A Uccle, le cimetière devient un espace de vie pour la nature !

Un plan de gestion plus écologique est en cours.

Article paru dans la Lettre aux habitants n° 60, juin 2009.


Il y a de plus en plus de mauvaises herbes, les chemins ne sont plus entretenus, les gazons ne sont plus tondus ras ; la Commune d’Uccle a-t- elle abandonné l’entretien du cimetière de Verrewinkel ?

C’est vrai que l’inconscient humain, conditionné par la publicité (javel, mir, ...), associe la propreté à l’absence de trace de vie ; la nature fait peur, elle n’est pas « nette ». Aussi, l’action entreprise par la Commune d’Uccle au cimetière a surpris plus d’un habitué qui a cru qu’on abandonnait l’entretien de son cimetière, alors que c’est tout le contraire.

A l’entrée du cimetière, un panneau d’information précise que « le cimetière est un espace vert de qualité et que des méthodes plus écologiques de gestion sont à l’étude ».

Le cimetière de Verrewinkel occupe une position tout à fait privilégiée. Il est encadré par les Zones Spéciales de Conservation du Kauwberg, du Parc de la Sauvagère et du Plateau Engeland, il est ainsi enclavé au milieu des 15 Zones Natura 2000 du sud de Bruxelles et, par cette position topographique, il constitue un élément central dans le maillage vert du sud de Bruxelles. La nature du sol sableux, semblable à celle du Kauwberg et du Plateau Engeland, permet de le considérer non seulement comme un relais écologique, mais aussi comme un espace bocager, c’est-à-dire un milieu ouvert et parsemé d’arbres ou d’arbustes groupés, très utiles à l’avifaune.

Le lit du ruisseau du Kinsenbeek (le vallon en bordure sud du cimetière) participe directement à l’alimentation des sources et ruisseaux qui alimentent la réserve naturelle du Kinsendael, située en aval, et la mare qui vient buter au pied de la ligne de chemin de fer. Ce vallon est reconnu au niveau du PRAS (Plan Régional d’Affectation du Sol) comme étant une Zone Verte de Haute Valeur Biologique, et il fait partie de Natura 2000.

De plus, la ligne de chemin de fer, arborée, qui longe le cimetière à l’ouest, assure une liaison écologique avec la réserve du Kinsendael, le Kauwberg et le parc de la Sauvagère.

Consciente de l’importance stratégique de ce site, la Commune a donc engagé un bureau d’études spécialisé pour lui venir en aide dans sa gestion. Le chargé d’étude botanique a estimé que le cimetière de Verrewinkel constitue un des sites les mieux conservés de la Région de Bruxelles, pour la pelouse à jasione des montagnes (Jasione montana), une jolie petite fleur bleue en forme de pompon, devenue rare chez nous par la disparition de son milieu. Elle survit au cimetière sur des sols sableux qui peuvent être rattachés aux « prairies maigres de fauche de basse altitude », un habitat reconnu par la directive européenne (Natura 2000). Rien que par ce fait, le cimetière a déjà un rôle important à jouer, car si les pelouses sableuses du Kauwberg et du Plateau Engeland se dégradent par manque de gestion, reboisement, voire urbanisation, les pelouses silicicoles du cimetière peuvent devenir un milieu de sauvegarde de cette végétation rare et devenir un point focal du réseau écologique.

Le déclin généralisé de la biodiversité et le contexte actuel d’évolution de l’avifaune font qu’un nombre important d’espèces, considérées jusque récemment comme répandues, voire banales, sont en régression constante et peuvent passer rapidement sur la liste rouge des espèces en voie d’extinction. Les espèces inféodées à des lisières et à des structures bocagères, telles que ce cimetière, sont particulièrement sensibles à la destruction des paysages.

Le plan de gestion met aussi l’accent sur la performance énergétique des bâtiments de l’entrée. L’isolation, la pose de double vitrage et d’une chaudière à condensation permettront des économies d’énergie. Une barrière a été installée à l’entrée du cimetière pour pouvoir contrôler les entrées carrossables. En effet, comme le cimetière était ouvert en permanence, la plupart des visiteurs se souciaient peu de l’autorisation requise pour pouvoir y circuler en voiture. Certains visiteurs, mal intentionnés, n’hésitaient pas à considérer le cimetière comme un lieu de décharge et venaient y jeter leurs poubelles dans les conteneurs, ou, plus grave, leurs objets encombrants dans le vallon du Kinsenbeek. L’entrée carrossable est aujourd’hui réservée aux seuls détenteurs de la carte d’autorisation spécifique (concernant les personnes âgées ou qui se déplacent difficilement), laquelle peut être obtenue au service des inhumations communales.

Par ailleurs, la forte pente du terrain et le revêtement, constitué surtout de surfaces peu perméables (pavés et dolomie) ont aggravé le ruissellement des pluies et l’érosion des terres vers le vallon. La dolomie du cimetière, lessivée par le ruissellement, se retrouve, bien en aval, jusque dans la réserve naturelle humide du Kinsendael. Le renouvellement du système d’égouttage, la pose d’avaloirs supplémentaires, l’adaptation du bassin de décantation existant, la pose de haies, de plantes couvre-sols et surtout l’abandon des pratiques continuelles d’apport de tonnes de dolomies sur les sentiers vont permettre de freiner l’érosion des sols vers le vallon.

Les arbres morts ou moribonds, suite à une taille inadaptée et à l’utilisation d’herbicides ou de sel à leur pied, seront remplacés par des essences indigènes adaptées à ce type de sol. Les pelouses calcicoles favorables à une flore spécifique intéressante seront maintenues et les pesticides et autres méthodes destructrices d’entretien ont été, dès maintenant, abandonnées. L’intérêt biologique du site sera renforcé en recréant progressivement un paysage de type bocager, c’est-à-dire des espaces ouverts, enclos par des levées de terre, comportant des haies ou rangées d’arbres qui délimitent les parcelles. Le bois mort sera laissé en place, entrelacé en fascines et posé de manière scénographique, tel un décor naturel séparatif, en bordure du vallon, car il est intéressant pour la nourriture des insectes et des oiseaux.

Si vous visitez le cimetière et que certaines parcelles ou chemins vous semblent envahis par des « mauvaises herbes », dites-vous que le cimetière n’est pas du tout abandonné, mais il est géré pour en accroître la vie naturelle et la biodiversité. Dites-vous que les herbes appelées « mauvaises » par les hommes sont souvent fort utiles à la faune, aux insectes, aux oiseaux de nos régions. Grâce à ces touffes d’herbes folles, maintenues volontairement, vous pourrez voir les butineurs à l’œuvre et vous pourrez entendre les oiseaux chanter. La visite à vos disparus vous paraîtra plus douce.

Par leur quiétude et une gestion intelligente et écologique, les cimetières peuvent devenir des refuges pour la faune et la flore qui nous entourent, souvent ils abritent des écosystèmes intéressants pour la conservation de la nature, qui ont disparu ailleurs du fait de l’urbanisation massive de la ville.

Soutenez la gestion écologique initiée par la Commune d’Uccle et, plus particulièrement, les services « Environnement » et « Etat Civil » et écrivez au Bourgmestre, au Collège, ou envoyez un mail à environnement2@uccle.be

Thérèse VERTENEUIL
Administrateur et membre du comité d’accompagnement.


Un plan de gestion est également en cours d’élaboration pour le cimetière du Dieweg.

Soulignons l’initiative communale d’avoir mis sur pied un comité d’accompagnement pluridisciplinaire pour la gestion des deux cimetières, comprenant les différents gestionnaires communaux, des représentants de Bruxelles-Environnement, de l’Administration des Monuments et Sites, de scientifiques, de représentants du monde associatif.

C’est une première pour l’ACQU qui, via l’asbl « SOS Kauwberg-Uccla Natura, participe activement aux comités d’accompagnement.

juin 2009