de limiter au minimum leur densité et leur propagation. Mais cela ne sera certainement pas suffisant.


Reconnaître la Renouée du Japon

Une haie de bambou aux larges feuilles, aux petites fleurs blanches formant des grappes tombantes ? Un mur végétal touffu faisant penser à une jungle ? Non, ... c’est la Renouée du Japon !

Les fleurs de la Renouée du Japon apparaissent fin de l’été, sont décoratives (c’est une des raisons de son introduction en Europe). Ce sont de belles grappes de petites fleurs blanches, pleines de vie, car elles attirent abeilles, bourdons et mouches, qui viennent se délecter de son nectar.

La Renouée du Japon (Fallopia japonica) est une plante spectaculaire, tant par sa taille (jusqu’à 3m) que par la rapidité de son développement (un peuplement peut progresser de plusieurs mètres par an) et sa croissance à vue d’œil, plusieurs centimètres par jour !

C’est une plante vivace, dont les parties aériennes meurent chaque année dès les premières gelées. Les parties souterraines de la plante (rhizomes et racines) passent l’hiver au repos. Ce sont ces vigoureux rhizomes, sortes de tiges souterraines qui lui permettent de s’étendre rapidement tant en profondeur qu’en longueur, colonisant tout le sous- sol. Ces rhizomes produisent de nouveaux bourgeons chaque printemps.

Un morceau de rhizome de quelques centimètres, abandonné sur le sol ou après transport et dépôt de terres contaminées, suffit au développement rapide d’une nouvelle colonie de plusieurs m2 après quelques années.

Les tiges segmentées, qui peuvent atteindre 3 mètres de hauteur dès le mois de juin, et 2 cm d’épaisseur, sont creuses et cassantes. Elles sont de couleur verte piquetée de petites taches rougeâtres. Les grandes feuilles vertes (15 à 20 cm), alternent le long de la tige et ont une forme ovale à triangulaire, qui évoque celle d’un cœur allongé. Leur taille est d’environ 15 cm (jusqu’à 20 cm). La Renouée du Japon se présente sous forme de fourrés denses et impénétrables.




Un envahisseur qui a échappé à tout contrôle

Originaire de l’est de l’Asie (Chine, Taiwan, Japon), où elle est une des premières plantes à coloniser les sols volcaniques après éruption, la Renouée du Japon s’est acclimatée à toutes sortes d’habitats grâce à ses formidables facultés d’adaptation et sa résistance à l’air et aux sols pollués. Introduite au XIXème siècle dans différents jardins botaniques d’Europe, elle s’est rapidement “ échappée “ et s’est propagée par les travaux routiers et le déplacement de terres contaminées sur le continent, en suivant les axes routiers, les voies ferrées, les canaux et les rivières, pour aboutir dans les terrains vagues, les terrains industriels, etc. De là, elle a progressivement colonisé les forêts, talus, marais et autres biotopes naturels.

Elle est largement naturalisée en Belgique sur des sols pauvres en calcaire, sur les berges des rivières, dans les terrains vagues et en lisières forestières. En maints endroits, elle a supplanté la végétation indigène, qui a disparu. Elle semble apprécier les sols pollués riches en minéraux. C’est le cas des différentes stations de fallopia au Kauwberg.


La lutte contre la Renouée

La Renouée est un adversaire coriace. Deux solutions efficaces existent à ce jour, l’une et l’autre permettant d’arrêter l’invasion et même de faire disparaître l’espèce à long terme (de plusieurs années jusqu’à 10 ans, variant selon le milieu et la vitalité initiale des peuplements).

La première méthode a été, entre autres, expérimentée par l’Institut Bruxellois pour la Gestion de l’Environnement (ex- IBGE, devenu « Bruxelles-Environnement ») dans les réserves naturelles. Elle consiste à arracher manuellement les plantes deux fois par an : une première fois, vers la mi-juin peu avant le pic de végétation, et une deuxième fois, début octobre après la repousse. Les plantes arrachées doivent être soigneusement laissées sur le lieu de l’arrachage en tas compacts pour éviter tout risque de dispersion. Cette méthode a permis de stabiliser les peuplements existants et, après 3 à 5 ans, d’épuiser et faire disparaître quelques peuplements à faible vitalité (notamment, en sous-bois). Elle est aussi pratiquée, avec d’excellents résultats, par les Amis du Scheutbos à Molenbeek, qui gèrent efficacement, par arrachage manuel toutes les 3 semaines. Les premiers résultats sont spectaculaires, puisque, au bout de deux ans, les premières stations traitées ont quasi disparu, cédant la place à la végétation indigène : ronces, prêles, benoîtes, épilobes, lierre, chêne,…

Cette gestion par arrachage est intéressante lorsque l’on doit faire face à des populations importantes. Il faut la répéter chaque année jusqu’à disparition complète de la plante, ce qui peut prendre une dizaine d’années. Pour que l’épuisement de la plante soit plus rapide, on peut procéder à un arrachage à fréquence plus élevée, par exemple, une fois par mois, toujours en veillant à laisser les plantes extirpées sur place. Cette méthode est parfaitement réalisable sur de petites surfaces, par exemple dans les jardins et les parcs, et sera d’autant plus efficace que le peuplement est au départ peu développé. Elle doit aussi être répétée d’année en année jusqu’à disparition complète de la plante.

L’autre méthode que « SOS Kauwberg-Uccla Natura » ne recommande évidemment pas, est l’utilisation des pesticides, par traitement herbicides spécifiques, principalement le Roundup (glyphosate). La législation bruxelloise interdisant l’utilisation de pesticides dans les espaces publics, cette technique n’est pas utilisée.

Au Kauwberg, nous avons fait le choix d’arracher la renouée et de former un tas laissé sur place, sur une bâche formant barrière au bouturage, à l’endroit même où les Renouées se sont développées. Nous ne nous hasardons pas à transporter les fanes et leurs morceaux de rhizomes, ce qui entraînerait leur dissémination ... Nous ne tentons pas plus de les composter, car les fragments de rhizome ne seront pas tous détruits par le compostage et pourront propager la plante là où le composte sera étendu, tout le contraire de l’objectif visé …

Une alternative au compostage pourrait être d’utiliser la plante dans le cadre d’une bio-méthanisation, mais celle-ci n’est pas encore développée dans la région. Il y aurait en tout cas là une piste à étudier au vu de la matière végétale disponible.


Il faut stopper la dynamique d’invasion

La vitalité et l’agressivité de la Renouée du Japon en font une espèce nuisible à éliminer. Nous recommandons donc fortement aux propriétaires publics et privés et aux entrepreneurs d‘éviter d’introduire accidentellement (transport de terres) ou volontairement (pour l’ornement) cette espèce, et de mettre en œuvre les moyens de lutte proposés dans cet article.

Cette gestion est indispensable, car il s’agit en effet de protection et de conservation de patrimoine naturel et paysager et donc de la qualité de notre environnement en général.


L’avenir

Sans intervention de chacun, particuliers, associations, collectivités, pouvoirs publics, etc., l’expansion se poursuivra inexorablement. Pour venir à bout de cette invasive, un arrêté régional sera nécessaire afin d’obliger à la gestion des Renouées du Japon tant par les propriétaires publics que privés. Il impliquera un budget régional d’aide à la lutte. Mais il faut aussi que « Bruxelles-Environnement » montre l’exemple et fasse la chasse à la Renouée sur ses propriétés ….


Quelques lieux ucclois envahis par la Renouée du Japon

Plusieurs lieux sont des terrains publics, régionaux ou communaux, pour lesquels une gestion adaptée pourrait être entreprise par les services verts compétents, avec des emplois à la clef. D’autres sont des espaces et propriétés privées :

- Vallée de Saint-Job : très présente à partir du plateau Avijl, la plante devient réellement envahissante entre l’av. Dolez et le pont de Calevoet ;
- Kauwberg (chée de Saint-Job, le long du chemin de fer, au bord du chemin 36 près de l’av. Dolez) et à proximité (chemin des Pâturins) ;
- Plateau Engeland, le long du cimetière, le long du chemin du Puits et du chemin de fer, en bordure du Kriekenput ;
- Vallée de l’Ukkelbeek : avenue De Fré, environs de la piscine Longchamp et de la Ferme Rose (où elle constitue l’espèce botanique dominante...), talus est du Crabbegat, rue Kamerdelle ;
- Keyenbempt : le long de la promenade verte au Bourdon
- Rond-point de Stalle, promenade verte le long du Zandbeek, aux alentours d’Uccle-Sport et de l’Institut horticole.

Si d’autres lieux que nous n’avons pas répertoriés, vous sont connus, veuillez nous le faire savoir pour que nous transmettions l’information aux personnes pouvant agir pour gérer et contenir le développement de la plante, afin d’éviter toute nouvelle propagation.

Marc DE BROUWER,
administrateur

juin 2009